
En montant au camp 3, une grande crevase
barre la route, un passage spectaculaire et un peu technique.
La seule photo que nous possédions
du sommet du Mamostong, avec à gauche des petits points
en route vers le succès, en 1984.

La carte le l'expédition de 1984,
pour mieux suivre notre progression.
"Mamostong Story"
2007
Une rapide présentation
des participants.
Michelle, Orian, Gilles, Hugues, Hervé, Michel,
Philippe, Paulo... et en France à la technique Vincent
et Bruno. A terminer...

Michelle, Michel et Philippe, encore
propre et fringuant au camp de base...
La préparation.
C'est une expé qui a vraiment été préparée,
à la fois avec des rencontres de toute l'équipe,
mais aussi beaucoup d'échanges de mails, des soirées
informelles et arrosées, des galères à
résoudre, les visas...
Nous nous sommes donc rencontrés une 1ère fois
à La Grave, chez moi en janvier 2007. Puis deux week
end ont été organisés, le premier en
Chartreuse en mars et le suivant à Paris chez Gilles
en juin.
Faites le détour par le
site Internet d'Hugues de Varax, "maître
es cartes" pour mieux comprendre la région. Et
bien sûr, Blankonthemap
pour toutes les infos sur le Nord Cachemire.
Il y a aussi la
page de présentation du projet
sur mon site... avec une
progression "en continu" sans
plus redescendre au camp de base.
Arish Kapadia
est certainement l'alpiniste indien qui connait le
mieux cette région de l'East karakoram, il a écrit
beaucoup d'article et de livres sur ce sujet et en particulier
ce
petit fasicule
à la mémoire de son fils, qui
retrace l'histoire d'un alpinisme de découverte relativement
récent.
Il propose surtout de créer un
parc de paix international, une idée
superbe qui est certainement la seule solution pour mettre
un terme à ce conflit interminable indo-Pakistanais.
Mais comment faire avancer cette idée...?
L’ambiance dans les bureaux de l’IMF
(Indian Mountaineering Foundation) en ce début septembre
est plutôt décontractée.
Le 1er secrétaire est absent alors que nous avions
rendez-vous pour le débriefing officiel et obligatoire
de notre expédition au Mamostong Kangri.
Il y a Modup, leader indien de l’expé et dynamique
patron de l’agence Rimo, et le Colonel SW Singh, l’officier
de liaison. Les documents sont remplis et signés, tout
est très, trop vite expédié alors qu’il
nous faudrait aborder le problème de ces journées
gaspillées à cause de l’administration
indienne. Heureusement, tout le groupe a pris l’avion
ce matin très tôt, évitant ainsi déplacements
et pertes de temps inutiles.
Ce laxisme ambiant est encore plus énervant après
avoir vécu les tracasseries tatillonnes de la constitution
du dossier d’expédition en 24 milles exemplaires…
Et voici le compte rendu de ce voyage en altitude dans l’East
Karakoram, rédigé à partir du reportage
en direct mis en ligne grâce à Vincent Mertz
et Bruno Collart (de Blankonthemap).

Juste derrière l'Hôtel,
la campagne de Leh.

Mon camp de base à
Leh, l'Hôtel Snowland... ambiance calme et familiale.

31 juillet : nous voici à
Leh.
Tout c'est enchaîné sans aucun problème
: le court transit à Delhi, les obligations administratives
à l'IMF, le vol pour Leh. Avec une belle surprise,
le Dalaï Lama était dans le même avion,
peut être un signe de bon augure...
A Leh, Temba était bien au rendez-vous, avec tous mes
bagages du Népal et les 7 bidons du fret de France.
Super…
Du côté de l'expé, l'officier de liaison
est un colonel d'un régiment Gurkha et, plus de la
moitié des participants indiens de cette joint expédition
font partie du staff de Rimo. Nous sommes 16 personnes au
total plus l’équipe de cuisine !
Damned, une sacrée famille !
Leh, 1er août.
Une journée très tranquille entre visite de
monastères et derniers préparatifs.
Du côté de la météo, rien à
voir avec les pluies diluviennes de l’été
2006 : grand beau, c'est vraiment l'été.
Tout le monde est en bonne santé avec, pour certains,
une touche d'impatience...
"Mais pourquoi est-il donc si important d'en faire
le moins possible pour bien s'acclimater ?"
Ce soir, c'est un peu la fête, deux anniversaires et
un grand repas en commun entre tous les alpinistes car c'est
bien une expé indo-française. Les Indiens sont
aussi nombreux que nous, c'est la législation de ce
style d'expé dans les régions encore "restricted".
L'officier de liaison, Mister SW Singh, souhaite également
nous accompagner vers le sommet... Une expérience bien
particulière pour nous avec beaucoup plus de proximité.

En route vers le Khardung La, la fin
de la vallée de Leh.

Le 2 août.
Faux Départ et retour à Leh...
Mais rien de bien grave à part l'attente et le temps
qui passe. Sur la route du Kardung La, au 1er « chekpost
» : interdiction de continuer, il nous manque le feu
vert de la police de Leh.
Le SSP de Leh, Senior Super Intendant, le plus haut fonctionnaire
de la police, fait obstruction à notre permis officiel,
pour une raison futile : une phrase un peu ambiguë sur
un document officiel du ministère de l’intérieur,
pourtant utilisé depuis toujours. Un abus de pouvoir
classique.
Normalement, tout devrait être en ordre demain car Modup
le patron de Rimo et l'IMF remuent ciel et terre !
Welcome in India…
Nous espérons rejoindre Sasoma directement demain en
écourtant le séjour dans la Nubra.
Leh toujours… le 3 août
Une matinée à l’Hôtel Snowland pour
attendre le résultat de la réunion entre le
chef de la police de Leh, Modup et l’OL.
Nous laissera-t-il partir aujourd’hui pour la Nubra
et commencer notre expédition ?
Très/trop optimiste, nous espérions partir aujourd’hui
vers les 11 h ou midi !
A 15 h, la réponse arrive, nous ne partirons pas et
la situation est toujours bloquée.
Retour à la case départ : les uns partent en
balade au-dessus de Leh, les autres vers un monastère.
De mon côté, je reste au bureau de Rimo pour
organiser les deux prochains jours. Car le week end arrive
et si rien ne se passe aujourd’hui, nous allons être
bloqués à Leh encore au moins 2 jours !
Il me faut absolument organiser un petit trek pour que cette
attente ne devienne pas insupportable pour nous. Nous irons
donc quelques jours dans la Nubra, en simples touristes. Puis,
me voici avec Modup dans le bureau de Mister Alok Kumar, Senior
Super Intendant de la police de Leh, juste quelques heures
pour lui expliquer l’organisation et le rôle de
l’IMF, à le regarder signer des papiers et recevoir
des personnalités importantes. Mais, il nous offre
quand même une tasse de thé !
C’est l’administration dans toute sa splendeur,
dans toute son horreur ! Nous sommes simplement au cœur
d’un problème interne à l’administration
indienne, à cause d’une phrase mal formulée
sur le permis de l’IMF au sujet des restricted areas.
C’est aussi la réalité de la difficulté
pour les différentes administrations indiennes à
travailler et à collaborer ensemble. Il y a le ministère
indien de l’intérieur, l’IMF, le gouvernement
de Jammu & Cachemire, la police et bientôt l’armée,
et une bonne dose d’ego pour tous ces personnages importants
!
Mais ce n’est pas une spécialité
indienne !
Pour le SSP de la police, il lui faut maintenant trouver une
sortie de crise honorable. Il se retranche simplement derrière
sa hiérarchie en nous expliquant que ce n’est
pas lui qui décide et qu’il lui faut un document
de l’administration qui a écrit le document initial,
l’informant de la marche à suivre. !!!
Pourtant c’est lui et lui seul qui nous bloqué,
alors qu’il avait d’autres solutions pour résoudre
ce problème.
C’est surtout la personne de la police qui a le plus
de pouvoir dans tout le Ladakh !!! Il nous faut donc calmer
notre impatience et, demain, nous partirons vers la Nubra
pour faire du tourisme et attendre 2 jours de plus.
Merci Mister Alok Kumar.
Mais se rend-il simplement compte du préjudice qu’il
nous cause ?
Alors que nous sommes de simples touristes totalement en règle
avec les contraintes administratives indiennes.

La vallée de la Shyok, au dessus
de Undar.

En descendant le Khardung La, la première vision de
la vallée de la Shyok... surprenant.
A la sortie d'Undar, le pont est bien
gardé. Impossible d'aller plus loin pour les touristes...
Une randonnée en direction du
Lasirmou La, qui permet de rejoindre la vallée de Leh.
Un trek classique mais peu fréquenté.
Dans la Nubra, le 7 août, 7
h du matin…
Modup débarque à l’hôtel…
Génial !
Ca y est : les dernières autorisations nécessaires
ont été délivrées, c'est parti
pour le trek ! Toute l'équipe est en pleine forme.
Tout va bien.
Le chemin historique de la route de la
soie...

Sasoma... le sentier remonte directement
les grandes dalles de granit derrière Orian.

Le sentier historique, très surprenant
et merveilleusement aménagé...


Puis le sentier rejoint la route que
les militaires sont en train de construire.
Une découverte
incroyable.
L'armée indienne est en train de construire une
vraie route de Sasoma au Saser La !!! |
|

Le bull fait le gros du travail, puis
des ouvriers dynamitent les grosses pierres restantes.

Il y a même des possibilités
de faire de l'escalade sur de beaux cailloux !
Les premiers camps...

Rinmoche, le 1er camp. Quel soulagement
d'être enfin parti !!!

A l'entrée de la vallée
du Saser La, le dernier gué... à ne pas prendre
à la légère.
Le camp de base, pas si en pente que
ça !
La vallée du Saser La que nous
venons de remonter, aucun village, aucune habitation à
part les militaires...
Un camp confortable, malgré l'altitude.

La montée entre
le camp de base avancé et le camp 1 au pied du col...
Première apparition du Mamostong
Kangri... Damned, c'est vraiment haut !



Gilles, Hervé et Michel, en route vers le camp 1.
Au cœur des montagnes…
Au cœur d’un massif inconnu, nous avançons
chaque jours plus avant .
Les montagnes se révèlent superbes et inaccessibles
Nous n’irons pas vers elles…
Nous cherchons un chemin vers l’unique sommet de nos
désirs, le Mamostong Kangri.
Le temps confortable dans les alpages du dernier camp c’est
prolongé, acclimatation oblige.
Demain, nous allons enfin larguer les amarres et remonter
les longs fleuves de glaces.
Tout là bas, de grands navires nous attendent…
Grand beau depuis 2 jours. L'organisation de notre équipe
mixte se rode doucement : nous apprenons à connaître
les alpinistes indiens qui nous accompagnent, à mieux
organiser nos portages en commun. Le plus difficile, bien
calibrer le poids de nos sacs et accepter de ne pas porter
trop...
Pour l'instant, nous sommes encore dans l'herbe, à
presque 5 000 m, puis, nous quitterons définitivement
le confort de l'équipe de cuisine pour nous retrouver
au pied du col, au C1 à 5 500 m.
Le col n'a pas été traversé depuis 15
ans et le Mamostong Kangri au-dessus de nous est gigantesque
!
Deux approches différentes du portage...
 
Et pourtant, tout les deux disent n'avoir pas plus que 12
peut être 15 kg dans le sac à dos... Bizarre
!
Le col... tout facile !

A l'arrivée au col...


Ce matin, réveil à 5h
pour Michel et moi, histoire de faire un sommet en RTT...
Mais, tout est bouché, alors on est resté sagement
dans les duvets jusqu’à 7h.
Avant de traverser le Col du Mamostong à 5 887 m, pour
voir de l'autre côté.
Pas de souci, la descente est tranquille.


15 août
« On est tous au C2, vers bientôt 6 000 m. Il
neige, mais le moral est au beau fixe.
Tout le monde a la forme. Nous sommes maintenant de l'autre
côté du col et impatients de découvrir
la suite de l'itinéraire, dans la grande combe.
Voilà... ça avance tout doucement, et c'est
toujours super beau ! »
« Soleil et cumulus, le temps s'améliore doucement.
En prenant de l'altitude, d'autres montagnes apparaissent
encore, d'autres horizons s'organisent... Nous sommes vraiment
très loin de tout.
Cette journée du jeudi 16 a été splendide,
nous avons cheminé toute la journée sur un grand
glacier pour installer une toute petite tente et du matériel
le plus haut possible dans la combe. Ce sera notre camp deux
et demi, à 6 200 m.
Puis, avec Michel nous irons repérer l'itinéraire
d'accès au col, à plus de 6 500 m, où
toutes les précédentes expéditions ont
installé leur Camp 3.
La suite nous inquiète un peu car quelques séracs
nous barrent le passage et la montagne est encore bien haute
!
Durant la préparation, nous avions envisagé
de faire un camp supplémentaire vers les 7 000 m, que
nous avons déjà baptisé poétiquement
« le camp des nuages », mais il n’y a pas
beaucoup de replat sur ce grand dôme de neige.»


Pas de doutes, y'a des trous !!!
Le col du camp III est tout à fait à gauche
de l'image.
La cordée indo népalaise.
Tout va bien même mes consignes d'encordement sont respectées.
Ce qui est extremement rare en Himalaya.
La petite tente du déposit au
camp deux et demi. Le sommet est encore dans les nuages.
Le lendemain, le camp 2.5 est démonté
pour être installé plus haut. Départ tranquille
avant 10 h ...
Et une progression encordée bien
sûr, car les crevasses sont gigantesques...
A l'arrivée au camp III... y'a
de la place !
17 août
L’altitude se fait sentir, mais tout va bien, à
part que certains gonflent, et Philippe a des problèmes
de digestion. Mais le sommet se rapproche inexorablement,
ce sera pour dimanche et lundi.
Merci à Pascal de l’IFREMMONT
pour la consultation médicale à distance. Quel
confort et quelle tranquillité d’esprit que de
pouvoir joindre au téléphone un médecin
spécialiste de la haute altitude pour confirmer un
diagnostic et un traitement !
lundi 20 août
"Camp 3, 6 500 m... La vie est dure en expé :
dans notre tente avec Michel et Michèlle, nous venons
de terminer un casse-croûte avec du foie-gras... Il
est temps de redescendre.
Hier dimanche, nous avons pu profiter d'une minuscule fenêtre
météo, c'était juste une toute petite
équipe pour préparer l'itinéraire. Grand
beau temps sur tout l'East Karakorum. Aujourd'hui, malgré
un départ matinal, le sommet s'est très vite
bouché avec des cumulus sur tous les grands sommets.
Nous sommes quand-même remontés à plus
de 7000 m, au "camp des nuages".
Il est temps de redescendre avec peut-être une dernière
petite fleur à cueillir sur le chemin du retour."
Et aussi une expérience surprenante, juste à
la fin de notre ascension avec Michel. Nous sommes vers les
7 400 m et forcement nous allons très doucement en
faisant des traces en Zigzag tout tranquillement. Et, en me
disant qu’il est tout à fait normal d’aller
doucement, qu’avec l’hypoxie nous avons plus de
la moitié de nos capacités physiques qui se
sont envolées et bien, je peux encore réduire
mon rythme pour encore moins d’efforts et l’accepter.
Et de manière surprenante, je suis beaucoup plus serein
et très disponible pour mon environnement comme si
tout était normal et donc plus facile. Un très
beau moment avec Michel… malgré le vent !
Il est encore de bonne
heure et le soleil viens juste de se lever. Teenji Sherpa
et Michel, plutôt radieux...
Il fait grand beau !!!

A la fin des séracs, il reste
juste une dernière longueur un peu technique puis nous
déboucherons sur les grandes pentes de neige.
La première longueur, rien de
bien raide mais la qualité de la neige n'est pas rassurante...
Nous voici parti, en deux cordées
indépendantes mais en restant ensemble. Relais en neige
sur piolet.
La frèche rouge indique le camp III, 6 550 m, juste
avant le col.
Juste en face le Chong Kumdan I et toute
la vallée... Superbe...
Le lendemain, quand
tout se gâte...
A l'emplacement du camp des nuages vers
7100, il est temps de prendre une décision...
Et quelques minutes
avant, quand il faisait encore beau !
Hervé en fin de longueur.

Gilles, dans le grand blanc... Nous
n'irons pas au sommet aujourd'hui. Dommage, car tout le monde
était en grande forme.
Juste en face le Chong Kumdan I, et
peut être l'un des projets de l'année prochaine.
Mais pas de panique, l'itinéraire d'accès est
par l'arête de gauche !
Jeudi 23 août
Nous voici de nouveau de l'autre côté du col,
au C1, à 5 400 m environ. Tout le monde est en bonne
santé, pas de souci. Même Philippe, qui nous
a rejoins pour un dernier sommet.
Nous avons décidé de redescendre tout doucement,
sans précipitation, pour mieux nous imprégner
de ces lieux exceptionnels.
Nous allons faire un dernier sommet, pour voir enfin le Mamostong
grandeur nature, avant de rejoindre l'herbe de l'ABC.
Mais revenons à cette région de l'East Karakorum
, que les indiens ne veulent surtout pas appeler "Nord
Cachemire" !
Ce sont vraiment les dernières montagnes, les derniers
glaciers avant les grands plateaux tibétains. La rupture
est radicale : du blanc puis l'ocre et le rouge. Les sommets
sont innombrables, certains très beaux et donnent envie
de revenir découvrir d'autres vallées glaciaires,
avec des cols pour passer de l'une à l'autre.
Nous avons toujours le sentiment très fort et étrange
d'être complètement immergés au cœur
des montagnes.
Le monde des hommes semble tellement loin... une guerre
dans ces régions est tellement dérisoire...
Après une journée exceptionnelle, nous voici
au camp de base avancé, les pieds dans l'herbe, avec
toute l'équipe de cuisine.
Le lever a été matinal pour un sommet au-dessus
du camp 1, le De Varax Peak, un presque 6000.
Beau temps, lumière très belle, neige excellente.
Que du bonheur… !
Notre voyage en altitude se termine maintenant en pente douce,
avec deux jours jusqu'à la route puis une journée
à Leh… Après dix jours d'immersion complète
en pleine montagne, bonjour la douche !
Vendredi 24 :
Au camp de base. Il pleut en cette fin d'après-midi,
une fine pluie d'orage qui ne va durer. Tout le matériel
est rangé et pour le tea time nous avons fait bombance
des restes et des petites surprises des uns et des autres
: terrine de canard ou tapenade, Hervé et sa célèbre
andouillette de Guéméné, le foie gras
d'Hugues et de la Regnier Family, du vin rouge, et comme pousse-café
du Magallan 12 ans d'âge.
Le repas du soir sera tout aussi rude !
Dimanche 26 à Leh.
Tout c'est passé impeccablement : la traversée
à gué de la Saser Nalla au petit matin, puis
la surprise d'un camion qui nous attend à mi-chemin
et un peu plus loin notre jeep. Merci Mister SW, car la journée
promettait d'être plutôt longue avec plus de 8
h de marche. Et nous voici sans tarder dans un village de
la Nubra, un havre de paix l'Hôtel Yarab Tso.
Le passage du Kardung La sera le lendemain une simple formalité.
Puis le soir, un grand repas avec toute l'équipe clôturera
parfaitement cette aventure en commun
Il nous reste à basculer vers un autre voyage : Leh
Manali Delhi en bus et en train.
Et voici quelques mots sur ce Mamostong Kangri, l’aventure
toute simple d'un groupe d'alpinistes en vacances en route
vers un sommet méconnu, de l'East Karakoram.
Ascension par deux cordées le dimanche 19
août : Tenjee Sherpa (de Darjelling) et Thinless
Dorjee (de la Nubra), Michel Gayton et Paulo Grobel.
En fait, nous étions simplement partis pour préparer
l'itinéraire et faire la trace pour l'ascension du
lendemain. Mais le temps était tellement exceptionnellement
beau que nous avons continué vers le sommet, atteint
vers 16 h 30. Le retour à la tente a été
bien tardif avec une petite frayeur à la descente.
Tenjee et Thinless sont tombés dans une rimaye !
Tentative le lundi 20 août : stoppée
au-dessus de 7 100 m, cumulus et manque de visibilité.
Gilles Regnier et Herve Guérin, Orian Regnier et Paulo
Grobel.
Redescente au camp 3 et déséquipement des 200
m de cordes fixes installées (un
pieu à neige et un mousqueton laissés en place).
Un mini camp avec une tente, avait également été
installé à la fin des séracs vers 6 800
m. Le camp des séracs à la place du camp des
nuages... Michèlle Quatrini et Hugues de Varax y ont
dormi le dimanche soir.
En conclusion,
le créneau favorable pour l’ascension a été
excessivement réduit, une seule journée le 19,
et nous avons été très pénalisés
par les 4 jours que nous avons perdus à cause de la
bureaucratie indienne.
Nous avons été aussi un peu surpris par la difficulté
de la voie avec une zone de séracs à franchir
au-dessus du col de 180 à 200 m à plus de 6
500 m.
La
cotation himalayenne de la voie
peut être évaluée à VI/AD en neige.
L'alternance de pentes de neige soutenues (passages à
40°) et de sections plus douces à 35° constitue
un ensemble plutôt exposé. Nous avons préféré
évoluer encordés, parfois en tirant des longueurs,
parfois en progression continue.
Les expés précédentes ont posées
entre 1 500 et 2 000 m de cordes fixes, à priori en
les laissant sur place.
Cette progression alpine a modifié radicalement l'engagement
de l’ascension surtout à la descente, et oblige
à un grand beau temps durant le jour J, un vrai Summit
Day.
D'un point de vue topographique :
- Le véritable camp de base devrait être notre
ABC à 4 950m et à 1/2 journée de Skyangpoche.
Malheureusement, il faut y organiser un portage avec des
porteurs, car il n'est pas accessible avec des chevaux ou
des mules.
- Le passage du Mamostong Col à 5 885 m, complique
l'accès à la montagne et augmente encore l'engagement
de l'ascension.
- L'éloignement de la montagne oblige à une
grande marche d’approche: sur sentier jusqu'au camp
de base avancé, puis 5 jours de randonnée
glaciaire. L'ascension plus technique ne débutant
réellement qu'à partir du camp III.
Notre style d'ascension a beaucoup surpris les alpinistes
indiens. C'est la première fois qu'un grand sommet
de 7 500 m a été gravi en si peu de temps. Un
comble, alors que mon souhait le plus profond c'est justement
de prendre mon temps et de rester le plus possible en montagne
!!!

Du côté des indiens,
surtout les 3 jeunes de Darjeling, le bilan est mitigé.
Le temps disponible pour l’ascension ayant été
amputé de 4 jours, nous nous sommes concentré
sur notre sommet, et sur le sommet uniquement. Sans beaucoup
de disponibilité envers eux. De leur côté,
ils ont été aussi uniquement intéressé
par le sommet en descendant avant même notre retour,
alors que d’autres ascensions étaient encore
possible. Bref, un rendez-vous loupé et un peu de regret.
Mais nous nous sommes déjà donné rendez-vous
pour l’année prochaine !
Par contre, c’est vraiment très bien que deux
indiens soient avec nous au sommet et surtout Thinless qui
habite en Nubra et pour qui c’était le premier
grand 7 000.
Progression en continu… quelques
réflexions
Ce Mamostong 2007 était ma troisième expérience
d’une ascension sans retour au camp de base et avec
plus de camps d’altitude.
C’est étrange comme le fait d’avoir changé
la manière de progresser à modifié l’ensemble
de nos comportements. Durant cette expédition, c’est
surtout la notion de portage qui a été au centre
des préoccupations. Maintenant, je suis vraiment convaincu
de l’utilité d’un peson et de son utilisation
régulière pour calibrer nos charges personnelles
et ne pas rester uniquement sur des impressions ou des habitudes.
Auparavant, je n’avais jamais pesé mon sac a
dos avant de le porter. Jamais, je ne m’étais
imposé un poids maximum à ne pas dépasser,
en fonction du terrain, de l’altitude, de la longueur
de l’étape ou de ma forme.
Je me suis rendu compte qu’un seul petit kg pouvait
changer beaucoup de chose. Transformer une marche agréable
en un portage éprouvant.
Dans les Alpes, le portage n’a pas une importance prépondérante.
Mais en Himalaya, l’hypoxie modifie radicalement notre
capacité à faire des efforts, à porter
une charge.
L’ensemble de nos références, de nos comportements
doivent être reconsidérés et modifiés
au fur et à mesure de notre montée en altitude.
Au Mamostong, au fil de notre progression, nous nous sommes
allégés, avec de petits dépôts
aux différents camps d’altitude. Chacun ayant
fait des progrès dans la connaissance de son fonctionnement,
de ses besoins. Chacun, c’était rendu comte des
conditions réelles de la montagne et avait ajusté
son matériel en conséquence.
Notre principale difficulté résidait dans l’absence
d’information récente et fiable sur le chemin
à parcourir et l’emplacement exact des camps
d’altitude.
Pour les trois premiers, nous avons utilisé les camps
classiques : ABC, camp 1 et camp 2.
C’était la première fois que j’utilisais
les services de porteurs d’altitude lors d’une
progression en continu. Ce travail des porteurs d’altitude
à beaucoup facilité notre progression en diminuant
les efforts fournis et le nombre de jours nécessaire.
Il est donc possible d’articuler, d’organiser
le travail de ces porteurs d’altitude avec notre déplacement
hors normes.
Avec un seul jeu de tentes utilisées, le matériel
transporté est devenu beaucoup moins important. L’alpinisme
s’oriente tout naturellement vers un allégement
des moyens utilisés : vers la technique alpine et la
notion de cordée.
Nous avions choisi de ne pas prendre de cordes fixes et donc
de ne pas avoir à les transporter ni à les installer.
Ce choix est forcement, très exigeant.
Il oblige à être vraiment à sa place sur
la montagne, avec de vraies compétences alpinistiques.
Il nécessite aussi une réflexion sur la constitution
des différentes cordées, à la fois homogènes
et relativement autonomes, alors qu’en Himalaya, il
est peu courant de s’encorder.
On pourrait croire que de telles contraintes limitent l’intérêt
des expéditions en ne permettant de choisir que des
sommets abordables. Au contraire, l’attention portée
à la qualité de nos ascensions compense largement
l’éventuelle diminution de la difficulté
technique.
Concrètement, en technique alpine, nous réussirons
moins et moins souvent, mais nos réussites auront une
autre valeur.
Quelques petites réflexions
annexes.
Il s’agit peut-être dans l’avenir de remplacer
les cordes fixes par des premiers de cordée compétents
!
Et ces 1er de cordée pourraient tout à fait
être les guides locaux de demain, qu’ils soient
Népalais, Tibétains, Chinois, Indiens ou Pakistanais,
qui pourraient ainsi exercer leur métier de guide de
très haute montagne d’une manière très
motivante et valorisante.
En étudiant les comptes rendus des précédentes
expéditions, nous nous sommes rendu compte que les
temps de ces ascensions étaient beaucoup plus longs
que la notre (19 jours, de Sasoma à Sasoma). Mais nous
sommes déjà partis cinq semaines depuis la France,
ce qui semble un maximum dans notre contexte culturel et économique.
Pourtant, c’est vraiment la durée minimale pour
avoir de vraies chances de réussir une expédition
dans ces massifs. La particularité d’une expédition
jointe n’a pas facilité la gestion de cette aventure
: taille importante du groupe, bi-nationalité, problèmes
de communication et d’évaluation des compétences.
Comme au Shishapangma, cette progression nous a apporté
aussi beaucoup de tranquillité d’esprit, de sérénité.
Le déplacement étant linéaire, il suffissait
de monter en se concentrant principalement sur le portage
de nos affaires et l’installation des camps, sur notre
plaisir d' être en montagne.
Il n’y a pas eu de fatigue excessive et le temps de
récupération au camp était important.
Par contre, en privilégiant la notion de binôme
avec des tentes de 2, il est très difficile de se retrouver
tous ensemble pour des prises de décisions ou simplement
pour être ensemble et discuter.
Peut être faudrait-il trouver des tentes plus spacieuses…pouvant
faire office de tente mess.
Paulo, septembre 2007
Ces quelques lignes vous font
réagir ou vous inspire ... vous avez envie de (nous)
dire quelques choses.
Alors n'hésitez pas, et merci d'avance....
Et bien sûr,
un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

avec : Triple
Zero pour
les duvets et les
lunettes Adidas


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