Ascension du Mamostong Kangri, 7516 m.
Nord Cachemire,
Août 2007

(MAJ du 12 septembre)... Il manque encore des photos et les légendes.



> fermer la fenêtre



En montant au camp 3, une grande crevase barre la route, un passage spectaculaire et un peu technique.



La seule photo que nous possédions du sommet du Mamostong, avec à gauche des petits points en route vers le succès, en 1984.


La carte le l'expédition de 1984, pour mieux suivre notre progression.

"Mamostong Story"
2007

Une rapide présentation des participants.
Michelle, Orian, Gilles, Hugues, Hervé, Michel, Philippe, Paulo... et en France à la technique Vincent et Bruno. A terminer...


Michelle, Michel et Philippe, encore propre et fringuant au camp de base...

La préparation.
C'est une expé qui a vraiment été préparée, à la fois avec des rencontres de toute l'équipe, mais aussi beaucoup d'échanges de mails, des soirées informelles et arrosées, des galères à résoudre, les visas...
Nous nous sommes donc rencontrés une 1ère fois à La Grave, chez moi en janvier 2007. Puis deux week end ont été organisés, le premier en Chartreuse en mars et le suivant à Paris chez Gilles en juin.

Faites le détour par le site Internet d'Hugues de Varax, "maître es cartes" pour mieux comprendre la région. Et bien sûr, Blankonthemap pour toutes les infos sur le Nord Cachemire.
Il y a aussi la page de présentation du projet sur mon site... avec une progression "en continu" sans plus redescendre au camp de base.

Arish Kapadia est certainement l'alpiniste indien qui connait le mieux cette région de l'East karakoram, il a écrit beaucoup d'article et de livres sur ce sujet et en particulier ce petit fasicule à la mémoire de son fils, qui retrace l'histoire d'un alpinisme de découverte relativement récent.
Il propose surtout de créer un parc de paix international, une idée superbe qui est certainement la seule solution pour mettre un terme à ce conflit interminable indo-Pakistanais.
Mais comment faire avancer cette idée...?

L’ambiance dans les bureaux de l’IMF (Indian Mountaineering Foundation) en ce début septembre est plutôt décontractée.
Le 1er secrétaire est absent alors que nous avions rendez-vous pour le débriefing officiel et obligatoire de notre expédition au Mamostong Kangri.
Il y a Modup, leader indien de l’expé et dynamique patron de l’agence Rimo, et le Colonel SW Singh, l’officier de liaison. Les documents sont remplis et signés, tout est très, trop vite expédié alors qu’il nous faudrait aborder le problème de ces journées gaspillées à cause de l’administration indienne. Heureusement, tout le groupe a pris l’avion ce matin très tôt, évitant ainsi déplacements et pertes de temps inutiles.
Ce laxisme ambiant est encore plus énervant après avoir vécu les tracasseries tatillonnes de la constitution du dossier d’expédition en 24 milles exemplaires…

Et voici le compte rendu de ce voyage en altitude dans l’East Karakoram, rédigé à partir du reportage en direct mis en ligne grâce à Vincent Mertz et Bruno Collart (de Blankonthemap).


Juste derrière l'Hôtel, la campagne de Leh.

Mon camp de base à Leh, l'Hôtel Snowland... ambiance calme et familiale.


 

31 juillet : nous voici à Leh.
Tout c'est enchaîné sans aucun problème : le court transit à Delhi, les obligations administratives à l'IMF, le vol pour Leh. Avec une belle surprise, le Dalaï Lama était dans le même avion, peut être un signe de bon augure...
A Leh, Temba était bien au rendez-vous, avec tous mes bagages du Népal et les 7 bidons du fret de France. Super…
Du côté de l'expé, l'officier de liaison est un colonel d'un régiment Gurkha et, plus de la moitié des participants indiens de cette joint expédition font partie du staff de Rimo. Nous sommes 16 personnes au total plus l’équipe de cuisine !
Damned, une sacrée famille !

Leh, 1er août.
Une journée très tranquille entre visite de monastères et derniers préparatifs.
Du côté de la météo, rien à voir avec les pluies diluviennes de l’été 2006 : grand beau, c'est vraiment l'été.
Tout le monde est en bonne santé avec, pour certains, une touche d'impatience...
"Mais pourquoi est-il donc si important d'en faire le moins possible pour bien s'acclimater ?"
Ce soir, c'est un peu la fête, deux anniversaires et un grand repas en commun entre tous les alpinistes car c'est bien une expé indo-française. Les Indiens sont aussi nombreux que nous, c'est la législation de ce style d'expé dans les régions encore "restricted".
L'officier de liaison, Mister SW Singh, souhaite également nous accompagner vers le sommet... Une expérience bien particulière pour nous avec beaucoup plus de proximité.


En route vers le Khardung La, la fin de la vallée de Leh.

Le 2 août.
Faux Départ et retour à Leh...
Mais rien de bien grave à part l'attente et le temps qui passe. Sur la route du Kardung La, au 1er « chekpost » : interdiction de continuer, il nous manque le feu vert de la police de Leh.
Le SSP de Leh, Senior Super Intendant, le plus haut fonctionnaire de la police, fait obstruction à notre permis officiel, pour une raison futile : une phrase un peu ambiguë sur un document officiel du ministère de l’intérieur, pourtant utilisé depuis toujours. Un abus de pouvoir classique.
Normalement, tout devrait être en ordre demain car Modup le patron de Rimo et l'IMF remuent ciel et terre !
Welcome in India…
Nous espérons rejoindre Sasoma directement demain en écourtant le séjour dans la Nubra.

Leh toujours… le 3 août
Une matinée à l’Hôtel Snowland pour attendre le résultat de la réunion entre le chef de la police de Leh, Modup et l’OL.
Nous laissera-t-il partir aujourd’hui pour la Nubra et commencer notre expédition ?
Très/trop optimiste, nous espérions partir aujourd’hui vers les 11 h ou midi !
A 15 h, la réponse arrive, nous ne partirons pas et la situation est toujours bloquée.
Retour à la case départ : les uns partent en balade au-dessus de Leh, les autres vers un monastère. De mon côté, je reste au bureau de Rimo pour organiser les deux prochains jours. Car le week end arrive et si rien ne se passe aujourd’hui, nous allons être bloqués à Leh encore au moins 2 jours !
Il me faut absolument organiser un petit trek pour que cette attente ne devienne pas insupportable pour nous. Nous irons donc quelques jours dans la Nubra, en simples touristes. Puis, me voici avec Modup dans le bureau de Mister Alok Kumar, Senior Super Intendant de la police de Leh, juste quelques heures pour lui expliquer l’organisation et le rôle de l’IMF, à le regarder signer des papiers et recevoir des personnalités importantes. Mais, il nous offre quand même une tasse de thé !
C’est l’administration dans toute sa splendeur, dans toute son horreur ! Nous sommes simplement au cœur d’un problème interne à l’administration indienne, à cause d’une phrase mal formulée sur le permis de l’IMF au sujet des restricted areas. C’est aussi la réalité de la difficulté pour les différentes administrations indiennes à travailler et à collaborer ensemble. Il y a le ministère indien de l’intérieur, l’IMF, le gouvernement de Jammu & Cachemire, la police et bientôt l’armée, et une bonne dose d’ego pour tous ces personnages importants !
Mais ce n’est pas une spécialité indienne !
Pour le SSP de la police, il lui faut maintenant trouver une sortie de crise honorable. Il se retranche simplement derrière sa hiérarchie en nous expliquant que ce n’est pas lui qui décide et qu’il lui faut un document de l’administration qui a écrit le document initial, l’informant de la marche à suivre. !!!
Pourtant c’est lui et lui seul qui nous bloqué, alors qu’il avait d’autres solutions pour résoudre ce problème.
C’est surtout la personne de la police qui a le plus de pouvoir dans tout le Ladakh !!! Il nous faut donc calmer notre impatience et, demain, nous partirons vers la Nubra pour faire du tourisme et attendre 2 jours de plus.
Merci Mister Alok Kumar.
Mais se rend-il simplement compte du préjudice qu’il nous cause ?
Alors que nous sommes de simples touristes totalement en règle avec les contraintes administratives indiennes.


La vallée de la Shyok, au dessus de Undar.


En descendant le Khardung La, la première vision de la vallée de la Shyok... surprenant.



A la sortie d'Undar, le pont est bien gardé. Impossible d'aller plus loin pour les touristes...


Une randonnée en direction du Lasirmou La, qui permet de rejoindre la vallée de Leh. Un trek classique mais peu fréquenté.

Dans la Nubra, le 7 août, 7 h du matin…
Modup débarque à l’hôtel… Génial !
Ca y est : les dernières autorisations nécessaires ont été délivrées, c'est parti pour le trek ! Toute l'équipe est en pleine forme. Tout va bien.

Le chemin historique de la route de la soie...


Sasoma... le sentier remonte directement les grandes dalles de granit derrière Orian.



Le sentier historique, très surprenant et merveilleusement aménagé...




Puis le sentier rejoint la route que les militaires sont en train de construire.

Une découverte incroyable.
L'armée indienne est en train de construire une vraie route de Sasoma au Saser La !!!


Le bull fait le gros du travail, puis des ouvriers dynamitent les grosses pierres restantes.





Il y a même des possibilités de faire de l'escalade sur de beaux cailloux !

Les premiers camps...


Rinmoche, le 1er camp. Quel soulagement d'être enfin parti !!!


A l'entrée de la vallée du Saser La, le dernier gué... à ne pas prendre à la légère.



Le camp de base, pas si en pente que ça !


La vallée du Saser La que nous venons de remonter, aucun village, aucune habitation à part les militaires...


Un camp confortable, malgré l'altitude.


La montée entre le camp de base avancé et le camp 1 au pied du col...




Première apparition du Mamostong Kangri... Damned, c'est vraiment haut !



Gilles, Hervé et Michel, en route vers le camp 1.




Au cœur des montagnes…
Au cœur d’un massif inconnu, nous avançons chaque jours plus avant .
Les montagnes se révèlent superbes et inaccessibles
Nous n’irons pas vers elles…
Nous cherchons un chemin vers l’unique sommet de nos désirs, le Mamostong Kangri.
Le temps confortable dans les alpages du dernier camp c’est prolongé, acclimatation oblige.
Demain, nous allons enfin larguer les amarres et remonter les longs fleuves de glaces.
Tout là bas, de grands navires nous attendent…

Grand beau depuis 2 jours. L'organisation de notre équipe mixte se rode doucement : nous apprenons à connaître les alpinistes indiens qui nous accompagnent, à mieux organiser nos portages en commun. Le plus difficile, bien calibrer le poids de nos sacs et accepter de ne pas porter trop...
Pour l'instant, nous sommes encore dans l'herbe, à presque 5 000 m, puis, nous quitterons définitivement le confort de l'équipe de cuisine pour nous retrouver au pied du col, au C1 à 5 500 m.
Le col n'a pas été traversé depuis 15 ans et le Mamostong Kangri au-dessus de nous est gigantesque !

Deux approches différentes du portage...


Et pourtant, tout les deux disent n'avoir pas plus que 12 peut être 15 kg dans le sac à dos... Bizarre !

 

Le col... tout facile !



A l'arrivée au col...



Ce matin, réveil à 5h pour Michel et moi, histoire de faire un sommet en RTT...
Mais, tout est bouché, alors on est resté sagement dans les duvets jusqu’à 7h.
Avant de traverser le Col du Mamostong à 5 887 m, pour voir de l'autre côté.
Pas de souci, la descente est tranquille.


 










 

 

15 août
« On est tous au C2, vers bientôt 6 000 m. Il neige, mais le moral est au beau fixe.
Tout le monde a la forme. Nous sommes maintenant de l'autre côté du col et impatients de découvrir la suite de l'itinéraire, dans la grande combe.
Voilà... ça avance tout doucement, et c'est toujours super beau ! »

« Soleil et cumulus, le temps s'améliore doucement.
En prenant de l'altitude, d'autres montagnes apparaissent encore, d'autres horizons s'organisent... Nous sommes vraiment très loin de tout.
Cette journée du jeudi 16 a été splendide, nous avons cheminé toute la journée sur un grand glacier pour installer une toute petite tente et du matériel le plus haut possible dans la combe. Ce sera notre camp deux et demi, à 6 200 m.
Puis, avec Michel nous irons repérer l'itinéraire d'accès au col, à plus de 6 500 m, où toutes les précédentes expéditions ont installé leur Camp 3.
La suite nous inquiète un peu car quelques séracs nous barrent le passage et la montagne est encore bien haute !
Durant la préparation, nous avions envisagé de faire un camp supplémentaire vers les 7 000 m, que nous avons déjà baptisé poétiquement « le camp des nuages », mais il n’y a pas beaucoup de replat sur ce grand dôme de neige.»








Pas de doutes, y'a des trous !!!
Le col du camp III est tout à fait à gauche de l'image.


La cordée indo népalaise. Tout va bien même mes consignes d'encordement sont respectées. Ce qui est extremement rare en Himalaya.


La petite tente du déposit au camp deux et demi. Le sommet est encore dans les nuages.


Le lendemain, le camp 2.5 est démonté pour être installé plus haut. Départ tranquille avant 10 h ...


Et une progression encordée bien sûr, car les crevasses sont gigantesques...



A l'arrivée au camp III... y'a de la place !

17 août
L’altitude se fait sentir, mais tout va bien, à part que certains gonflent, et Philippe a des problèmes de digestion. Mais le sommet se rapproche inexorablement, ce sera pour dimanche et lundi.
Merci à Pascal de lIFREMMONT pour la consultation médicale à distance. Quel confort et quelle tranquillité d’esprit que de pouvoir joindre au téléphone un médecin spécialiste de la haute altitude pour confirmer un diagnostic et un traitement !

lundi 20 août
"Camp 3, 6 500 m... La vie est dure en expé : dans notre tente avec Michel et Michèlle, nous venons de terminer un casse-croûte avec du foie-gras... Il est temps de redescendre.
Hier dimanche, nous avons pu profiter d'une minuscule fenêtre météo, c'était juste une toute petite équipe pour préparer l'itinéraire. Grand beau temps sur tout l'East Karakorum. Aujourd'hui, malgré un départ matinal, le sommet s'est très vite bouché avec des cumulus sur tous les grands sommets. Nous sommes quand-même remontés à plus de 7000 m, au "camp des nuages".
Il est temps de redescendre avec peut-être une dernière petite fleur à cueillir sur le chemin du retour."
Et aussi une expérience surprenante, juste à la fin de notre ascension avec Michel. Nous sommes vers les 7 400 m et forcement nous allons très doucement en faisant des traces en Zigzag tout tranquillement. Et, en me disant qu’il est tout à fait normal d’aller doucement, qu’avec l’hypoxie nous avons plus de la moitié de nos capacités physiques qui se sont envolées et bien, je peux encore réduire mon rythme pour encore moins d’efforts et l’accepter. Et de manière surprenante, je suis beaucoup plus serein et très disponible pour mon environnement comme si tout était normal et donc plus facile. Un très beau moment avec Michel… malgré le vent !

Il est encore de bonne heure et le soleil viens juste de se lever. Teenji Sherpa et Michel, plutôt radieux...
Il fait grand beau !!!






A la fin des séracs, il reste juste une dernière longueur un peu technique puis nous déboucherons sur les grandes pentes de neige.


La première longueur, rien de bien raide mais la qualité de la neige n'est pas rassurante...


Nous voici parti, en deux cordées indépendantes mais en restant ensemble. Relais en neige sur piolet.
La frèche rouge indique le camp III, 6 550 m, juste avant le col.


Juste en face le Chong Kumdan I et toute la vallée... Superbe...


Le lendemain, quand tout se gâte...


A l'emplacement du camp des nuages vers 7100, il est temps de prendre une décision...

Et quelques minutes avant, quand il faisait encore beau !
Hervé en fin de longueur.





Gilles, dans le grand blanc... Nous n'irons pas au sommet aujourd'hui. Dommage, car tout le monde était en grande forme.


Juste en face le Chong Kumdan I, et peut être l'un des projets de l'année prochaine.
Mais pas de panique, l'itinéraire d'accès est par l'arête de gauche !

 

Jeudi 23 août
Nous voici de nouveau de l'autre côté du col, au C1, à 5 400 m environ. Tout le monde est en bonne santé, pas de souci. Même Philippe, qui nous a rejoins pour un dernier sommet.
Nous avons décidé de redescendre tout doucement, sans précipitation, pour mieux nous imprégner de ces lieux exceptionnels.
Nous allons faire un dernier sommet, pour voir enfin le Mamostong grandeur nature, avant de rejoindre l'herbe de l'ABC.

Mais revenons à cette région de l'East Karakorum , que les indiens ne veulent surtout pas appeler "Nord Cachemire" !
Ce sont vraiment les dernières montagnes, les derniers glaciers avant les grands plateaux tibétains. La rupture est radicale : du blanc puis l'ocre et le rouge. Les sommets sont innombrables, certains très beaux et donnent envie de revenir découvrir d'autres vallées glaciaires, avec des cols pour passer de l'une à l'autre.
Nous avons toujours le sentiment très fort et étrange d'être complètement immergés au cœur des montagnes.
Le monde des hommes semble tellement loin... une guerre dans ces régions est tellement dérisoire...

Après une journée exceptionnelle, nous voici au camp de base avancé, les pieds dans l'herbe, avec toute l'équipe de cuisine.
Le lever a été matinal pour un sommet au-dessus du camp 1, le De Varax Peak, un presque 6000.
Beau temps, lumière très belle, neige excellente. Que du bonheur… !
Notre voyage en altitude se termine maintenant en pente douce, avec deux jours jusqu'à la route puis une journée à Leh… Après dix jours d'immersion complète en pleine montagne, bonjour la douche !

Vendredi 24 :
Au camp de base. Il pleut en cette fin d'après-midi, une fine pluie d'orage qui ne va durer. Tout le matériel est rangé et pour le tea time nous avons fait bombance des restes et des petites surprises des uns et des autres : terrine de canard ou tapenade, Hervé et sa célèbre andouillette de Guéméné, le foie gras d'Hugues et de la Regnier Family, du vin rouge, et comme pousse-café du Magallan 12 ans d'âge.
Le repas du soir sera tout aussi rude !

Dimanche 26 à Leh.
Tout c'est passé impeccablement : la traversée à gué de la Saser Nalla au petit matin, puis la surprise d'un camion qui nous attend à mi-chemin et un peu plus loin notre jeep. Merci Mister SW, car la journée promettait d'être plutôt longue avec plus de 8 h de marche. Et nous voici sans tarder dans un village de la Nubra, un havre de paix l'Hôtel Yarab Tso.
Le passage du Kardung La sera le lendemain une simple formalité. Puis le soir, un grand repas avec toute l'équipe clôturera parfaitement cette aventure en commun
Il nous reste à basculer vers un autre voyage : Leh Manali Delhi en bus et en train.

Et voici quelques mots sur ce Mamostong Kangri, l’aventure toute simple d'un groupe d'alpinistes en vacances en route vers un sommet méconnu, de l'East Karakoram.

Ascension par deux cordées le dimanche 19 août : Tenjee Sherpa (de Darjelling) et Thinless Dorjee (de la Nubra), Michel Gayton et Paulo Grobel.
En fait, nous étions simplement partis pour préparer l'itinéraire et faire la trace pour l'ascension du lendemain. Mais le temps était tellement exceptionnellement beau que nous avons continué vers le sommet, atteint vers 16 h 30. Le retour à la tente a été bien tardif avec une petite frayeur à la descente. Tenjee et Thinless sont tombés dans une rimaye !

Tentative le lundi 20 août : stoppée au-dessus de 7 100 m, cumulus et manque de visibilité. Gilles Regnier et Herve Guérin, Orian Regnier et Paulo Grobel.
Redescente au camp 3 et déséquipement des 200 m de cordes fixes installées (un pieu à neige et un mousqueton laissés en place).
Un mini camp avec une tente, avait également été installé à la fin des séracs vers 6 800 m. Le camp des séracs à la place du camp des nuages... Michèlle Quatrini et Hugues de Varax y ont dormi le dimanche soir.

En conclusion,
le créneau favorable pour l’ascension a été excessivement réduit, une seule journée le 19, et nous avons été très pénalisés par les 4 jours que nous avons perdus à cause de la bureaucratie indienne.
Nous avons été aussi un peu surpris par la difficulté de la voie avec une zone de séracs à franchir au-dessus du col de 180 à 200 m à plus de 6 500 m.
La cotation himalayenne de la voie peut être évaluée à VI/AD en neige.
L'alternance de pentes de neige soutenues (passages à 40°) et de sections plus douces à 35° constitue un ensemble plutôt exposé. Nous avons préféré évoluer encordés, parfois en tirant des longueurs, parfois en progression continue.
Les expés précédentes ont posées entre 1 500 et 2 000 m de cordes fixes, à priori en les laissant sur place.
Cette progression alpine a modifié radicalement l'engagement de l’ascension surtout à la descente, et oblige à un grand beau temps durant le jour J, un vrai Summit Day.

D'un point de vue topographique :

  • Le véritable camp de base devrait être notre ABC à 4 950m et à 1/2 journée de Skyangpoche. Malheureusement, il faut y organiser un portage avec des porteurs, car il n'est pas accessible avec des chevaux ou des mules.
  • Le passage du Mamostong Col à 5 885 m, complique l'accès à la montagne et augmente encore l'engagement de l'ascension.
  • L'éloignement de la montagne oblige à une grande marche d’approche: sur sentier jusqu'au camp de base avancé, puis 5 jours de randonnée glaciaire. L'ascension plus technique ne débutant réellement qu'à partir du camp III.

Notre style d'ascension a beaucoup surpris les alpinistes indiens. C'est la première fois qu'un grand sommet de 7 500 m a été gravi en si peu de temps. Un comble, alors que mon souhait le plus profond c'est justement de prendre mon temps et de rester le plus possible en montagne !!!

Du côté des indiens, surtout les 3 jeunes de Darjeling, le bilan est mitigé.
Le temps disponible pour l’ascension ayant été amputé de 4 jours, nous nous sommes concentré sur notre sommet, et sur le sommet uniquement. Sans beaucoup de disponibilité envers eux. De leur côté, ils ont été aussi uniquement intéressé par le sommet en descendant avant même notre retour, alors que d’autres ascensions étaient encore possible. Bref, un rendez-vous loupé et un peu de regret. Mais nous nous sommes déjà donné rendez-vous pour l’année prochaine !
Par contre, c’est vraiment très bien que deux indiens soient avec nous au sommet et surtout Thinless qui habite en Nubra et pour qui c’était le premier grand 7 000.

Progression en continu… quelques réflexions
Ce Mamostong 2007 était ma troisième expérience d’une ascension sans retour au camp de base et avec plus de camps d’altitude.
C’est étrange comme le fait d’avoir changé la manière de progresser à modifié l’ensemble de nos comportements. Durant cette expédition, c’est surtout la notion de portage qui a été au centre des préoccupations. Maintenant, je suis vraiment convaincu de l’utilité d’un peson et de son utilisation régulière pour calibrer nos charges personnelles et ne pas rester uniquement sur des impressions ou des habitudes.
Auparavant, je n’avais jamais pesé mon sac a dos avant de le porter. Jamais, je ne m’étais imposé un poids maximum à ne pas dépasser, en fonction du terrain, de l’altitude, de la longueur de l’étape ou de ma forme.
Je me suis rendu compte qu’un seul petit kg pouvait changer beaucoup de chose. Transformer une marche agréable en un portage éprouvant.
Dans les Alpes, le portage n’a pas une importance prépondérante. Mais en Himalaya, l’hypoxie modifie radicalement notre capacité à faire des efforts, à porter une charge.
L’ensemble de nos références, de nos comportements doivent être reconsidérés et modifiés au fur et à mesure de notre montée en altitude.
Au Mamostong, au fil de notre progression, nous nous sommes allégés, avec de petits dépôts aux différents camps d’altitude. Chacun ayant fait des progrès dans la connaissance de son fonctionnement, de ses besoins. Chacun, c’était rendu comte des conditions réelles de la montagne et avait ajusté son matériel en conséquence.

Notre principale difficulté résidait dans l’absence d’information récente et fiable sur le chemin à parcourir et l’emplacement exact des camps d’altitude.
Pour les trois premiers, nous avons utilisé les camps classiques : ABC, camp 1 et camp 2.
C’était la première fois que j’utilisais les services de porteurs d’altitude lors d’une progression en continu. Ce travail des porteurs d’altitude à beaucoup facilité notre progression en diminuant les efforts fournis et le nombre de jours nécessaire. Il est donc possible d’articuler, d’organiser le travail de ces porteurs d’altitude avec notre déplacement hors normes.

Avec un seul jeu de tentes utilisées, le matériel transporté est devenu beaucoup moins important. L’alpinisme s’oriente tout naturellement vers un allégement des moyens utilisés : vers la technique alpine et la notion de cordée.
Nous avions choisi de ne pas prendre de cordes fixes et donc de ne pas avoir à les transporter ni à les installer.
Ce choix est forcement, très exigeant.
Il oblige à être vraiment à sa place sur la montagne, avec de vraies compétences alpinistiques. Il nécessite aussi une réflexion sur la constitution des différentes cordées, à la fois homogènes et relativement autonomes, alors qu’en Himalaya, il est peu courant de s’encorder.
On pourrait croire que de telles contraintes limitent l’intérêt des expéditions en ne permettant de choisir que des sommets abordables. Au contraire, l’attention portée à la qualité de nos ascensions compense largement l’éventuelle diminution de la difficulté technique.
Concrètement, en technique alpine, nous réussirons moins et moins souvent, mais nos réussites auront une autre valeur.

Quelques petites réflexions annexes.
Il s’agit peut-être dans l’avenir de remplacer les cordes fixes par des premiers de cordée compétents !
Et ces 1er de cordée pourraient tout à fait être les guides locaux de demain, qu’ils soient Népalais, Tibétains, Chinois, Indiens ou Pakistanais, qui pourraient ainsi exercer leur métier de guide de très haute montagne d’une manière très motivante et valorisante.

En étudiant les comptes rendus des précédentes expéditions, nous nous sommes rendu compte que les temps de ces ascensions étaient beaucoup plus longs que la notre (19 jours, de Sasoma à Sasoma). Mais nous sommes déjà partis cinq semaines depuis la France, ce qui semble un maximum dans notre contexte culturel et économique. Pourtant, c’est vraiment la durée minimale pour avoir de vraies chances de réussir une expédition dans ces massifs. La particularité d’une expédition jointe n’a pas facilité la gestion de cette aventure : taille importante du groupe, bi-nationalité, problèmes de communication et d’évaluation des compétences.

Comme au Shishapangma, cette progression nous a apporté aussi beaucoup de tranquillité d’esprit, de sérénité. Le déplacement étant linéaire, il suffissait de monter en se concentrant principalement sur le portage de nos affaires et l’installation des camps, sur notre plaisir d' être en montagne.
Il n’y a pas eu de fatigue excessive et le temps de récupération au camp était important.
Par contre, en privilégiant la notion de binôme avec des tentes de 2, il est très difficile de se retrouver tous ensemble pour des prises de décisions ou simplement pour être ensemble et discuter.
Peut être faudrait-il trouver des tentes plus spacieuses…pouvant faire office de tente mess.

Paulo, septembre 2007


Ces quelques lignes vous font réagir ou vous inspire ... vous avez envie de (nous) dire quelques choses.
Alors n'hésitez pas, et merci d'avance....

Et bien sûr, un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

avec : Triple Zero pour les duvets et les lunettes Adidas

 

 

> fermer la fenêtre