Alfred Nicéphore De Hults
Un éminent alpiniste belge méconnu...



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Dernière mise à jour, le 2 Février 2012
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Cette page est dédiée au petit fils d'Alfred Nicéphore : Luc-Emmanuel de Hults.
Avec cette remarque d'Etienne :
"Nicéphore, n'est-ce pas une allusion à Niepce, un personnage important du monde cinématographique ?"


Le deuxième sommet à droite est bien le sommet du Bhrikuti Shail, que j'ai longtemps confondu avec le Bhrikuti !
En face, le Lagula.


L'autre versant du Bhrikuti Shail, pour une ascension d'une facilité déconcertante pour un sommet si haut.

Une bien étrange histoire...

Voici un mail que j'ai reçu d'un alpiniste Belge, compagnon d'expédition au Népal et qui souhaite garder l'anonymat.

"Salut Paulo,
J'ai vu que tu as remis aux honneurs ce cher Alfred Nicéphore dans un des derniers Montagnes Magazines. J'ai un peu enquêté sur lui dans les archives du royaume et j'ai pu reconstituer quelques pans de son histoire.

En particulier, il portait un terrible secret avec lui ce qui, selon moi, explique la raison de son affection pour le père de Bhrikuti et ses épousailles avec cette dernière. Ce secret, son père, Auguste Ghislain de Hults, le lui avait confié avant de disparaître en Ukraine, aux côtés de Léon Degrelle, dans les années 1940.

Auguste Ghislain, né en 1884, fervent catholique, grand connaisseur du monde slave (des rumeurs rapportent une relation tourmentée avec Anna Vyroubova, demoiselle d'honneur de la tsarine Alexandra Feodorovna), rencontra le roi Albert Ier au Congo en 1909, lors du premier voyage de celui-ci (d'où les liens d'Alfred avec le Congo). Albert Ier, de neuf ans l'aîné de Auguste, se prend d'amitié pour Auguste et l'initie à l'escalade (d'où le goût d'Alfred pour l'alpinisme). Auguste est à cette époque un jeune marié (son fils vient de naître la même année) et sa femme, Alix de Hemptinne, est particulièrement belle. Albert Ier n'est pas insensible aux charmes de Alix (et apparemment c'est réciproque, Albert étant un bel homme, l'aura royale faisant le reste). [Pour la petite histoire, à Bruxelles on a redessiné les contours de certaines communes pour que le roi Léopold Ier puisse visiter, sans escorte, les maisons de joie. Une grande tradition des coureurs de jupon donc, qui se perpétue jusqu'aux locataires actuels du château de Laeken].

Donc Albert Ier et Alix entretiennent des doux liens, dont on n'a évidemment jamais pu rien prouver, et la jalouise de Auguste Ghislain ne fait qu'enfler au cours des années. Est-ce pour cela qu'il s'est engagé aux côtés du général Tombeur, qui triompha brillamment des troupes coloniales allemandes à Tabora en Tanzanie, nul ne le sait. Mais quand il revient de l'Afrique orientale en 1917, sa femme l'a quitté. Et il est permis de croire qu'il ne pardonnera jamais à Albert Ier d'avoir semé le trouble dans son couple. Il essaie d'oublier, mais ô combien est sa surprise, lorsque des années plus tard, plus précisément le 17 février 1934, lors d'une partie d'escalade solitaire au rocher des corneilles à Marche-les-Dames, il voit un autre grimpeur solitaire s'élever vers lui, grimpeur qu'il reconnaît immédiatement comme étant Albert Ier. L'occasion est trop belle. La sortie de la voie est en rocher de mauvaise qualité et au moment où Albert Ier agrippe les dernières prises, Auguste bondit de derrière les buissons et donne un coup violent sur la pierre qui se descelle. Le roi tombe. Il ne sera retrouvé que dans la nuit.

Le remords prend Auguste tout de suite et il commence à fréquenter, par l'entremise de Xavier de Grunne, président du Club Alpin Belge (et initiateur d’Albert Ier à l'escalade et l'alpinisme), les rexistes, mouvement ultra-catholique, anti-communiste et d'extrême droite belge.
Ses connaissances du Russe finissent pas convaincre Léon Degrelle de l'emmener, malgré son âge avancé, comme interprète lors de la campagne de la Légion Wallonne en Ukraine en 1942.
Il n'en reviendra pas et je crois qu'il ne voulait pas en revenir. Voilà le secret que son fils portait. Peut-être que son fils voulait simplement réparer un peu le mal que son père régicide avait fait.

J'espère que mes recherches te seront utiles dans la poursuite de cette histoire fascinante. La prochaine fois que je serai au Club Alpin à Namur, je vais essayer de trouver des copies des cartes de membre d’Auguste et Alfred.

Bonne continuation pour tes expés et toute mes amitiés.
Monsieur X"

Les différents morceaux du puzzle.

Vous ne comprennez rien à ce mail?
C'est un peu normal, il faut revenir à la génèse de l'histoire d'Alfred Nicéphore De Hults, qui a donné son nom à un col entre Mustang et Phu, dans le massif du Damodar Himal.
En relisant la page de notre expédition au Bhrikuti Shail en 2005, vous trouverez le texte écrit par Denis Flaven sur Alfred Nicéphore De Hults.
Vous le trouverez aussi dans un n° de Trek Mag sur notre première traversée Mustang Phu en 2007.

Puis, il vous faudra vous plonger dans le deuxième compte rendu de Mustang Phu en 2008 pour retrouver sa trace au sommet du Belvédère d'Alfred.

«En casse-croutant au sommet, je déplace une pierre pour m'installer plus confortablement et je découvre une vielle tabatière du début du siècle. A l'intérieur, un vieux parchemin tibétain a moitié décomposé.
Nous arrivons difficilement à déchiffrer des inscriptions, peut être une date. Et des initiales.
ADH..., pas de doute c'est bien d'Alfred de Hults dont il s'agit.
Le bougre a donc pénétré à l'intérieur du cirque glaciaire alors que nous pensions qu'il c'était arrêté au col qui porte maintenant son nom.»

Et enfin, c'est seulement en 2010, lors de l'ascension du Bhrikuti Shail par le Nord, depuis les Lacs de Damodar Kunda, que nous avons découvert l'histoire de la 1ère ascension du bhrikuti, réalisé par Alfred Nicéphore De Hults. Cette surprenante histoire a même été publié en Anglais dans le très respectable et documenté AAJ (la bible des alpinistes)... l'American Alpine Journal !

Voici le dernier morceau du puzzle : la véritable histoire de la première ascension du Bhrikuti...
Bhrikuti Shail , first ascent... Une belle histoire d’amour.

J’aime beaucoup Bhrikuti et toutes les légendes qui y sont associés. Celles de la princesse népalaise ou de la déesse bouddhiste, tout autant que celles de la Femme qu’elle était.
Quelque part, il y a aussi Alfred De Hults et son aventure extraordinaire. Avec Denis Flaven, nous avions découvert son épopée* lors d’un séjour à Phu. Et en 2005, nous avions gravi le De Hults Pass, ouvrant ainsi le passage pour la première traversée Mustang Phu.
Plus tard, grâce à Luc-Emmanuel son petit fils, nous avons retrouvé une correspondance assidue entre Monsieur Alfred Nicéphore De Hults et sa famille, resté en Belgique.

Et voici ce qu’il raconte...
Après avoir pourchassé le léopard des neiges jusqu’aux confins du Royaume de Lo, jusqu’à un belvédère* au-dessus d’un glacier immense qui s’écoule vers le Tibet, il est revenu en arrière dans la vallée de Phu. Déçu de rentrer bredouille, Alfred utilise alors son énergie débordante pour gravir un beau sommet en neige de plus de 6000 m qu’il baptise Bhrikuti. L’image de sa Belle le hante et il raconte n’en avoir pas dormir la nuit. Il est amoureux fou d’une jeune népalaise d’une rayonnante et presque divine beauté. Un amour gardé jusqu’à présent secret, car Bhrikuti, qui l’aime éperdument, est aussi la fille du roi.
De retour à la cour, il raconte au roi ces aventures entre Mustang et Phu et par inadvertance son ascension et le nom donné au sommet. Le vieux roi qui n’est pas aveugle s’était déjà aperçu que sa fille était particulièrement belle et épanouie depuis le retour de Nicéphore. Loin de prendre ombrage de cet amour improbable, il rassura le jeune couple et leur offrit sans plus tarder son consentement.
Alfred de Hults épousa donc Bhrikuti en juste noce mais relativement discrètement car on en trouve nul trace de ce mariage dans les annales du Royaume du Népal. Le jeune couple s’établit en Inde où les affaires De Hults prospérèrent. Puis, ils revinrent en Belgique où ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, dans la plus grande discrétion.
Les correspondances de notre Belge sympathique permettent de lever le doute sur la première ascension du Bhrikuti Shail qui a bien eu lieu le 18 avril 1952 par le versant Sud, par Alfred Nicéphore De Hults, seul. Alfred raconte qu’il est arrivé sans difficulté au sommet à 11h 25 par un soleil radieux et qu’il y restera plus d’une demi heure à admirer le paysage et à penser à sa bien-aimée. Une seule photo de bien piètre qualité atteste son exploit de l’époque.
C’est donc cette voie que nous avons simplement répétée au printemps 2005, avec Bikram Singh et Denis Flaven.
Une information qui va certainement plaire à Miss Hawley et Lindsay Griffin !?

Et il faut aussi lire l'article sur le massif du Damodar Himal publié en 2011, dans le Montagnes Magazine n° x

A bientôt...
Pour d'autres épisodes, car l'histoire n'est pas fini !

 

 

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