Le Shishapangma, 8013 m
Sommet central

printemps 2007...
Encore en travaux !




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Le matériel occupe une place importante dans ce style de voyage au long cours et pour l’ascension d’un grand sommet.
Voici un clin d’œil et mes remerciements les plus chaleureux à tous ceux qui nous ont aidés à construire cette aventure.

  • ASOLO pour les nouvelles chaussures Manaslu.
  • CONFORMABLE, pour les chaussons intérieurs thermo moulés, une très bonne solution pour améliorer la tenue des chaussures d’expédition.
  • TORLO pour des chaussettes au top, car les pieds c’est important
  • ESPACE MONTAGNE, pour le service Conformable et la patience nécessaire à un achat groupé.
  • Henri CANIN pour les bricolages effectué sur mes chaussons, et son écoute attentive
  • SILVRETTA pour les skis et les fixations : des X400 et des Silvretta 500
  • Barthélemy Ski, pour le montage des fixations… ça a tenu !
  • SALEWA France, pour tous les vêtements, le sac de couchage et les tentes
  • Philippe Verneret du BE Millet, pour le sac d’expé Millet, LA référence…
  • ADIDAS, pour les lunettes de soleil, des Elevation Climat Cool, et le masque de ski. Indispensable…
  • PETZL/CHARLET, pour les piolets et tous les bricolages nécessaire pour ajuster une paire de crampons sur nos chaussures de martien ! Sans oublier la Tikka, compagne de nos insomnies.
  • CILAO, pour des baudriers si légers et si pratiques qu’ils se sont fait oubliés…
  • BEAL, avec des cordes les plus légères possible pour un sommet en technique alpine.
  • TRIPLE ZERO, pour nos superbes combinaisons en duvet.
  • L'IFREMMONT pour les conseils et le services inestimable de télémedecine SOS MAM
  • 1000 et une piles, et son magasin de Saint Egrève pour des conseils avisés et tout le matériel solaire


... de rude gaillard.

Un voyage en altitude…
C’est l’aspect le plus intéressant de notre aventure au Shishapangma en ce printemps 2007.
La dimension exceptionnelle d’un véritable voyage en altitude, une immersion de plus de 15 jours en autonomie, sans retour au camp de base, sans corde fixe, ni porteur d’altitude.
Un voyage en altitude qui a bouleversé mes 15 ans de pratique himalayenne !
Un voyage en altitude qui a aussi consolidé, renforcé cette « nouvelle » conception du déroulement d’une expédition en haute altitude, en se situant radicalement dans la notion de plaisir.
En prenant aussi un peu plus de recul par rapport au déroulement classique des expéditions, trop imprégné des manières de faire normatives des agences et des grands groupes, et de nos habitudes d’alpiniste dans les Alpes.

Mais place aux réalités de ces instants de vie….intenses.

Avant notre départ….
Quand nous avons dit que nous souhaitions aller au Shishapangma à ski…. cela a surpris beaucoup de monde.
Puis, quand nous avons expliqué que nous ne redescendrions pas au camp de base avant la fin de l’ascension, en faisant le double des camps habituels et en restant toujours en altitude…. beaucoup nous ont pris pour des cinglés, au mieux en nous expliquant qu’il n’était pas possible de vivre si haut et si longtemps (et même que c’était écrit dans les livres… !).
Comble d’hérésie, pour une expé commerciale, j’avais décidé de ne pas prendre de cordes fixes, ni de porteurs d’altitude, estimant qu’il était trop complexe de gérer deux styles de déplacements aussi différents (à pieds pour eux et à ski pour nous).


Et nous avons bien fait du ski... en nous faisant infiniment plaisir.
Même s'il n'est pas facile d'enchainer des virages à plus de 6500 m avec nos chaussures d'expédition à bascule sans réelle tenue de pieds.

Sur l’acclimatation… une réflexion plus large.
Il y a maintenant pour moi deux étapes dans l’acclimatation.
La première, qui correspond à la transition entre notre vie sédentaire et cette tranche de vie en altitude. Où il nous faut à la fois nous reposer, vivre l’itinérance de l’approche de la montagne et commencer une acclimatation la plus douce possible. Pour cela, il me semble intéressant de mettre un peu de distance entre nous et la montagne projetée pour mieux profiter de ces instants exceptionnels.
Pour le Shisha, j’avais décidé d’une acclimatation culturelle à dominante bouddhiste, en suivant le fil rouge des différentes écoles du Bouddhisme tibétain, en essayant d’en comprendre les différences dans la réalité des monastères visités.

J’avais choisi les monastères les plus représentatifs de chaque ordre sur le trajet de Lhassa à Tingri.
Mais pas forcément les plus célèbres. Nous avons donc aussi visité Pabonka et Ramoche, Tshuphu et Yungdrungling.
Je voulais surtout ne pas tout visiter au pas de course mais aussi trouver des balades à faire en complément de la visite d’un monastère. Et justement, la tradition bouddhiste et tibétaine de la Kora nous invite à ce tourisme déambulatoire.
Il y a des choses extraordinaires à découvrir dans les environs immédiats de Lhassa.
Par exemple, cette randonnée de Pabonka à Sera en passant à l’ermitage de Tashi Choling et la grotte de méditation de Tokdhen Druphunk.

 

La deuxième étape de l’acclimatation se déroule en début d’ascension. Et là, le plus difficile sera de bien gérer les efforts et surtout les efforts de portage.
L’outil indispensable du guide en expé : un peson !!!
Pour vraiment peser le sac de chacun… avec interdiction de dépasser les 12 kg pour ce premier séjour à plus de 5000 m.

Ne souriez pas, on a toujours tendance à vouloir porter plus ! Surtout les grands costauds et les sportifs bien entraînés.

Pour moi, dans cette phase préliminaire, réaliser un 1er sommet, plus petit mais un vrai sommet (un 6000/6500 par exemple), est certainement l’acclimatation la plus valorisante, au lieu de vouloir absolument faire un portage au camp 1.
Mais là, nous sommes déjà dans l’organisation du prochain Shishapangma, à l’automne 2008.

D'autres sommets possible à partir du camp de base et juste sous le Shisha.

 


Un camp vraiment agréable, où il faut forcement passer au moins une journée pour attendre les yacks.
Mais le cadre est vraiment superbe et nous sommes déjà à 5000 m.


Il y a de la place et pourtant le 1er soir nous nous installerons juste à côté du groupe électrogène des tibétains... la cata !

La montée au camp de base…
Journée de repos obligatoire à 5000 qui sera très agréable.
Certains se baladent ou observent les oiseaux, d’autres bricolent ou se reposent. J’en profite pour entrer en contact avec Tenzing, l’officier de liaison de la TMA, car demain nous allons peser tout notre barda et je m’attends à une addition plutôt salée.
Et effectivement, nous avons 1200 kg de bagages et seulement 15 yacks prévus, chargés à 40 kg chacun. En fait la charge réelle d’un yack est bien supérieure à ces 40 kg, mais c’est simplement la base de calcul… Au final, nous devrons payer 15 yacks supplémentaires soit plus de 1200 $, ou 800 € en cash !
Une véritable fortune au Tibet !

Nous avons décidé de rejoindre le camp de base en deux jours avec un camp entre-deux.
Et si ce choix s’avère judicieux, par contre la journée sera un peu chaotique et très mal gérée. Chacun marche à son rythme, mais nous ne savons pas où se trouve le camp du soir !
Janak, notre cuisinier, qui devait être avec nous a disparu. Il est malade et nous rejoindra 2 h plus tard, à l’emplacement choisi par les tibétains, un peu trop loin, mais malgré tout agréable et avec de l’eau à proximité.
Le lendemain, moins de 2 h suffiront pour rejoindre notre camp de base à 5 630 m, le long de la moraine du glacier. Nous choisirons de nous arrêter en début des emplacements, près d’un autre petit groupe de Thamserku, les tchèques, car leur cuisinier est malade.


L'ambiance très particulière du plateau tibétain, juste avant d'arriver au camp de base à 5630 m.


Un peu de neige dans la nuit...
Pour l'instant nous sommes quasi seul au camp de base. Mais la plupart des groupes s'installeront juste un peu plus loin,
dans un grand emplacement plat, mais plus exposé au vent.


Le confort de la tente mess Salewa et comme d'habitude, un petit déjeuner copieux...


Entre moraine et glacier, la montée au camp déposit. A force de passage, un petit sentier est apparu.
Parfois, nous choisirons de passer au dessus, près du camp II de la première expé chinoise.


La petite bosse blanche au centre du glacier, c'est le Yebokangjiat Peak, 7068 m.
Que nous ferons lors d'une journée de RTT !


Les différents choix des uns et des autres...
du classique et solide pour mes fixations et celles de Daniel : des Silvretta 500 !
Un peu plus de bricolage pour adapter des Emery digne du musée pour gagner quelques grammes, pour Pascal, Erige et Nemo...

Les 1ers portages…
Premier portage au camp Déposit, à 5850 m, toujours en rive gauche du glacier et juste avant la traversée du Labyrinthe ( c’est la traversée du glacier principal au milieu des pénitents de glace… Superbe).
3 h depuis le camp de base, parfois beaucoup moins et avec plusieurs itinéraires possibles. Un peu long et plutôt plat

Il y a de la place à ce Déposit et nous pourrons y installer un camp confortable.
La grande majorité des groupes ne s’en sert que de dépôt de matériel, préférant enchaîner la montéedu camp de base le long de la moraine, la traversée du glacier et la montée au camp 1 !


Nemo est déjà installé au camp Déposit!...
Il a trop chaud et il est déjà en petite tenue. Il me reste à m'installer à mon tour et a quitter mon costume d'himalayiste.

En montant au camp 1, la grande pente...

Le poids des sacs a été volontairement limité à 12 kg pour tout le monde.
Ce poids est tout à fait acceptable, j’avais même l’impression de ne pas porter grand chose ou du moins de pouvoir porter plus. Plus haut, la difficulté sera peut-être de répartir judicieusement les différents éléments à porter.

Et une première impression étrange liée à notre progression escargot : une grande sérénité pour l’organisation et le déroulement des jours suivants…
Tout est très simple : il suffit de monter tranquillement et de ne pas se fatiguer.


Et voici le graphique de notre ascension, la montée est vraiment progressive, par contre la descente pas vraiment !


Daniel prends le soleil au camp Déposit entre notre micro tente de dépôt et notre palace.


Une vue sur la suite de l'itinéraire, le "Ice Labyrinth". La première fois nous y sommes passé à ski, puis nous avons préféré les crampons.
Au retour, 15 jours plus tard, tout avait changé, il y avait des lacs partout.


Une vue plongeante sur la montée au camp I et le glacier qu'il a fallut traverser.
Dernière nous, le groupe d'allemands d'Amical Alpin profite également des belles traces de montée de Daniel.
La descente sera sublime, tout poudre !!!


Nous arrivons en vue du camp I et de notre petite tente de dépôt, montée à l'arrache la veille.
Encore un coup des cumulus de Yan !


A la descente de la grande pente, Nemo s'applique !
Le sac est vide et la journée a été très agréable.


Les tentes des autres groupes au Camp I...
La prochaine fois nous irons le faire un peu plus loin, dans le vrai plat du glacier.


Entre le camp I et notre camp 1 et 1/2, Daniel est parti devant refaire la trace de la veille,
les 3 Sherpas continuent à ne connaître que la ligne droite, sans être encordés.
Et nous sommes très fiers de nos traces de descente...

Une évidence obscure…
Plus on monte en altitude et plus nos capacités diminuent, tout le monde le sait. A plus de 6000 m, plus de 60% de nos capacités se sont envolées avec la légèreté de l’air. Pourquoi nous obstinons-nous alors à faire comme dans les Alpes : porter des sacs sans en diminuer le poids, faire des étapes « normales », râler parce qu’on n’avance plus ?
Que se passe-t-il si je diminue de 50% le poids de mon sac, de moitié la distance entre chaque camp, et ma vitesse de progression ?
Je me retrouve à faire 300 à 400 m maximum de dénivelée entre chaque camp, donc à faire un camp supplémentaire, à évoluer à 150/200 m/h et à porter un sac de 10 à 12 kg… bref, je ne me fatigue plus et j’arrive même à y trouver du plaisir. Etrange, car c’est aussi la définition de notre progression « escargot ».
Mais pourquoi tous les groupes qui nous entourent semblent vraiment souffrir, et « en chient » vraiment ?


Depuis notre camp 1 et 1/2, Nemo arrive en petite godille... cool.
Plus haut, ce sont les allemands qui font un aller et retour au camp 2 pour s'acclimater. Sur 16, seuls 5 arriveront au sommet, guides compris !
Les porteurs d'altitude tirent droit dans l'pentu comme dab !


Qui a dit que c'était nul de prendre les skis au printemps, en Himalaya !


Au départ de notre camp 1 et 1/2, en face le Xifeng Peak 7292 m.


On se croirait dans l'Oberland... trop classe !


Le Paulochon, avec ses top lunettes Adidas, car le début de la descente a été un peu mouvementée...


Petit sac et journée de repos. En avant pour un petit sommet...


Mais déjà les nuages arrivent.
Et nous redescendrons en pleine tempête. Pardon, simplement dans le cumulus !!!

Le 4 mai, après notre journée de RTT avec l’ascension du Yebokangjiat Peak, 7068 m.
Je n’imaginais pas à quel point notre déplacement « escargot » allait modifier la qualité de notre vie en altitude, et la nature même de notre ascension.
Nous sommes au camp II du Shisha et ce matin nous nous sommes payé le luxe de gravir un petit 7000, pour notre journée de repos. Juste pour le plaisir d’un sommet.
Puis, tout l’après midi, de retour au camp, les nuages nous enveloppent et il neige abondamment.
« Pas de souci, vous êtes simplement dans les cumulus, nous a prévenu Yann, il peut neiger un peu. Mais c’est du beau temps ! ».
Et effectivement, nous restons « absolutely relax » comme nous ont surnommés les Tchèques en voyant notre installation et nos tentes très confortables.
Cette progression par petits sauts de puce est très rassurante, elle permet de s’adapter à une météo en demi teinte, comme aujourd’hui. Le confort des tentes, la qualité de notre nourriture d’altitude nous permet de vivre cette immersion en haute altitude avec sérénité. Nous avançons tranquillement… avec un seul objectif, ne pas nous fatiguer !
Notre voyage en altitude se poursuit sans heurt, et étrangement le temps se distend, se dilue. Sans ces longues attentes au camp de base, parfois si difficiles à supporter et qui caractérisent les expéditions traditionnelles. Car chaque jours nous avons quelques choses à faire : déplacer un camp, faire un portage intermédiaire, et surtout skier ! Avec des descentes qui seront du pur plaisir !!!
Mais nous restons très attentifs aux efforts que nous faisons… ne surtout pas se fatiguer, et rester absolument dans cette notion très personnelle et ambiguëe du plaisir. Pour cela, le poids du sac et la longueur du parcours sont vraiment très importants. Il nous faut surtout abandonner nos repères habituels de rythme et de vitesse de déplacement, pour apprendre à aller doucement et à accepter de petites étapes.
Il n’est pas facile d’oublier l’ego et la comparaison, d’accepter d’avancer très doucement en harmonie avec son souffle. Certains y arrivent mieux que d’autres !
Du côté de l’organisation tout roule. Nous avons un contact météo avec Yann tous les deux jours et aujourd’hui nous avons utilisé les services de télémédecine de l’IFFREMONT pour Nemo pour un problème d’inflammation de la gorge. Comme nous avions fait l’effort de transporter notre pharmacie complète, tout était dispo pour un traitement de choc.
Ce sont deux aspects très rassurants de la logistique d’une expé et j’aurais maintenant bien du mal à faire sans.
Un grand merci à Yan Giezendanner de Météo France et à toute l’équipe de L’IFFREMONT.


Petite séance de crocodile. Pardon d'oximètre...
Y'a plein de trucs à dire sur la bête, et beaucoup de choses a en apprendre...


La nourriture en altitude... Zéro lyoph, pour notre plus grand plaisir.
Que des bonnes choses : du jambon cru, du foie gras, des pates bio à la chataigne, du quinoa qui n'a jamais voulu cuire, de la polente...!
Mais où sont passé mes sucrettes ?


Mercredi 9 mai… Summit day.
Quelques mots de mon carnet de bord, écrit au camp II ½, en attendant tout le monde.
« Il est presque 14 h et c’est l’heure à laquelle Daniel devrait m’appeler à la radio depuis le sommet.
Ils sont tous les quatre là-haut et je me fais un peu de soucis pour la descente.
Mais que fait le guide, à 7140m entre les camp II et III (notre camp II et ½ !), a se prélasser et à surveiller la neige sur le réchaud?
Il fait la tronche, le Paulochon ?
Il est fatigué ? Malade ?
Il a plus envie ?
Y’a un problème dans le groupe ?

Et bien, pas du tout. Rien de tout cela, bien au contraire !

Un retour en arrière s’impose…
En fait, nous aurions dû faire le sommet hier, mardi 8. D’après Yann, c’était le jour idéal. Pas de vent en altitude et pas de cumulus : un véritable summit day.
Mais à 5 h 30 du mat, le beau temps espéré n’est pas au rendez-vous.
Mince alors, que se passe-t-il ?
Un peu d’attente, un départ décalé en profitant d’une éclaircie puis un retour rapide au camp. Tout se bouche à nouveau, il neige mais le soleil n’est vraiment pas loin. Daniel continue, Erige et Pascal mettent beaucoup de temps à se résigner à faire demi-tour !
Repos dans les tentes inondées de soleil et de chaleur, avec un appel téléphonique à Yan vers midi.
Que s’est-il passé ?
« Des orages violents sur l’Inde, la nuit dernière, ont apporté des débordements d’humidité sur la chaîne himalayenne avec des nuages et de la neige. Mais dans une heure, il va faire grand beau, tout va se dégager ! »
Et effectivement, le beau temps revient en même temps que Daniel. Un Daniel rayonnant, il est allé au sommet. Sacré Daniel, c’est vraiment un Martien…
« Pour demain, pas de souci, peut être un peu plus de vent, mais pas plus de 30 km/h et quelques cumulus l’après midi. C’est tout bon ! »
Nous passons un début de nuit infernal, ballottés par un vent violent. Inquiet, un nouvel appel à Yan s’impose.
« Pas de souci, ça va se calmer, c’est normal. Vous êtes en période de transition. Faut que ça s’évacue ! ».
Bon, faut y croire ! Dans la tente secouée comme un prunier, on se regarde tous les trois, un peu dubitatifs…
De mon côté, ce qui m’inquiète le plus, c’est cette journée et cette nuit supplémentaires passées à plus de 7400 m, qui seront suivies par la journée d’ascension et par une nuit de plus à 7500 m, dans ce nid d’aigle très exposé au vent.
Je voudrais absolument faire dormir tout le monde un camp plus bas au retour du sommet, pour la récupération après une journée intense mais aussi pour être plus à l’abri, pour n’avoir plus qu’à descendre tranquillement sans se poser de questions.
Mais j’ai beau retourner le problème dans tous les sens, la seule solution serait que quelqu’un déménage le camp pour l’installer plus bas pendant que les autres font le sommet. Cette descente est relativement rapide, deux heures max, mais elle demande beaucoup d’énergie pour tout faire (démonter la tente, tout plier, descendre… puis tout réinstaller).
Et ces nuits supplémentaires à 7500 m m’inquiètent d’autant plus pour Erige ( qui a une pêche d’enfer malgré son âge, mais qui n’a pas trop l’habitude de s’écouter, de faire attention à lui).
Car il a, sans le savoir, transgressé une de mes règles de sécurité (de survie) les plus importantes.

« Si quelqu’un n’arrive pas à porter ses affaires personnelles, d’un camp à l’autre, (soit une douzaine de kg), il faut trouver une solution. Mais surtout ne pas l’aider à monter en portant son sac et ainsi a dormir plus haut, sous peine d’aggraver encore la situation… qui peut devenir rapidement ingérable. »

Pourtant, c’est ce qu’a fait Pascal, avec toute sa bonne volonté de fils attentionné. De mon côté, je n’ai rien vu, concentré avec Daniel à l’installation du camp III.
Le lendemain, la nuit portant parfois conseil, je décide de ne pas faire le sommet pour m’occuper du démontage du camp… et pour tirer tout le monde vers le bas après le sommet.
« Tiens, c’est un travail de porteur d’altitude, ça… ?! »
Et Daniel a trop envie de repartir vers le sommet et de profiter de la vue, cela me fait infiniment plaisir de lui faire ce cadeau.
Bien sûr, j’ai un peu le cœur gros de voir partir mes compagnons vers le haut et de mon côté de m’occuper du rangement de la tente, je suis en pleine forme et plutôt heureux d’être en ce lieu. Mais malgré tout, je sens que c’est une décision juste, profondément.
J’aurais bien aimé qu’Erige descende avec moi, c’était un peu une perche tendue… mais, dans sa tête, il était déjà parti vers le sommet.
C’est impressionnant ce décalage entre la logique et le raisonnement issus de l’expérience himalayenne et ceux construits par des années d’alpinisme dans les Alpes. Nous sommes dans deux mondes vraiment différents et imperméables… C’est un vrai problème de communication, de compréhension mutuelle.
Pour le sommet : je ne me fais pas de souci, car chaque personne est autonome à ce niveau de difficulté, ou du moins techniquement à sa place.

14h28… OUF. Un appel de Daniel.
Erige vient d’arriver au sommet. Il y sont tout les quatre et vont entamer la descente.
Champagne !

Suis-je déçu ?
En tant qu’alpiniste, oui, forcement, je suis déçu.
Car c’est très/trop agréable de réussir un sommet, surtout un grand sommet demandant autant d’efforts et de temps. Gravir un 8000, c’est vraiment un monde à part, c’est pas tout les jours non plus !
En tant que guide, je suis infiniment heureux.
En premier lieu, par la réussite de mes clients mais surtout parce que tout le monde revient vivant, sans le moindre problème de santé, sans conflit ni trop de ressentiment au sein du groupe. Notre aventure n’est pourtant pas banale, avec plus de 15 jours en immersion radicale en très haute montagne, avec une proximité quotidienne importante. Et pourtant, c’est ce qui nous a marqué le plus, et rapproché d’autant plus.
J’ai aussi beaucoup apprécié ce mode de déplacement « escargot ». Nous avons été seuls sur la montagne, du bas jusqu’en haut, et ça, c’est exceptionnel.
Dans un registre plus personnel, j’ai réussi à mettre encore plus de distance entre le sommet et le moi, en explorant profondément les composantes de mon métier.
C’est quoi « être guide de haute montagne en Himalaya » ?
En pensant au retour, je me dis aussi que cela va être intéressant d’expliquer que tout le monde est allé au sommet sauf le guide. C’est plutôt l’inverse qui se passe, d’habitude ! De quoi alimenter quelques discussions animées sur les expés commerciales et leurs différentes réalités. »

17 h10… les voici au camp III. Super-mega-génial !
Vite faire chauffer l’eau pour la soupe et le thé…

Par contre, leur descente sera plus longue que prévue, avec une arrivée juste avant la nuit.

OUF, tout va bien, tout le monde est à la maison. Tout peut arriver maintenant…


Pascal a sorti la corde pour assurer Erige à la descente...
Il est bien ce "petit" !

 

Le retour.
Notre descente sera efficace, car le lendemain soir (très tard) nous serons tous réunis dans la tente mess du camp de base.
Janak s’est même levé pour nous préparer le repas du soir, trop heureux de nous revoir après ces 17 jours d’absence sans nouvelle.
Tout ranger et récupérer notre matériel au camp déposit nous prendra le peu d’énergie qu’il nous reste.
Daniel, qui a chopé une gastro, restera deux jours dans sa tente, sans se lever !!!

 

Puis tout s’enchaînera très vite.
Les yacks avec un petit complément en Yuans, la descente au camp de base chinois et le départ immédiat pour Zangmu en 4x4. La route en construction… hallucinant, et l’arrivée en pleine nuit dans un décor abracadabrantesque.

Le lendemain ?
Une bière à la terrasse sur le toit de Badgaon Guest House à Bhaktapur, sous des trombes d’eau…
Tout est vert à Katmandu, c’est la mousson.


Janak, notre cuisinier tout content de son nouveau bidon
pour ranger ces affaires en expé.

 


Les artistes...


- Nemo au retour : "ben oui... on a été au sommet, alors on est un peu fatigué, mais ça va bien se passer?"


Pascal


... et Erige... un petit air de famille !


Némo... avant le départ !
Pas un poil qui dépasse...



Déjà un peu moins clean...


En plein travail d'acclimatation,
pendant que je joue les "Cosette" à préparer le thé, non plutôt la soupe...
Beurk...

 

 

Le topo

Le camp de base parking ou Chinese Base Camp, à 5 030 m, est un bel emplacement plat à l’abri d’une bosse, avec un très beau panorama sur toute la chaîne du Shisha au Kangboqen. C’est un camp très confortable où s’installe l’officier de liaison de la TMA pour 2 mois, avec même un bar échoppe tibétain.

Le camp I.
Il y a beaucoup de place pour installer le camp I à 6370 m. Mais il est préférable de faire l’effort d’aller au bout du plateau, même un peu en direction du Xifeng Peak. Au printemps, il y a avait quelques crevasses, proches des emplacements choisis.


Dans la montée au camp I, avec les emplacements du camp Déposit et du camp de base...
C'est grand !


Notre petite tente dépôt du camp II.
Là aussi il y a de la place, mais l'emplacement idéal est un peu plus loin, en direction du camp 2 1/2,
un peu protégé par l'arête Ouest du Shisha.


Au camp II.
Tiens, la famille De Thiersant n'est toujours pas levée...
Pourtant, il me semble qu'Erige avait dit qu'il était important de se lever tôt, pour mieux profiter des journées...


Damned... c'est encore loin.
Du camp II, le grand plateau pour rejoindre la base du couloir qui mene au camp III. C'est le petit replat de neige sur l'arête à droite.
Nous ferons notre camp 2 1/2 juste sous cette dernière montée, qui est souvent le Déposit du camp 3 pour les porteurs d'altitude.


Deux petite tentes dans le grand blanc : notre camp 2 1/2.
"Daniel, on a même oublier de faire ce petit sommet en passant..."


Notre trace de montée au camp III.


Juste avant la traversée... rien de bien compliqué.


Le camp III sous la neige au petit matin.
Mais aussi beaucoup d'ordures, des débris de tentes, des cordes... etc.


Les derniers mètres, Pascal et Erige arrivent au sommet.

La partie finale.
Le camp 3 est à la base de l’arête Nord du sommet central.
La voie d’ascension suit globalement cette arête en contournant les ressauts successifs par la gauche.
Du camp, s ‘élever sur environ 100 m en ascendance à gauche pour contourner le 1er ressaut. Il s’évite par une pente à 40° se redressant progressivement pour atteindre 45/50° vers 7600 m. On rejoint alors le fil de l’arête neigeuse que l’on suit facilement jusque vers 7700 m.
Le second ressaut rocheux peut se gravir directement, petits couloirs, cordes fixes, ou se contourner par la gauche (pentes à 50°). On arrive au pied du gendarme rouge caractéristique, 7800 m. Le longer par la gauche en suivant le fil de l’arête et s’élever ainsi d’une cinquantaine de mètre.
On arrive au pied du 3ème ressaut qui se contourne de nouveau par la gauche (45°). Puis gravir la pente de neige qui se redresse (50°) en suivant le bord des rochers. 20 m sous le sommet, rejoindre le fil de l’arête neigeuse, fine et aérienne.
Le sommet et une véritable pointe exigue et panoramique.

Cotation Himalaya : VII/AD, neige et glace, maxi 50°.
Cette voie pourrait se comparer à la Festigrat au Dom ou à l’Arête Est du Monch.

Bon voyage...


Ces informations vous ont aidées à construire votre prochain voyage ?
A votre retour, vous pouvez aussi les compléter, les modifier en m'envoyant vos remarques et commentaires par mail.
Merci d'avance.
Paulo

Et bien sûr, un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

 


 

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