Le Chekigo, 6257m
automne 2004...



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Ambiance feu d'artifice pour ce coucher de soleil sur notre petit Chekigo, malheureusement pour nous le beau temps ne sera pas au rendez-vous et le sommet non plus !

Une page du site présente le projet de ce printemps 2006.
Mais, en automne 2004 nous avions bien peu d'informations sur cette arête sud qui était alors encore vierge.

l'équipe
De nouveau un très petit groupe, cinq personnes en tout !


Fabrice sur l'arête, avec derrière le petit sommet à droite du col.
Jocelyn Chavy : dans le rôle du reporter... catastrophé par les lumières et le temps pourri.
Xavier : carrement miné par cette météo détestable... "Bou...je veux rentré en élico !"
Laurent : la force tranquille, imperturbable devant les élements.
Et Fabrice : aussi a l'aise en montagne que pour nous expliquer le fonctionnement des forces de l'ordre durant une manif à Baktapur.

 

Le compte rendu
« C'est la fin du voyage.
Une petite ondée nous rafraîchit dans l'ultime montée vers Dholaka.
Au loin sur la plaine, le ciel se dégage enfin et sa limpidité présage de la fin de la mousson. »

Nous sommes le 6 octobre et jamais nous n'avions vécu un tel début de saison
d'automne au Népal.
Du premier jour de notre arrivée jusqu'au dernier, il a plu ou neigé tous les jours.
TOUS LES JOURS !!!

Nous nous demandons encore, comment, depuis Beding, nous avons réussi à
installer notre camp de base, comment nous avons trace notre chemin
pour accéder au glacier dans le brouillard sans se perdre dans un dédale de
polis glaciaires.
Quelle obstination pour continuer à cheminer sur ce glacier crevassé,
pour enfin installer notre camp d'altitude au col, tout là haut, au Mamlung La, face au Tibet.
Mais aussi quelle récompense, le lendemain en fin d'après midi quand les nuages se sont enfin déchirés pour un coucher de soleil somptueux.
Voir notre sommet, enfin !!!
Malgré son altitude dérisoire à l'échelle himalayenne, c'est un vrai sommet,
un sommet pointu drapé d’ ice flutes et ourlé de corniches, le plus beau des
trekking peaks !

Notre point de départ est particulièrement bas en altitude, l'ambiance est
donc moite et verdoyante avec beaucoup de forêts, mais aussi des villages et des
rizières.
Nous découvrons l'attrait des expéditions d'antan, avec parapluie et sangsues, chaleur et averses.
Sur le chemin, très peu de lodges, ni de pancartes, nous sommes bien loin des foules de touristes du Khumbu ou des Annapurnas, et les rencontres avec les Népalais nous semblent vraiment différentes et beaucoup plus sereines.
Comme avec ces gens d'ECO HIMAL, une ONG autrichienne qui essaie d'améliorer l'accueil touristique de la Rolwaling et surtout d'en faire profiter les villageois.
Un bel exemple d’eco-tourisme.
Un surtout un véritable casse tête, quand on connaît les contraintes des permis de trek
dans la vallée et la situation politique actuelle avec une présence active de l' opposition maoïste.

Des « maos » physiquement peu présent, mais dont le poids se fait sentir au fur et a mesure que nous remontons la vallée. Et forcement, un jour, au détour d'un sentier, la rencontre a lieu.
Mais pas vraiment comme dans les films ou nos imaginaires débridés.
Pas de fusils d' assaut ni de cartouchière en bandoulière. Une simple négociation à la
Népalaise plutôt cool. Ils veulent que l'on paye un impôt révolutionnaire, une « donation » de 2000 roupies par personnes.
Et nous, nous ne voulons surtout pas d'ennuis, car malgré tout, sous les vêtements décontractés du chef, quelques renflements nous semble bien suspects.
Au final, après nous être acquitté de la somme demandée (avec 2000 rp de discount, à cause de Jocelyn, notre cher journaliste, mais aussi peut être notre attitude très compréhensive et pour certain un passé un peu « rouge » ou encore l'ethnie de Babulal identique à celle du chef. Nous nous quittons en très bon terme, en nous souhaitant mutuellement bonne chance dans nos entreprises réciproques !
Nous avons même un reçu signé et des photos de la scène, un comble dans le cadre d’une guérilla armée.


Il a donc fallu passer à la caisse, avec de beaux billets de 1000 roupies...

 

La vallée se fait étroite et très boisée, dans une clairière les nuages se déchirent brusquement, et dans cette fenêtre au ton Hamiltonien apparaît un beau sommet ourlé de neige.
Vite prendre quelques points de repères et ouvrir une carte pour en trouver le nom... « Damned, mais c’est peut être notre petit Chekigo » ?
Chacun reste silencieux, impressionne par les lignes fuyantes et la hardiesse de la montagne. C’est vraiment pointu et c’est bien notre sommet !


Le voici enfin, mais heureusement ce n'est pas par là que nous allons essayer de trouver une voie d'ascension.
Il est pointu, le bougre !


De quoi réfléchir à cette notion trop caricaturale des trekking peaks, qui ne correspond pas du tout a la réalité, et qu’il faudrait peut être simplement remplacer par un repère altimétrique, « les 6000 du Népal », ouvrant ainsi un espace pour enfin aborder la question de la difficulté de ces itinéraires.

Quelques jours plus tard..., après quelques errances dans un brouillard tenace, nous voici parti pour une deuxième tentative car le temps c’est brusquement dégagé hier soir, nous laissant ébloui par un coucher de soleil somptueux.
Qu’il est beau ce cher Chekigo et presque à porté de mains !


En fin d'après midi avec Fabrice, le brouillard nous englouti de nouveau, loin au dessus du camp d'altitude.

Notre trace de la veille va nous faciliter la tache pour atteindre les 1eres longueurs un peu raides. Nous pourrions nous croire dans les alpes, deux cordées au cœur des montagnes et inondées de solitude, mais les sommets du Tibet tout proche qui s’éclairent aux premières lueurs du jour nous suggère notre véritable dimension.
Nous sommes bien en Himalaya.
Deux longueurs plus tard, catastrophe, le temps se gâte et il neige de nouveau. Nous organisons rapidement notre descente, mais une belle éclaircie nous incite à croire que tout n’est pas forcement terminé.
Toujours aussi déterminé, nous reprenons notre ascension pour arriver au col en même temps que la neige.
Cette fois c’est vraiment la fin et en quatre grands rappels nous serons sur le glacier et le soir au camp de base.



Face aux géants du Tibet, avez-vous remarquez les toutes petites tentes, juste au col...


Mais quelle aventure, pouvoir encore vivre aujourd’hui un alpinisme de découverte, en cordée alpine et dans ce cadre si souvent dévalorisé d’une expé dite « commerciale ».
Et pourtant, c’est tout le charme de ce type de sommet, leur taille lilliputienne nous permet de les aborder sereinement en vivant le plaisir intense de l’engagement de l’alpinisme. Car en deux jours, nous aurions largement pu équiper tout l’itinéraire d’ascension en cordes fixes jusqu’au sommet, nous permettant ainsi d’évoluer malgré des conditions météo défavorables.
Mais, à part nous assurer une réussite quasi certaine, aurions-nous été comblé par cette manière de réussir ?

Dans le même ordre d’idée, en regardant de plus près le style d’alpinisme utilisé pour gravir l’Island Peak, par les groupes encadrés par des guides de haute montagne UIAGM et reproduit à l’identique par les sirdar-guides népalais, il me semble que la technique himalayenne (l’installation systématique de cordes fixes) est largement surdimensionnée par rapport à la taille réelle du sommet.
Cette manière de faire, radicalement majoritaire, est pourtant bien peu respectueuse des alpinistes qui « font » ce 1er 6000 facile, « vendu » ainsi par les agences françaises ou népalaises, alors que sa difficulté réelle est AD.
Mais, elle est également peu respectueuse de la montagne elle-même et surtout des futurs guides népalais qui, grâce aux cordes fixes se préoccupent bien peu de la dimension humaine de leur profession.
Quel gâchis !!!

Mais revenons à ce petit Chekigo...
Ce soir là, quand tout c’est s'embrasé au soleil couchant, nous sommes resté«scotcher » devant les tentes du camp d’altitude en découvrant notre sommet.
Et d’emblée, comme tout était à faire, nous avons imaginé une multitude d’itinéraires possible, comme dans les alpes :

  • l’arête de l’antécime a droite, finement ourlée de corniches
  • la pente de glace et de neige qui, par de grandes longueurs à 50° mène directement au sommet,
  • et surtout la belle arête de gauche avec un petit ressaut en mixte.


Puis, pour une trop courte nuit, nous nous sommes réfugiés dans nos duvets douillets en rêvant à notre itinéraire du lendemain, logique et esthétique, mais surtout juste assez technique pour nous inciter à l’élégance.

Nous voici déjà sur le retour...
Tout est passé très vite, mais nous savons que nous y retournerons forcement un jour, car c’est vraiment le plus beau des trekkings peak.

Nous avons aussi vécu sur ce sommet comme une invitation à regarder avec d’autres yeux, avec une autre sensibilité, tous ces petits sommets, si souvent méprisés par les grands alpinistes.
Sur beaucoup d’entre eux, il est encore possible d’y tracer de nouveaux itinéraires pour notre plus grand plaisir.
Il suffit de faire le premier pas puis d’éviter si possible les ornières accueillantes des itinéraires trop et mal fréquentés.

Au Chekigo, cet alpinisme himalayen a encore de très belles aventures a nous proposer et même nos prochaines vies n’y suffiront pas.


Pas de doute, ça c'est de la pub !!!
Mais c'est aussi pour dire qu'il n'y a pas que les sociétés américaines qui font de belles et bonnes tentes.
Toutes mes tentes sont des SALEWA, et j'en suis très content.
Je peux même vous en prêter, car elles sont chez moi à Kathmandu !

Le topo
Voici une première évaluation à compléter plus tard...

Cotations & difficulté :
C'est l'itinéraire qui va certainement devenir la voie normale, tellement son tracé est logique et évident, mais surtout esthétique !
La première partie du parcours sur le glacier puis par une belle arête est assez évident. Nous l'avons parcourue en simple cordée alpine, mais certainement quelques sections poserons des problèmes d'assurage pour des personnes peu à l'aise.
Depuis la rimaye, c'est une pente de neige et glace de presque 200 m, entre 45 et 55°, donc trois ou quatre longueurs pour arriver au col. Descente en rappel et il est très facile d'y installer des cordes fixes.
La suite sur l'arête elle-même ne devrait pas être trop difficile, D au max (donc moins que le Singu Chuli) et surtout pas trop long. En technique alpine c'est un beau parcours qui pose des soucis à la descente, avec des cordes fixes c'est surtout du temps et de l'énergie pour les poser ( les enlever étant un autre problème...).

III/D, neige et glace, en cotations Himalaya...

Du coté des permis, la situation politique actuelle du Népal, rend ce sujet délicat. Théoriquement, il vous faut un permis de trekking peak auprès de la NMA.
Mais, comme l'impôt révolutionnaire est quasi obligatoire, je vous suggère de déguiser votre petite expé en un simple trek de partir plutôt de Barabise, puis de sortir corde et piolet au moment opportun ! C'est un peu un plaidoyer pour la désobéissance civil, mais le fonctionnement de la NMA m'énerve souvent...

Ce qui signifie aussi qu'il est possible de faire là haut tout ce que vous voulez sur n'importe quel sommet, car il n'y aura jamais d'officier de liaison, ni de force de l'ordre pour vous controler. Il suffit d'être discret, à l'aller comme au retour !

Bon voyage...

De mon côté, c'est un sommet qui m'a tellement emballé que j'y retourne avec grand plaisir au printemps 2006... et puis j'aimerais bien arriver au sommet et pourquoi pas ouvrir un autre itinéraire et passer le col pour respirer l'air du Tibet.

A retrouver dans le compte rendu de notre aventure à la Punta Perazio !


Un article très sympa du Jocelyn dans ce n° 54 de Vertical, j'aime bien le ton de ce style d'article sur un alpinisme ordinaire...

Un petit facicule que l'on trouve à Kathmandu et édité par Eco Himal, avec des information intéressante sur cette région et un discours très branché tourisme équitable, mais ça me va bien aussi.
www.ecohimal.or.at
et mandala@ccsl.com.np pour le commander...


Ces informations vous ont aidées à construire votre expédition ?
A votre retour, vous pouvez aussi les compléter, les modifier en m'envoyant vos remarques et commentaires par mail.
Merci d'avance.
Paulo.

Et bien sûr, un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

 

 

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