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"Changer d'approche..."

 

Toutes les photos du Mont Blanc sont de Hansi Heckmair (talentueux photographe allemand) le nom ne vous rappelle rien ?
Elles ont été prise durant le Meeting international de Salewa en juin 2009.

Dernière mise à jour le 11 février 2010.


"Changer d'approche..."


Avec un petit clin d'oeil à Sylvain et Catherine


© Hansi Heckmair

Et voici une petite intro, pour poser les choses et pour le plaisir des mots...

Changer d’approche, c’est un état d’esprit.
C’est se dire qu’il est utopique d’attendre un changement qui viendrait d’ailleurs, qui viendrait des autres.
Changer d’approche, c’est se prendre par la main et osez faire le premier pas. C’est osez s’avancer, fragile et vulnérable, sur un chemin exigeant.
Au croisement des sentiers, c’est s’engager résolument vers celui qui monte, vers le plus difficile aussi.
Changer d’approche, c'est un cadeau que l'on se fait !... en c’est s’occupant de soi, en priorité. C’est faire cet effort immense de se pré-occuper de soi pour s’ouvrir vers les autres, pour envisager l’immensité du monde.
Changer d’approche, c’est comme une goutte d’eau.
Une goutte d’eau, que l’on s’offre après une traversée du désert.
Une perle de rosée, que l’on offre à nos compagnons de cordées, à nos compagnons de vie, pour leurs faire goûter le bonheur subtil de l’instant.
C’est une source d’eau claire que l’on offre à tous, un reflet cristallin du « Meilleur de Soi ».

Dans cette page, je n’ai rien inventé et je ne revendique rien. Je voudrais simplement témoigner de ce fil ténu qui relie les choses et les idées, qui relie nos manières de faire pour un peu plus de cohérences.

«Changer d’approche», la première pierre de ce mot carrefour a été posée par Mountain Wilderness avec la mise en place de l’initiative sur la mobilité douce.
Une idée toute simple mais tellement difficile à installer dans nos vies.
«Changer d’approche», c’est simplement changer un « détail » et s’apercevoir que tout a changé, que tout peut changer.

Notre manière de nous déplacer…
"Les populations locales et visiteurs des montagnes se déplacent quasi exclusivement en voiture individuelle, ce qui génère des atteintes à l’environnement naturel mais aussi humain : encombrement des espaces, pollution de l’air, pollution sonore et visuelle, stress, fatigue, augmentation du budget individuel…
Il est urgent de transformer cette approche individualiste de la montagne dans le but de réduire les nuisances."
La présentation de la mobilité douce, sur le site de MW

© Hansi Heckmair


Le Roger Schalli et ses dames, Yuri.... © Hansi Heckmair

 

De notre rapport au temps…
Notre vie est parsemée d’expressions croustillantes :
« Ne pas perdre de temps », « Gagner du temps », « Être pressé par le temps »
Et si le temps justement n’y était pour rien !
Et si ce rapport étrange et paradoxal que nous entretenons avec le temps ne parlait que de nous ?
Voici plusieurs exemples de mon été d’alpinisme 2009 qui illustre un changement d’approche, un glissement progressif vers un ailleurs, forcément transgressif. Mais qu’on ne se méprenne pas, je ne veux surtout pas faire « l’éloge de la lenteur ». j’aimerais plutôt faire l’éloge d’une certaine « conscience de faire ».
Il se trouve qu’à l’approche de l’hiver de ma vie, j’ai envie de ralentir le pas et cet état me comble. Mais il est possible d’atteindre le même résultat de conscience en allant toucher d’autres frontières de son être par une difficulté extrême ou une vitesse époustouflante. Par exemple, je me sens en phase avec Roger Schalli, Uli Steck ou Sam Baugeay.
A chacun de trouver ce qui correspond à son aspiration profonde. Sans oublier que les sœurs de la conscience de soi se nomment respect, tolérance et empathie.


En route vers le sommet... © Hansi Heckmair


© Hansi Heckmair


Et un petit clin d'oeil à Lucie, avec qui j'ai partagé le plaisir d'être au sommet. Un sommet qu'elle a terminé en tête de cordée !
© Hansi Heckmair

De la marche consciente au Mont Blanc des Dames
En cette fin juin 2009, deux événements ont changé le cours de ma vie d’alpiniste et de guide de haute montagne.
Un dimanche…, dans les Bauges, j’ai suivi et marché attentivement dans les pas de Daniel Zanin, pour une randonnée méditative.
Puis, pour un Meeting International de Salewa, j’ai accompagné un groupe de dames des quatre coins de l’Europe pour « un voyage au Mont Blanc », une ascension en progression douce.
Un meeting pour explorer le versant féminin des valeurs de l'alpinisme.
Et nous sommes tous arrivés au sommet, en vivant des émotions extraordinaires.
Mais, … La marche consciente, c’est quoi ça ?
« C’est simplement une démarche d’écoute et d’attention afin d’expérimenter notre présence à nous-même et au monde.
Elle nous invite à savourer l’instant présent dans toute sa plénitude, à être attentif à la respiration, à chaque pas, à chaque sensation, à la nature et aux autres… »
Faites juste un petit détour par le site de Daniel Zanin et laissez-vous imprégner par cette proposition particulière. Même moi, qui marche et grimpe en montagne depuis des lustres, j’ai découvert en sa compagnie des choses très fortes.


Avec Chiara, la belle italienne des Salewa Donna.
Main dans la main, il s'agissait de fermer les yeux puis de descendre une pente de neige un peu raide
en se concentrant sur le posée du pied et la perception de l'appui. © Hansi Heckmair

 


© Hansi Heckmair

A l’Aiguille Verte
Le petit texte arrive bientôt...


Le sommet de La Verte.


La nouvelle Reine de la Meije : Nathalie, la gardienne du Promontoire.
Dans le passage très aérien au-dessus du Cheval Rouge...

A la Meije.
Il y a de multiples moyens de prendre son temps, de "changer d’approche" à La Meije.
Pour moi, c’est le souvenir d’une très belle traversée, avec Chhotemba Sherpa, Julien et son cousin, en deux belles cordées. Il y a surtout une belle journée d’alpinisme partagée avec les gardiens du refuge du Promontoire. Un clin d’œil à Nathalie, nouvelle Reine de la Meije et à son compagnon, Freddy Meignan, très impliqué dans MW et en particulier pour la mobilité douce. Une raison supplémentaire, en lui rendant visite, d’essayer de conjuguer mobilité douce et traversée de la Meije.
Par cette belle journée, « changer d’approche» va signifier pour nous un cheminement sans la pression du temps qui passe, pour profiter d’un coucher de soleil et d’une traversée d’arête exceptionnelle. Ce soir, nous dormirons simplement au refuge et nous ne descendrons que le lendemain dans la vallée, frais et dispo. Nous arriverons tard au refuge parce que nous l’avons choisi.


Julien et Vincent, avec les petits hameaux des Hières et de Ventelon encore bien bas dans la vallée.

 


Dans la traversée glaciaire, entre Bertol et la Cabane de la Dent Blanche.

A la Dent Blanche.
C’est l’une des plus belles montagnes des Alpes Valaisannes et sa silhouette se reconnaît de très loin.
Nous l’approcherons délicatement en un long détour par les cabanes de la Tsa et de Bertol, comme pour mieux l’apprivoiser. Après le sommet, « changer d’approche » c’est exprimé dans la notion de ne pas nous précipiter vers la vallée dès l’arrivée au refuge.
Être capable de prendre le temps de savourer, sur la terrasse du refuge ou en une soirée paisible, ces instants rares et ces lieux exceptionnels.
Simplement faire durer le plaisir…
Mais pourquoi nous faut-il toujours être dans le « vite en haut, vite en bas » ?
Que gagnons-nous dans cette précipitation de faire ?
Est-ce si déshonorant que de prolonger ce temps en montagne, à être là, simplement là.


Petit chalet et bus postal..., toute la Suisse !
Et surtout, les Suisses sont les champions de la mobilité douce.

Dans le domaine de la cascade de glace, pour aller vers une certaine qualité d’escalade.
On pourrait croire que cette activité concentre toutes les valeurs masculines et guerrières de l’alpinisme. Il n’en est rien. Car il est aussi possible de se fondre au cœur de l’hiver, dans un univers infiniment inconfortable et s’y sentir bien.
J'ai vécu mon hiver 2009 de cascade de glace de manière surprenante.
Bien sûr, les cascades étaient au rendez-vous, le temps fut particulièrement clément et mes compagnons de cordée plutôt agréables. Mais surtout, nous avons expérimenté une escalade beaucoup plus sereine, axée sur la qualité. Qualité du posé des pieds, tout en douceur et en équilibre, qualité du planté de piolet, le plus précis possible sans faire tomber des tonnes de glaçons...
J'ai eu énormément de plaisir à faire véritablement de l'escalade plutôt qu'un bûcheronnage des plus physiques.
Ce sera également le pari de cette nouvelle saison 2010 : explorer la technique et les jeux d'équilibre plutôt que la force. C'est aussi une belle continuité de "l'alpinisme en conscience" expérimenté cet été.

casc
Un goût de Norvège, c'est grand et souvent exceptionnel...

casc

 

En Himalaya, en respectant les paliers hypoxiques.
C'est la «petite» révolution de la progression douce et un peu la pierre angulaire de ma pratique de guide et d'alpiniste en Himalaya. "Être guide à 8000", en pleine conscience et responsabilité...
J'y consacre beaucoup de temps et c'est une source d'inspirations et d'expériences sans limite.
Une page du site regroupe des réflexions sur le sujet écrit au fil du temps.
il y a aussi des films et en particulier "la stratégie de l'escargot".
Et beaucoup de compte rendu d'expé illustre l'évolution de ma pratique himalayenne avec quelques cairns marquant comme :

Il y a l'usage de la corde, mais aussi notre relation avec les alpinistes Népalais. Et c'est dans ce domaine très complexe que le terme "changer d'approche" prendra à l'avenir tout son sens.


En 2008, au retour du Dudh Kundali, une belle première dans le massif du Kanjiroba


Avec toute la magie et la complexité du jeu de l'alpinisme..., sans corde fixe.


Une cordée de Népalais à la Dent Blanche.
Beaucoup de concentration pour la descente et un vrai travail de guide pour Chhotemba !


Chhotemba, Real Nepali Guide !!!
Il a mené toute l'équipe au sommet du Pokarkang malgré le vent et des conditions un peu dures. C'est vraiment super !

2010 ! L’année de tous les bivouacs.
Il y a des bivouacs sublimes et d’autres plus rudes que l’on se rappellera toute sa vie d’alpiniste.
Pour moi, en évoquant ce mot rocailleux, trois souvenirs émouvants s’imposent.

  • A la Dent de Crolles, avec Jean-Paul Jarnias, à la sortie de la voie des traversées, sur un parterre d’herbes sèches et en compagnie de milliard d’étoiles . Nous étions jeunes et insouciants…
  • Sous le sommet du Grépon, à la descente, après un orage apocalyptique. Transis de froid, blottis l’un contre l’autre, avec Sonia, nous pensions vivre nos derniers instants.
  • Sur une dalle de granit bien plate et confortable, au soleil couchant, avant la Becca di Montandané. Nous traversions tous les sommets du Grand Paradis, dans l’intimité fraternelle d’une cordée perdue au milieu des montagnes.

Pour cet été 2010 et les prochains étés de mon voyage « au fil des 4000 », je voudrais expérimenter une « nouvelle » manière d’être en montagne, de vivre le temps qui passe. Envisager et préparer, chaque semaine, une course qui ne se vit pas seulement l’espace d’une journée, mais qui réconcilie le jour et la nuit.
Faire un bivouac, à la montée, au sommet ou à la descente, juste pour le plaisir d’être en montagne.
Pour une journée qui s’allonge sans fin et une nuit dans laquelle on s’enfonce sans crainte. Un temps suspendu comme hors du temps, entre expérience et apprentissage en une transgression de toutes nos manières de faire.

Mon été d'alpinisme...

 

Rendez-vous bientôt pour d'autres manières de "changer d'approche".





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