L'histoire de l'ascension d'un sommet perdu au fin fond du massif du Langtang au Népal
octobre/novembre 2007




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"Langtang Ri Story"


Le Langtang Ri, une grande montagne...

Le lien sur la présentation du projet...

Avec mes remerciements les plus chaleureux pour le médecin de SOS MAM de l'IFREMMONT, qui grâce à sa consultation à la hauteur et ces conseils m'a permit de continuer mon (notre) chemin vers le sommet... malgré l'épisode Solupred !

Et le Gurkarpo Ri... moins haut mais plus facilement accessible.




Certains voudraient faire croire que cette expé était subventionnée.
Mais c'est que des menteries...


La carte de l'Alpenverein au 1/50 000, avec le col entre le Langshisa Ri et le Gurkarpo Ri... C'est le camp 2 et le début de notre ascension.


Pas de doute, cette expédition au Langtang Ri 2007 restera gravée dans ma mémoire comme une expérience infiniment douloureuse.
Même après 20 ans d’expéditions en Himalaya rien n’est vraiment simple et acquis. Cet huis clos d’un mois dans des conditions difficiles a, pour nous, déboucher sur une situation relationnelle inextricable, quasi insoluble. Même avec toute l’énergie positive possible, toute la bonne volonté du monde.
A contrario, les quelques jours d’ascension, libéré des miasmes d’une relation conflictuelle, sont apparus comme de purs instants de bonheur. Où toute l’expérience acquise pouvait s’exprimer.
Que du bonheur, pour une ascension relativement simple et une montagne particulièrement esthétique.
Merci à mes compagnons de voyage pour ces instants inestimables.

Kathmandu, première étape : Top départ !
Tout le monde est à l'arrivée à l'aéroport de Kathmandu avec tous les bagages...Tout va bien.
Pour se mettre dans l'ambiance des lieux, dîner aux chandelles sur la terrasse de l'hôtel Padma en face de la grande stupa. Les habitués des lieux apprécieront.
Par contre, la suite s'annonce rude avec un départ très matinal, 6 h, pour une grande journée de bus très éprouvante. A cause des intempéries de ces derniers jours, la route est passablement dégradée, avec un grand éboulement avant Dunche. Une expérience très intéressante pour mieux comprendre la réalité et les modes d'organisation à la népalaise ! Une bonne entrée en matière pour Marc dont c'est le 1er voyage au Népal.

Kathmandu - Syabru : 12 heures pour 160 km...
Le voyage en bus fut effectivement éprouvant. Toute la première partie a été superbe en quittant la vallée et dans la descente vers Trisuli. La vie au Népal était partout présente avec beaucoup de couleurs et des instantanés du quotidien surprenants.
Puis, le bus s'est arrêté et il a fallu traverser à pied le glissement de terrain pour retrouver un autre bus de l'autre côté. Entre-temps, les bus locaux sont aussi arrivés et tout le monde s'est entassé dans les 3 véhicules disponibles.
Bien plus tard, le bus est enfin parti, chargé à son maximum (et même plus ?) tanguant comme un bateau ivre à chaque cahot de la route.
Nous étions tous morts de trouille dans notre corbillard ambulant.
Pour conjurer le sort, une blague parmi tant d'autres : "Il vaudrait peut être mieux être accroché sur le toit avec les 25 népalais, au moins si le bus plonge dans la rivière, on peut sauter avant... "
Le trajet s'est continué ainsi jusqu'à la nuit.
Enfin quelques lumières et un lodge confortable au bout de la route. OUF !!!

La vallée du Langtang...


1er jour de marche à remonter la vallée de la Langtang Khola dans une ambiance très « djungle ».
Après plusieurs thés, les effets secondaires se font sentir dans le registre délire : "Cécilia serait à Genève dans une clinique avec Johnny"
depuis, le bruit court dans la vallée... Bref, le moral est au beau fixe


«A partir de Lama Hôtel, la pluie s'installe doucement et il va pleuvoir toute la journée, ambiance Gore-Tex et capes de pluie !
Arrivés à Langtang Village, nous retrouvons Karma et toute sa famille à Eco Guest House.
Nous y serons bien accueillis avec un bon poêle dans la dinning room.
C'est aussi le plaisir de retrouver des gens connus, un tissu de relations construit au fil du temps et des précédents voyages.
Bien sûr il ne faut pas se leurrer sur la nature de la relation mais il est très agréable d'être attendu, de mieux connaître les gens, de rentrer un peu plus intimement dans la vie locale. Chez Karma, nous faisons aussi office de facteur en lui apportant une lettre de la part d'Albert.
Plus tard à Kyangjin nous irons dans le tout petit lodge d'une famille tibétaine. Le soir, tout se dégage; la neige a blanchi les sommets. »


Séance kata pour tout le groupe avec toute la famille réunie.
Car c'est Dasaing et les 4 enfants sont rentrés à la maison pour un mois de vacance.
Le seul de l'année !

 

Une expédition au Népal est impossible sans les porteurs.
Qu'ils soient porteurs d'altitude ou simple porteurs de vallée.
Se préocuper de leurs conditions de travail est indispensable pour la réussite de nos aventures mais c'est aussi un regard plus humain pour accompagner, encourager nos compagnons de route.
Et inutile de croire que l'agence népalaise prendra soins d'eux, malgré les beaux discours des big boss qui eux sont à Kathmandu, bien loin du terrain.


Mundu, petit hameau au dessus de Langtang Village à l'écart de la route touristique d'où venaient la plupart de nos porteurs du Langtang.
Nous y serons bien acceuilli lors d'un prochain voyage...

Le Gangja Chuli ou Naya Kanga.
C'est un des NMA peak de la vallée. En voici le versant nord, bien peu fréquenté.
C'est photos devraient d'ailleurs rejoindre un autre partie du site... "Les sommets du Népal" comme complément d'informations.



Mais avez-vous remarqué le petit dôme blanc à droite de la photo... il me semble que c'est aussi une possibilité de traversée versant Helambu.
A suivre donc.

Welcome in Kyangjin !!!


Une pancarte de bien sinistre augure.
Puisque le représentant local de la NMA, Thiley Lama, prendra Temba en otage lors de son retour à Kyangjin pour lui extorquer 1000 $ en espèce. Des méthodes digne de la période la plus noire de l'opposition maoïste.
Et une bonne raison de boycoter le grand lodge blanc, la Yeti Guest House, dont il est le propriétaire.


Une architecture typique du Langtang...


Et un curieux mélange de modernité et de mode de vie ancestrale...


Et oui, ne sommes-nous pas un peu en Helvetie...?

"Pas si facile d'écrire sur notre cheminement : l'arrivée du soleil a coïncidé avec l'apparition des sommets enneigés que nous grimpons ci et là à distance, un thé à la main. Au départ de Kyangjin nous avons quitté dans le même temps les nuits en lodge, la civilisation et la beauté charismatique des tibétaines de la vallée... Nous avons donc commencé notre retraite expéditionnaire, la caravane est formée et nous remontons tranquillement la Langtang Khola pour atteindre Langshisha où nous installerons notre 1er camp, drapeaux de prière au vent. Première nuit en tente, première discussion sur les avantages de la "gourde-pipi", très appréciée le lendemain matin au fond du duvet.
Nous n'avons pas atteint les 5000 m que nous nous prenons déjà 40° d'amplitude entre le jour et la nuit. L'éloignement se fait petit à petit sentir, au fur et à mesure de notre avancée et les petits soucis physiques font leur entrée... La journée de repos à Pemthang était une bonne occasion de se reposer, de se laver et d'admirer les géants de neige et de glace qui nous entourent. »

Pierre-Olivier

La haute vallée du Langtang, après Kyagjin...


Des cailloux qui démangent nos envies de grimpeurs...Le Langtang c'est aussi des falaises superbes.
C'est un peu loin quand même...


Numthang.
Une photo carto, pour indiquer le chemin de descente qui vient du Yala ou du Tsergo Ri et qui permet de faire une boucle au départ de Kyangjin.

Langshisa Kharha
Un havre de tranquilité à l'intersection de deux vallées glaciaire.




L'Urgyenmang, 6151 m.


Et le Pemthang Karpo Ri, à priori non autorisé...

Le Langshisa Ri... 6427 m
Un autre NMA Peak encore peu connu et qui vaut vraiment le déplacement.


Un sommet plein de mystères...


Et la carte népalo-finlandaise Lantan 2885-15, avec notre itinéraire jusqu'au col.


Le versant Est du Langshisa Ri au dessus de notre camp 2... avec quelques lignes intéressantes.


Une photo spéciale cartographie... C'est une vue depuis l'arête des Rapiettes vers le glacier et le camp de base du Dorje Lhakpa.
Le col de notre camp 2 est donc accessible depuisce versant, ça passe rive gauche du glacier sans trop de problèmes.

Le Lingshing Kanshurn, 6078 m
Un sommet entre le Dorje Lhakpa et l'Urgyenmang.


On y reconnait l'arête Est de L'Urgyenmang qui est accessible par de grandes pentes de neige versant Panch Pokari.


Le camp de base et le camp 1 du Dorje Lhakpa.

Notre camp de base...
« Depuis Kyangjin, les deux journées de marche pour rejoindre Pemthang Karpo ont été idylliques : grand beau temps et des montagnes de plus en plus présentes.
Nous voici maintenant au pied du glacier de Langtang qui est complètement recouvert de pierres et particulièrement mouvementé. Demain samedi sera une journée de repos pour tout le groupe, pendant que j'accompagnerai les porteurs pour un premier dépôt de matériel sur le glacier. La neige récente qui recouvre la caillasse m'inquiète un peu et je préfère reconnaître le chemin avant d'engager toute l'équipe de cuisine et les porteurs.
La gestion des porteurs reste également un problème et un simple aller-retour est beaucoup plus facile, surtout que le bulletin météo n'est pas vraiment optimiste avec de la neige pour l'après-midi. Bizarre car le ciel est merveilleusement limpide...
Et dans deux jours, nous allons basculer dans un monde complètement minéral et rude. »



"Dis Christian, c'est quoi déjà le vrai nom du Morimoto Base Camp...?"


La tente mess, un confort très apprécié, même si nous ne l'utiliserons que quelques jours.


Aujourd'hui, c'est jour de fête !
Les chaussures de montagne Asolo sont arrivées de Kathmandu. C'est le grand déballage et une bonne nouvelle. C'est cadeau ! Merci Monsieur Asolo.
Un vrai pourboire ou plutôt un complément de salaire bien mérité. Et en retour, tous les porteurs du Langtang seront très coopératifs.

Changement d'objectif...


Voila, nous n'irons pas plus loin !
C'est trop loin, nous n'avançons pas et c'est trop galère avec la neige récente qui complique encore la progression.
Nous n'avons aucune chance d'aller au sommet.
Faire demi tour, changer d'objectif et ne pas perdre de temps.
C'est ce que nous venons de décider avec Chhotemba. Une décision difficile car nous sommes bien seul pour la prendre.
Mais c'est aussi mon boulot de prendre des décisions...
L a suite allait me montrer que rien n'est simple, et que tout allait se compliquer à l'extrême même en expliquant le mieux possible les raisons de cette décision.


La suite... pas vraiment cool, car il faut remonter tout le glacier après le virage, quasi à l'aplomb du sommet.


Tout le monde arrive doucement. Avec la neige, c'est pas facile...


La bande des porteurs du Langtang.
Ils ont effectués un portage avec des charges assez légères pour normalement faciliter le déplacement de tout le camp prévu le lendemain.
Mais ils ne sont pas mécontent du changement d'objectif. Un dhal bath les attend au camp...


Nous avons donc beaucoup discuté avec Chhotemba et Bishal...
Faut-il ou non faire demi-tour ?
Combien allons-nous mettre de temps pour rejoindre le camp de base, tout au fond du glacier ?
Y a-t-il un sens a vouloir faire absolument ce qui a été décidé bien longtemps auparavant ? Si les conditions ne sont pas réunies.. et avec aucune chance de réussir, ni de réaliser le parcours dans de bonnes conditions (ou dumoins des conditions acceptables).
Et la nécessité d'un changement d'objectif c'est imposé clairement.
Allez, back to home...


Avec Bishal, nous suivons les porteurs du Langtang, qui malgré leur charges passent dans des endroits pas très cool.
Mais, pas de doute, c'est plus court !!!


Comme pour appuyer ma décision, il se met à neiger en début d'après midi.
Mais la première explication c'est plutôt bien passé. Il nous faut faire le deuil du Langtang Ri.
Je ne savais pas encore que le lendemain matin, au petit déjeuner, les hostilités allaient vraiment commencer avec X et Y.

Vers le Gurkarpo Ri...
"Le deuil du Langtang Ri réalisé, avec plus ou moins de facilité, nos regards se tournent à l'Est vers ce petit bout de sommet que l'on aperçoit au loin derrière le glacier qui nous fait face. Comme pour mieux refermer le projet initial et mieux comprendre ce qui nous attendait, il nous faut avant-tout traverser le glacier du Langtang et son dédale de pierres : 2h30 pour traverser ce kilomètre de montagnes russes aux pierres instables. Nous tentons de trouver le meilleur chemin possible et sommes très heureux de pouvoir enfin trouver la neige. Nous installons dans un premier temps une tente déposit au sommet du "Mont-Blanc"... 4810 m... avant de retourner à notre CB de Pemthang Karpo. Pierre-Olivier


C'est un peu galère, mais c'est juste 3 h d'effort !
Rien à voir avec les 3 ou 4 jours nécessaire pour rejoindre le Langtang Ri


Le plaisir d'être en haute montagne... !

« A l’insu de notre plein gré… ? »
Mais oui, car nous ne savions rien sur ce sommet du Gurkarpo Ri. A part qu’il était à portée de mains. Je ne savais pas que c’était un sommet vierge, et je n’avais aucune informations sur les expéditions précédentes. Pire, je ne savais même pas si c’était un sommet autorisé ou non, et je n’avais pas de carte précise des lieux.
Nous avons donc tout inventé.
En premier lieu, il a fallu construire la décision de gravir ce sommet et pas un autre. Et c’est la météo, ou plutôt les prévisions météorologiques qui ont fondées le choix du Gurkarpo Ri à la place du Pemthang Karpo Ri (Dôme Blanc).
Un très fort vent d’ouest était annoncé en altitude : 50km/h à 6000 m, 60km/h à 6500m, et 75 km/h à 7000 m, ça décoiffe ! Avec en plus les températures négatives liées à l’altitude.
Dans ces conditions, l’arête ouest du Gurkarpo Ri avec ces replats idéalement situés pour les camps d’altitude était un itinéraire possible en versant nord-ouest.
C’était forcement mieux que la longue arête sud du Pemthang Karpo Ri, même si elle semblait plus facile. Ou encore que le Langshisa Ri… trop petit 64 et surtout trop technique. J’ai donc choisi ce Gurkarpo Ri en y appliquant la technique qui actuellement me convient le mieux : un voyage en altitude sans retour au camp de base. Surtout que nous n’avions pas de camp de base !
Nous avions 10 jours d’autonomie disponible en haute montagne. A nous de les vivre le mieux possible en réalisant ce qui était possible de faire.
Et nous avons même joué les prolongations pour mieux caler notre progression avec la météo et notre acclimatation, avec un petit sommet en hors d’œuvre et une journée de repos en altitude avant le sommet.
Normalement, tout le monde aurait dut aller au sommet… sans exception. Mais la vie a des soubresauts difficilement contrôlables et pour reprendre la phrase célèbre de Bernard Muller « Les expés, c’est pas la plage ! ».
Même si une attention particulière peut y être apportée pour vivre le mieux possible cette immersion en haute altitude et y éprouver un maximum de plaisir. Mais cela se construit, bien avant le camp de base et tout au long de l’ascension.

Le Camp 1...



Les porteurs du Langtang viennent de rejoindre notre camp 1.
Ils sont partis léger du camp de base pour effectuer un portage de nos affaires d'alpinistes vers le camp 2 puis ils retournerons à Kyangjin pour revenir dans 12 jours.
Je suis un peu devant à faire la trace avec un enjeux important..., faire une belle trace, facile à suivre pour tous et si possible en évitant les crevasses.
Et surtout, en montant le plus haut possible sur le glacier en direction du col.


La neige récente ne facilite pas la progression, mais pour l'instant nous sommes encore sur le glacier noir recouvert de cailloux.


Tout va bien et le parcours est vraiment plaisant jusqu'au point de déposit à moins d'une heure du col. Mission accompli...


Jean-François et Christian, un binôme solide. Nous partons définitivement vers le sommet..., rendez-vous ici 10 jours plus tard.


Un peu plus haut, avec Pierre-Olivier et Marc


Chhotemba reprend la trace, avec une neige de plus en plus profonde...

Le col et le camp 2...
« Nous voici tous installés au C2, à un grand col glaciaire. En face de nous, de l'autre côté de la vallée : le Dorje Lhakpa scintille de ses arêtes immaculées. A quelques encablures de neige de notre tente, notre Gurkarpo Ri ressemble à un Obergabelhorn de presque 6900 m. Bien qu'un peu moins élevé que le Langtang Ri, il est surtout très esthétique.
Forcément, d'un point de vue administratif nous sommes dans la plus complète illégalité mais comme l'officier de liaison est resté à Kyangjin pour rentrer sur KTM, nous verrons plus tard.
L'équipe de cuisine est aussi rentrée à la maison car nous sommes partis pour 10 jours en autonomie complète sur le glacier. »


Et c'est l'arrivée au col, avec des cordées mixtes, ici avec Sunar.


Le camp, le lendemain de notre installation. Y'a de la place...


Il est temps de redescendre au camp 1, la trace est faite et un peu de matériel a été déposé. L'ambiance est superbe...


C'est pas facile de marcher encordé en portant une tente !!!
Petite anecdote de terrain : avant notre arrivée, Temba et Chhotemba avaient déjà monté la tente déposit pile au col.
Mais le vent annoncé me fait craindre le pire. Je décide donc de déplacer le camp un peu en contre-bas.


Camp 2... et le plaisir d'être confortablement installer dans notre grande tente.
Un vrai palace... qui servira de temps en temps à nous retrouver tous ensemble pour décider de l'organisation du lendemain.

L'arête des Rapiettes...
Tout va beaucoup mieux : pour moi le moral est revenu même si j'ai une crève d'enfer. Le temps est toujours aussi beau. C'est vraiment fantastique, pas un nuage à l'horizon. Il faut juste que cela dure encore quelques jours car nous sommes maintenant dans la partie terminale de notre ascension.
Il nous faut organiser l'installation des 2 prochains camps, l'équipement des parties raides entre C3 et C4, puis de C4 à l'arête.
Norbu a réussi à nous envoyer un hélico avec 4 rolls de corde... 800 m et 25 pieux à neige. Plus de souci maintenant pour le matériel. Il ne reste plus maintenant qu'à les installer…
C'était presque magique car vers midi alors que nous montions vers le C3, nous avons entendu une rumeur lointaine...
Est-ce bien lui ?
Nous nous sommes assis sur nos sacs pour assister au spectacle. Le bruit s'est amplifié; le voici, très haut à droite de Langshisha Ri. Il s'est rapproché doucement puis a contourné la montagne pour disparaître derrière une arête.
Mince alors, il est parti.
C'était peut-être juste un vol touristique ou pire du ministère pour vérifier ce que nous faisons. Mais non, le voici qui revient bien dans l'axe du col et qui largue 4 paquets pas très loin de nos tentes.
Le calme revient, tout est fini.
Voici un « drop » exceptionnel
(une 1ère, dira plus tard Miss Hawley en éclatant de rire !) qui va faciliter notre progression, nous donner plus de souplesse et surtout rassurer certains et détendre nos relations.
Mais, ça fait quand même un peu cher le mètre de corde à 3 800 EUR le vol de l'hélico !


Dès l'arrivée au col, ce petit sommet est apparu comme une évidence. Une invitation à une belle journée d'alpinisme.
Derrière, Jeff l'aura reconnu, c'est le Dorje Lhakpa, que nous avons réussi ensemble, il ya déjà quelques années.


Pour parfaire notre acclimatation, nous avons donc fait le 1er ressaut, "l'arête des Rapiettes" (c'est une blague de Jeff, et cela veut dire "lézard" en corrézien). Puis sur le replat à gauche de l'arête, nous installerons 2 jours plus tard notre camp 3, à presque 5900 m. pour y dormir tous une première nuit. Avec Cho Temba en fin d'après-midi, nous irons faire un bout de trace et installer une 1ère corde fixe pour passer la rimaye car la suite est un peu plus raide (45°) : une belle pente régulière, peut-être 400m, qui aboutit à un plateau, toujours à gauche de l'arête : ce sera notre camp 4 vers 6200 m.
De là, une journée devrait suffire pour atteindre le sommet, avec des pentes de neige un peu plus raides (45/50° ) jusqu'à un col sur l'arête Ouest, qu'il nous suffira de suivre.


Une journée exceptionnelle... Nous partons tout les deux avec Chhotemba vers la petite pointe de neige à 5886 m. C'est le premier ressaut de l'arête et un ligne superbe. Cela nous permetra de tracer l'approche pour la pente qui mene au camp 3, sur le grand replat. C'est aussi un moyen d'aborder ce couloir par le haut, car les conditions nivologiques m'inquiètent un peu.


Chhotemba au début de l'arête. c'est aussi une première pour lui, car il n'a jamais fait de course alpine en cordée de deux.


La partie finale de l'arête...
C'est pas trop raide mais pour cette course d'initiation nous avons évolué vraiment en réversible. Avec, pour chaque relais, la pose d'un ancrage solide et une véritable expérience d'assurage.
Une très belle journée où j'ai pris beaucoup de plaisir à me consacrer entièrement à Chhotemba. Et c'est vraiment rare car je suis souvent bien peu disponible pour l'équipe népalaise.


Le lendemain, c'est au tour de Pierre-Olivier et de Marc de se payer une journée de RTT. Ils seront suivi par Jeff et Christian. Le temps est splendide et les conditions optimales pour réaliser la course corde tendue ou sans corde... De l'alpinisme comme dans les Alpes.

« Tout va bien. Si si !
C'est vrai : notre pilosité fonctionne normalement au vu de nos barbes respectives. Jeff et Christian ont su dépasser leur addiction à la "Rara Noddle Soup" et on s'est fait hier un goûter au nutella à 5500m grâce aux vivres surprises ajoutées par Norbu aux cordes fixes. Quant à notre sommet de RTT, réalisé avec Jeff, Christian et Marco par l'arête des Rapiettes, nous avons apprécié le plaisir d'une journée d'alpinisme en guise d'acclimatation sur une arête splendide. Pour une première course ensemble avec Marco, nous avons fait très fort. Quant à Jeff et Christian, ils demanderaient bien à l'Hélico passé quelques instants plus tôt en contre-bas de ramener cette arête un peu technique dans les alpes. Le soleil brille toujours pour notre plus grande joie. Que cela dure !
Paulo a retrouvé ses couleurs et nous avons évolué aujourd'hui au son du "tourbillon de la vie".
Pierre-Olivier.

Même Marc se met à l’écriture !!!
"Depuis le début de notre expédition, pas un jour ne s'est écoulé sans une bonne tranche de rigolade due à l'une des blagues de nos Rapiettes (Jeff et Christian). Pas une journée ne s'est écoulée sans un émerveillement devant la vie et les paysages du Langtang.
Bien sûr, j'assiste en spectateur impuissant mais ô combien ému au déchirement qui touche une partie du groupe. Mais une journée de chevauchée de notre arête des Rapiettes avec Pierrol, Christian et Jeff a vite fait d'occulter ces mauvais moments.
Aujourd'hui encore j'ai pu compter sur le soutien de mes compagnons dans un moment physiquement très difficile. Enfin, je conclurai avec une note personnelle, une citation : "I wonder if I had not come a long way only to find that what I really sought was something I left behind" (Thomas F. Hornbein, Everest, the West Ridge).
Marco.

Pour monter au camp 3...


Un vrai terrain glaciaire mais plutôt facile.


Nous allons remonter ce couloir de neige pas trop difficile. La première partie sans corde en profitant de la neige accumulée et durciespar le vent.


Puis, au milieu, une grande crevasse nous obligera a nous encorder. Nous y installerons plus tard une corde fixe...


Pour certain, la montée est un peu dure... et Chhotemba se mettra une boite mémorable dans le couloir sous le regard inquiet de Jeff et Christian.
Ce sont eux qui ont eu le plus la trouille...


Un premier regard sur la suite des opération. pas de souci la rimaye se passera bien...


Nom de dieu, c'est quoi cette corde...


Le lendemain, tout se passe pour me mieux pour équiper la pente. La neige est bonne et la pente d'une raideur confortable...


Avec Pierre-Olivier, Marco et Chhotemba, nous montons ensemble



Le camp 3 semble bien minuscule et la pente se creuse de plus en plus.
Jean No... On pourrait presque descendre à ski ? Non ?


Bon..., il est temps de rentrer. Il est presque 17 h. Le camp 3 est déjà dans l'ombre glaciale de la nuit himalayenne.
Mais grâce aux cordes, dans moins d'une heure nous serons tous à l'abri dans nos tentes.



Par contre, nous avons changé de tente, et nous sommes maintenant à trois dans une tente base Salewa. C'est pourtant bien une tente pour trois, mais je l'utilise le plus souvent pour 2 personnes.
Un peu plus de rigueur et d'organisation sont nécessaire.
Mais quel changement par rapport à notre tente du camp 2, prévu pour 6 personnes... un vrai palace à 3 !!!



On continue dans le registre des tentes...
Avec notre petite tente déposit, une altitude de Salewa. Elle ne sert que pour déposer du matériel, surtout au début de l'installation d'un camp et pour éviter d'encombrer les tentes personelles.


Le lendemain alors que nous allons dormir au camp 4. Chhotemba et Zamgbu sont devant malgré de gros sacs.
Heureusement, la journée n'est pas très longue et les traces super.


Avant-dernière longueur, avec les grosses marches c'est de plus en plus facile...

Depuis le camp 4...


Juste trois tentes, perdues entre ciel et terre...
Mais nous aurions du les placer 100 m plus à droite, nous aurions gagné plus d'une heure de soleil le matin.
Damned...


Le Shisapangma, de l'autre côté de la frontière.

La dernière partie de l'ascension et le sommet...

Une nouvelle journée d'équipement par un temps radieux... nous venons juste de passer la rimaye et les conditions sont optimum.


Un peu plus tard et nous voici beaucoup plus haut, il ne reste plus que deux longueurs avant le col.
60 m c'est long...


Avec Chhotemba et Zangdu, sur les crêtes de neige.
Pour le reste de l'équipe, c'est jour de repos pour profiter au mieux de l'altitude et de ces instants exceptionnels.


Le départ au petit matin, il est 8h et des poussières.
Rien ne presse car nous avons décidé de partir le plus tard possible pour que le soleil nous rattrape dans le début de la montée.
Surtout se protéger du froid le plus possible, car nous savons que là-haut à partir du col le vent sera encore plus violent.


Le soleil arrive enfin et nous avons déjà bien progressé.
Tout en bas, Chhotemba et Jangbu ont pliés leur tente pour redescendre au camp 2 en récupérant la tente déposit au passage.


Le Dorje Lhakpa et une surprenante arête Est.


Depuis le sommet de l'arête, la suite de l'itinéraire est une bonne surprise... juste un petit passage à 40° au dessus de la rimaye, ça va bien se passer !


Les derniers pas...



Jeff, Pierre-Olivier et Marco au sommet... Fait pas très chaud, mais le vent est encore supportable.


Petite discution au sommet, mais que peuvent-ils bien se raconter...?


Depuis le sommet, une image rare vers le massif du Jugal Himal,
avec le Dorle Pahad ou Longpogan, 6979 m et à droite le sommet plat du Bhairav Takura, 6799 m.
Un prochain projet dans un recoin du massif totalement ignoré.

A la descente...


Malgré l'euphorie du sommet et la fatigue... il faut rester concentré, jusqu'au bout !


L e temps est toujours aussi superbe et nous avons le temps de descendre tranquillement.
Surtout ne pas se bousculer, car nous dormons ce soir de nouveau au camp 4.

Summit or not summit… Par Pierre-Olivier
"Pour expliquer un acte, on dit en psychologie sociale que les individus utilisent soit des facteurs internes (c'est-à-dire liés à la personne) soit des facteurs externes (liés à l'environnement extérieur). Trop souvent le fait d'aller au sommet est perçu par des facteurs internes à l'alpiniste. C'est oublier tous les éléments externes, humains ou autres, qui ont également permis la concrétisation de cet objectif : les porteurs d'altitude, la voie déjà tracée par le guide, une météo clémente, un terrain qui passe de l'inconnu au faisable, etc.
Et celui qui n'est pas allé au sommet, en quoi est-ce un échec ?
Car, celui qui s'est arrêté au col à 6600m ce jeudi participe pleinement des facteurs externes de l'arrivée au sommet : un ergonome blagueur qui 1) a toujours le mot pour rire et nous mettre ainsi dans de bonnes conditions mentales, et 2) qui a permis d'apaiser temporairement les tensions relationnelles présentes dans le groupe. Ainsi l'erreur fondamentale de questionnement : Au lieu de demander à l'alpiniste s'il est allé au sommet sur la base conceptuelle de l' "échec/réussite", il est plus en phase avec la réalité de lui demander à son retour quelle expérience il a vécu.
Bien sûr, il est facile de tenir un tel discours quand on est allé soi-même au sommet, bien sûr l'ergonome aurait voulu s'y trouvé aussi, pourtant ce qui nous unit et ce qui restera beaucoup plus en mémoire, est bien l'expérience autarcique de ces deux semaines passées en haute altitude à l'abri de toute civilisation, perdus dans les montagnes du Langtang. Ce qui se raconte aux proches au retour ce n'est pas le sommet, bien que la question nous est posée, mais les petits "riens" qui nous ont émus, angoissés, amusés, bref les moments vécus qui nous ont marqués et qui composent justement cette expérience ressentie : un trajet chaotique en bus, une rencontre agréable, un violent maux de tête, le bol de tsampa partagé dans une bergerie locale, le foie gras dégusté à telle altitude ou une magnifique arête grimpée en guise de journée de repos.
Car, et nos dames le confirmeront, nous ne nous sommes pas absentés qu'un seul jour, le jour du sommet, mais bien partis plusieurs semaines. Laps de temps durant lequel nous avons tous évolué personnellement et socialement."


Le lendemain, en fin d'après midi, nous quittons définitivement le col avec un brin de nostalgie.
Nous avons vécu presque 10 jours en ces hauts lieux, immergés en pleine montagne.


Notre descente se termine en douceur au camp 1, nous venons de tout là-haut.
Et après un long repos gastronomique au col nous avons décidé de descendre le plus bas possible.
Du sommet, il ne nous faudra que 3 jours pour rejoindre Kyangjin !!!


J'aime bien ce portrait de Christian, à la limite du brouillard dans notre dernière descente sur le glacier.


Les derniers adieux du Gurkarpo Ri, comme un feu d'artifice.

La dernière journée...
ce soir nous serons à Kyangjin les pieds sous la table pour un dal bath d'enfer !


Toujours aussi bordélique ce glacier...



Et un dernier regard vers le sommet que nous venons de gravir...


Pemthang Karpo, notre camp de base, mais sans neige ni eau.
Attention donc en fin d'automne, car il faut aller la chercher à presque 15 mn au torrent principale du glacier.


Ce matin, les porteurs du Langtang sont partis de cette bergerie, Kijungphu Kharka. Et nous y passerons un moment de chaleureuse convivialité à déguster une noodle soup et de la Tsampa.


Souvenir, souvenir...
Il y a bien longtemps, lors de mon tout premier séjour au Népal nous avions installé notre tente dans cette kharka...

La légende de Langshisa...




Le dernier jour...


Encore des katas, avec des adieux bien sympatiques à Rimche.


Rimche de loin...
Pour cette dernière journée de randonnée le temps n'est pas très beau, bruine et brouillard.
C'est dommage car nous allons descendre par le chemin en balcon vers Sherpagaon.




Une photo surprenante quand le brouillard se déchire.
C'est la route au dessus de Syabrubensi qui mène à la mine de Lari et à Samdang, le point de départ pour la voie normale du Paldor.


Chhotemba, promu Sirdar... A l'entrée du village de Khangjung, notre étape de midi.


Une expédition labelisée Mountain Wilderness ???


A kyangjin, nous voici en train de trier nous même nos poubelles sous le regard ahuri des porteurs du Langtang.
Au final, nous aurons trois sacs : le papier à bruler sur place, les cartouche de gaz avec les conserves et tout le plastique à descendre à Kathmandu.
Karma nous a même dit qu'il n'avait jamais vu de camp d'altitude aussi propre, mais c'était peut être pour nous faire plaisir...

 


Merci à Pierre-Olivier et à Marc pour ce compte rendu à 6 mains...


Pas de doute, on sait d'où il est le Jeff !!!


Nous avons retrouvé avec un immense plaisir l'atmosphère sereine et cordiale de Boudhanath et de l'Hôtel Padma.
Du côté du sommet, nous avons donc réussi le 1er novembre, la 1ère ascension du Gurkarpo Ri, 6892 m. Une nouvelle voie en versant nord-ouest de l'arête ouest : "Some more rice...?" V/D en neige.
Et bien sûr, l'arête des rapiettes, III/PD+

Le Gurkarpo Ri fut une très belle ascension sans difficulté particulière pour Jeff, Marc, Pierre-Olivier et moi.
Christian, s'est malheureusement arrêté au débouché de l'arête à cause d'une bronchite tenace. Chhotemba avait mal à la tête le matin du sommet, j'ai préféré qu'il redescende au camp 2 du col, avec Jamgbu.

Les porteurs du Langtang ont été exceptionnels d'efficacité. En deux jours, toutes les affaires étaient rassemblées à Kyangjin, puis ils sont descendus avec nous à Syabrubensi.
Les porteurs se souviendront longtemps de cette expé, tellemment ils ont été content des chaussures de montagne que nous leurs avons données, grâce à Yves, Julien et Fanny d'Asolo France.
Un petit plus dans la vie locale et pour moi l'envie de revenir dans cette vallée particulière avec la certitude d'y être bien acceuilli.


 

Et bien sûr, un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

avec : Triple Zero pour les duvets et les lunettes Adidas

Et l'IFREMMONT

 


En route vers le camp 4...

 

 

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