

Le matériel
occupe une place importante dans ce style de voyage au long
cours et pour l’ascension d’un grand sommet.
Voici un clin d’œil et mes remerciements les plus
chaleureux à tous ceux qui nous ont aidés à
construire cette aventure.
- ASOLO pour les nouvelles chaussures Manaslu.
- CONFORMABLE, pour les chaussons intérieurs
thermo moulés, une très bonne solution pour
améliorer la tenue des chaussures d’expédition.
- TORLO pour des chaussettes au top, car
les pieds c’est important
- ESPACE MONTAGNE, pour le service Conformable
et la patience nécessaire à un achat groupé.
- Henri CANIN pour les bricolages effectué
sur mes chaussons, et son écoute attentive
- SILVRETTA pour les skis et les fixations
: des X400 et des Silvretta 500
- Barthélemy Ski, pour le montage
des fixations… ça a tenu !
- SALEWA France, pour tous les vêtements,
le sac de couchage et les tentes
- Philippe Verneret du BE Millet, pour
le sac d’expé Millet, LA référence…
- ADIDAS, pour les lunettes de soleil,
des Elevation Climat Cool,
et le masque de ski. Indispensable…
- PETZL/CHARLET, pour les piolets et tous
les bricolages nécessaire pour ajuster une paire
de crampons sur nos chaussures de martien ! Sans oublier
la Tikka, compagne de nos insomnies.
- CILAO, pour des baudriers si légers
et si pratiques qu’ils se sont fait oubliés…
- BEAL, avec des cordes les plus légères
possible pour un sommet en technique alpine.
- TRIPLE ZERO, pour nos superbes combinaisons
en duvet.
- L'IFREMMONT pour les conseils et le services
inestimable de télémedecine SOS MAM
- 1000 et une piles, et son magasin de
Saint Egrève pour des conseils avisés et tout
le matériel solaire
... de rude gaillard.
Un voyage en altitude…
C’est l’aspect le plus intéressant
de notre aventure au Shishapangma en ce printemps 2007.
La dimension exceptionnelle d’un véritable voyage
en altitude, une immersion de plus de 15 jours en autonomie,
sans retour au camp de base, sans corde fixe, ni porteur d’altitude.
Un voyage en altitude qui a bouleversé mes 15 ans de
pratique himalayenne !
Un voyage en altitude qui a aussi consolidé, renforcé
cette « nouvelle » conception du déroulement
d’une expédition en haute altitude, en se situant
radicalement dans la notion de plaisir.
En prenant aussi un peu plus de recul par rapport au déroulement
classique des expéditions, trop imprégné
des manières de faire normatives des agences et des
grands groupes, et de nos habitudes d’alpiniste dans
les Alpes.
Mais place aux réalités de
ces instants de vie….intenses.
Avant notre départ….
Quand nous avons dit que nous souhaitions aller au Shishapangma
à ski…. cela a surpris beaucoup de
monde.
Puis, quand nous avons expliqué que nous ne redescendrions
pas au camp de base avant la fin de l’ascension, en
faisant le double des camps habituels et en restant toujours
en altitude…. beaucoup nous ont pris pour
des cinglés, au mieux en nous expliquant
qu’il n’était pas possible de vivre si
haut et si longtemps (et même
que c’était écrit dans les livres…
!).
Comble d’hérésie, pour une expé
commerciale, j’avais décidé de ne pas
prendre de cordes fixes, ni de porteurs d’altitude,
estimant qu’il était trop complexe de gérer
deux styles de déplacements aussi différents
(à pieds pour eux et à
ski pour nous).

Et nous avons bien fait du ski... en
nous faisant infiniment plaisir.
Même s'il n'est pas facile d'enchainer des virages à
plus de 6500 m avec nos chaussures d'expédition à
bascule sans réelle tenue de pieds.

Sur l’acclimatation…
une réflexion plus large.
Il y a maintenant pour moi deux étapes dans l’acclimatation.
La première, qui correspond à
la transition entre notre vie sédentaire et cette tranche
de vie en altitude. Où il nous faut à la fois
nous reposer, vivre l’itinérance de l’approche
de la montagne et commencer une acclimatation la plus douce
possible. Pour cela, il me semble intéressant de mettre
un peu de distance entre nous et la montagne projetée
pour mieux profiter de ces instants exceptionnels.
Pour le Shisha, j’avais décidé d’une
acclimatation culturelle à dominante bouddhiste, en
suivant le fil rouge des différentes écoles
du Bouddhisme tibétain, en essayant d’en comprendre
les différences dans la réalité des monastères
visités.
 |
J’avais choisi les monastères les plus
représentatifs de chaque ordre sur le trajet de
Lhassa à Tingri.
Mais pas forcément les plus célèbres.
Nous avons donc aussi visité Pabonka
et Ramoche, Tshuphu
et Yungdrungling.
Je voulais surtout ne pas tout visiter au pas de course
mais aussi trouver des balades à faire en complément
de la visite d’un monastère. Et justement,
la tradition bouddhiste et tibétaine de la Kora
nous invite à ce tourisme déambulatoire.
Il y a des choses extraordinaires à découvrir
dans les environs immédiats de Lhassa.
Par exemple, cette randonnée de Pabonka à
Sera en passant à l’ermitage de Tashi Choling
et la grotte de méditation de Tokdhen Druphunk. |
La deuxième étape de
l’acclimatation se déroule en début
d’ascension. Et là, le plus difficile sera
de bien gérer les efforts et surtout les efforts
de portage. L’outil indispensable
du guide en expé : un peson !!!
Pour vraiment peser le sac de chacun… avec interdiction
de dépasser les 12 kg pour ce premier séjour
à plus de 5000 m.
Ne souriez pas, on a toujours tendance à vouloir
porter plus ! Surtout les grands costauds et les sportifs
bien entraînés.
Pour moi, dans cette phase préliminaire, réaliser
un 1er sommet, plus petit mais un vrai sommet (un 6000/6500
par exemple), est certainement l’acclimatation la
plus valorisante, au lieu de vouloir absolument faire
un portage au camp 1. Mais
là, nous sommes déjà dans l’organisation
du prochain Shishapangma, à l’automne 2008.
|
D'autres sommets possible à
partir du camp de base et juste sous le Shisha. |


Un camp vraiment agréable, où
il faut forcement passer au moins une journée pour
attendre les yacks.
Mais le cadre est vraiment superbe et nous sommes déjà
à 5000 m.
Il y a de la place et pourtant le 1er
soir nous nous installerons juste à côté
du groupe électrogène des tibétains...
la cata !

La montée au camp de base…
Journée de repos obligatoire à 5000 qui sera
très agréable.
Certains se baladent ou observent les oiseaux, d’autres
bricolent ou se reposent. J’en profite pour entrer en
contact avec Tenzing, l’officier de liaison de la TMA,
car demain nous allons peser tout notre barda et je m’attends
à une addition plutôt salée.
Et effectivement, nous avons 1200 kg de bagages et seulement
15 yacks prévus, chargés à 40 kg chacun.
En fait la charge réelle d’un yack est bien supérieure
à ces 40 kg, mais c’est simplement la base de
calcul… Au final, nous devrons payer 15 yacks supplémentaires
soit plus de 1200 $, ou 800 € en cash !
Une véritable fortune au Tibet !
Nous avons décidé de rejoindre le camp de base
en deux jours avec un camp entre-deux.
Et si ce choix s’avère judicieux, par contre
la journée sera un peu chaotique et très mal
gérée. Chacun marche à son rythme, mais
nous ne savons pas où se trouve le camp du soir !
Janak, notre cuisinier, qui devait être avec nous a
disparu. Il est malade et nous rejoindra 2 h plus tard, à
l’emplacement choisi par les tibétains, un peu
trop loin, mais malgré tout agréable et avec
de l’eau à proximité.
Le lendemain, moins de 2 h suffiront pour rejoindre notre
camp de base à 5 630 m, le long de la moraine du glacier.
Nous choisirons de nous arrêter en début des
emplacements, près d’un autre petit groupe de
Thamserku, les tchèques, car leur cuisinier est malade.

L'ambiance très particulière
du plateau tibétain, juste avant d'arriver au camp
de base à 5630 m.

Un peu de neige dans la nuit...
Pour l'instant nous sommes quasi seul au camp de base. Mais
la plupart des groupes s'installeront juste un peu plus loin,
dans un grand emplacement plat, mais plus exposé au
vent.


Le confort de la tente mess Salewa et
comme d'habitude, un petit déjeuner copieux...


Entre moraine et glacier, la montée
au camp déposit. A force de passage, un petit sentier
est apparu.
Parfois, nous choisirons de passer au dessus, près
du camp II de la première expé chinoise.


La petite bosse blanche au centre du
glacier, c'est le Yebokangjiat Peak, 7068 m.
Que nous ferons lors d'une journée de RTT !

Les différents choix des uns
et des autres...
du classique et solide pour mes fixations et celles de Daniel
: des Silvretta 500 !
Un peu plus de bricolage pour adapter des Emery digne du musée
pour gagner quelques grammes, pour Pascal, Erige et Nemo...
Les 1ers portages…
Premier portage au camp Déposit, à 5850 m, toujours
en rive gauche du glacier et juste avant la traversée
du Labyrinthe ( c’est la traversée
du glacier principal au milieu des pénitents de glace…
Superbe).
3 h depuis le camp de base, parfois beaucoup moins et avec
plusieurs itinéraires possibles. Un peu long et plutôt
plat
Il y a de la place à ce Déposit et
nous pourrons y installer un camp confortable.
La grande majorité des groupes ne s’en
sert que de dépôt de matériel, préférant
enchaîner la montéedu camp de base le long
de la moraine, la traversée du glacier et la
montée au camp 1 !

|

Nemo est déjà installé
au camp Déposit!...
Il a trop chaud et il est déjà en petite
tenue. Il me reste à m'installer à mon tour
et a quitter mon costume d'himalayiste. |

En montant au camp 1, la grande pente... |
Le poids des sacs a été volontairement
limité à 12 kg pour tout le monde.
Ce poids est tout à fait acceptable, j’avais
même l’impression de ne pas porter grand
chose ou du moins de pouvoir porter plus. Plus haut,
la difficulté sera peut-être de répartir
judicieusement les différents éléments
à porter.
Et une première impression étrange liée
à notre progression escargot : une grande sérénité
pour l’organisation et le déroulement des
jours suivants…
Tout est très simple : il suffit de monter
tranquillement et de ne pas se fatiguer. |

Et voici le graphique de notre ascension,
la montée est vraiment progressive, par contre la descente
pas vraiment !

Daniel prends le soleil au camp Déposit
entre notre micro tente de dépôt et notre palace.

Une vue sur la suite de l'itinéraire,
le "Ice Labyrinth". La première fois nous
y sommes passé à ski, puis nous avons préféré
les crampons.
Au retour, 15 jours plus tard, tout avait changé, il
y avait des lacs partout.

Une vue plongeante sur la montée
au camp I et le glacier qu'il a fallut traverser.
Dernière nous, le groupe d'allemands d'Amical Alpin
profite également des belles traces de montée
de Daniel.
La descente sera sublime, tout poudre !!!

Nous arrivons en vue du camp I et de
notre petite tente de dépôt, montée à
l'arrache la veille.
Encore un coup des cumulus de Yan !

A la descente de la grande pente, Nemo
s'applique !
Le sac est vide et la journée a été très
agréable.

Les tentes des autres groupes au Camp
I...
La prochaine fois nous irons le faire un peu plus loin, dans
le vrai plat du glacier.

Entre le camp I et notre camp 1 et 1/2,
Daniel est parti devant refaire la trace de la veille,
les 3 Sherpas continuent à ne connaître que la
ligne droite, sans être encordés.
Et nous sommes très fiers de nos traces de descente...
Une évidence obscure…
Plus on monte en altitude et plus nos capacités diminuent,
tout le monde le sait. A plus de 6000 m, plus de 60% de nos
capacités se sont envolées avec la légèreté
de l’air. Pourquoi nous obstinons-nous alors à
faire comme dans les Alpes : porter des sacs sans en diminuer
le poids, faire des étapes « normales »,
râler parce qu’on n’avance plus ?
Que se passe-t-il si je diminue de 50% le poids de mon sac,
de moitié la distance entre chaque camp, et ma vitesse
de progression ?
Je me retrouve à faire 300 à 400 m maximum de
dénivelée entre chaque camp, donc à faire
un camp supplémentaire, à évoluer à
150/200 m/h et à porter un sac de 10 à 12 kg…
bref, je ne me fatigue plus et j’arrive même à
y trouver du plaisir. Etrange, car c’est aussi la définition
de notre progression « escargot ».
Mais pourquoi tous les groupes qui nous entourent semblent
vraiment souffrir, et « en chient » vraiment ?

Depuis notre camp 1 et 1/2, Nemo arrive
en petite godille... cool.
Plus haut, ce sont les allemands qui font un aller et retour
au camp 2 pour s'acclimater. Sur 16, seuls 5 arriveront au
sommet, guides compris !
Les porteurs d'altitude tirent droit dans l'pentu comme dab
!

Qui a dit que c'était nul de
prendre les skis au printemps, en Himalaya !

Au départ de notre camp 1 et
1/2, en face le Xifeng Peak 7292 m.

On se croirait dans l'Oberland... trop
classe !

Le Paulochon, avec ses top lunettes
Adidas, car le début de la descente a été
un peu mouvementée...

Petit sac et journée de repos.
En avant pour un petit sommet...

Mais déjà les nuages arrivent.
Et nous redescendrons en pleine tempête. Pardon, simplement
dans le cumulus !!!
Le 4 mai, après notre journée
de RTT avec l’ascension du Yebokangjiat Peak, 7068 m.
Je n’imaginais pas à quel point notre déplacement
« escargot » allait modifier la qualité
de notre vie en altitude, et la nature même de notre
ascension.
Nous sommes au camp II du Shisha et ce matin nous nous sommes
payé le luxe de gravir un petit 7000, pour notre journée
de repos. Juste pour le plaisir d’un sommet.
Puis, tout l’après midi, de retour au camp, les
nuages nous enveloppent et il neige abondamment.
« Pas de souci, vous êtes simplement dans
les cumulus, nous a prévenu Yann, il peut neiger un
peu. Mais c’est du beau temps ! ».
Et effectivement, nous restons « absolutely
relax » comme nous ont surnommés les
Tchèques en voyant notre installation et nos tentes
très confortables.
Cette progression par petits sauts de puce est très
rassurante, elle permet de s’adapter à une météo
en demi teinte, comme aujourd’hui. Le confort des tentes,
la qualité de notre nourriture d’altitude nous
permet de vivre cette immersion en haute altitude avec sérénité.
Nous avançons tranquillement… avec un seul objectif,
ne pas nous fatiguer !
Notre voyage en altitude se poursuit sans heurt, et étrangement
le temps se distend, se dilue. Sans ces longues attentes au
camp de base, parfois si difficiles à supporter et
qui caractérisent les expéditions traditionnelles.
Car chaque jours nous avons quelques choses à faire
: déplacer un camp, faire un portage intermédiaire,
et surtout skier ! Avec des descentes qui seront du pur plaisir
!!!
Mais nous restons très attentifs aux efforts que nous
faisons… ne surtout pas se fatiguer, et rester absolument
dans cette notion très personnelle et ambiguëe
du plaisir. Pour cela, le poids du sac et la longueur du parcours
sont vraiment très importants. Il nous faut surtout
abandonner nos repères habituels de rythme et de vitesse
de déplacement, pour apprendre à aller doucement
et à accepter de petites étapes.
Il n’est pas facile d’oublier l’ego et la
comparaison, d’accepter d’avancer très
doucement en harmonie avec son souffle. Certains
y arrivent mieux que d’autres !
Du côté de l’organisation tout roule. Nous
avons un contact météo avec Yann tous les deux
jours et aujourd’hui nous avons utilisé les services
de télémédecine de l’IFFREMONT
pour Nemo pour un problème d’inflammation de
la gorge. Comme nous avions fait l’effort de transporter
notre pharmacie complète, tout était dispo pour
un traitement de choc.
Ce sont deux aspects très rassurants de la logistique
d’une expé et j’aurais maintenant bien
du mal à faire sans.
Un grand merci à Yan Giezendanner de Météo
France et à toute l’équipe de L’IFFREMONT.


Petite séance de crocodile. Pardon
d'oximètre...
Y'a plein de trucs à dire sur la bête, et beaucoup
de choses a en apprendre...

La nourriture en altitude... Zéro
lyoph, pour notre plus grand plaisir.
Que des bonnes choses : du jambon cru, du foie gras, des pates
bio à la chataigne, du quinoa qui n'a jamais voulu
cuire, de la polente...!
Mais où sont passé mes sucrettes ?



Mercredi 9 mai… Summit day.
Quelques mots de mon carnet de bord,
écrit au camp II ½, en attendant tout le monde.
« Il est presque 14 h et c’est l’heure à
laquelle Daniel devrait m’appeler à la radio
depuis le sommet.
Ils sont tous les quatre là-haut et je me fais un peu
de soucis pour la descente.
Mais que fait le guide, à 7140m entre les camp II et
III (notre camp II et ½ !), a se prélasser et
à surveiller la neige sur le réchaud?
Il fait la tronche, le Paulochon ?
Il est fatigué ? Malade ?
Il a plus envie ?
Y’a un problème dans le groupe ?
Et bien, pas du tout. Rien de tout cela, bien au contraire
!
Un retour en arrière s’impose…
En fait, nous aurions dû faire le sommet hier, mardi
8. D’après Yann, c’était le jour
idéal. Pas de vent en altitude et pas de cumulus :
un véritable summit day.
Mais à 5 h 30 du mat, le beau temps espéré
n’est pas au rendez-vous.
Mince alors, que se passe-t-il ?
Un peu d’attente, un départ décalé
en profitant d’une éclaircie puis un retour rapide
au camp. Tout se bouche à nouveau, il neige mais le
soleil n’est vraiment pas loin. Daniel continue, Erige
et Pascal mettent beaucoup de temps à se résigner
à faire demi-tour !
Repos dans les tentes inondées de soleil et de chaleur,
avec un appel téléphonique à Yan vers
midi.
Que s’est-il passé ?
« Des orages violents sur l’Inde, la nuit
dernière, ont apporté des débordements
d’humidité sur la chaîne himalayenne avec
des nuages et de la neige. Mais dans une heure, il va faire
grand beau, tout va se dégager ! »
Et effectivement, le beau temps revient en même temps
que Daniel. Un Daniel rayonnant, il est allé au sommet.
Sacré Daniel, c’est vraiment un Martien…
« Pour demain, pas de souci, peut être un
peu plus de vent, mais pas plus de 30 km/h et quelques cumulus
l’après midi. C’est tout bon ! »
Nous passons un début de nuit infernal, ballottés
par un vent violent. Inquiet, un nouvel appel à Yan
s’impose.
« Pas de souci, ça va se calmer, c’est
normal. Vous êtes en période de transition. Faut
que ça s’évacue ! ».
Bon, faut y croire ! Dans la tente secouée comme un
prunier, on se regarde tous les trois, un peu dubitatifs…
De mon côté, ce qui m’inquiète le
plus, c’est cette journée et cette nuit supplémentaires
passées à plus de 7400 m, qui seront suivies
par la journée d’ascension et par une nuit de
plus à 7500 m, dans ce nid d’aigle très
exposé au vent.
Je voudrais absolument faire dormir tout le monde
un camp plus bas au retour du sommet, pour la
récupération après une journée
intense mais aussi pour être plus à l’abri,
pour n’avoir plus qu’à descendre tranquillement
sans se poser de questions.
Mais j’ai beau retourner le problème dans tous
les sens, la seule solution serait que quelqu’un déménage
le camp pour l’installer plus bas pendant que les autres
font le sommet. Cette descente est relativement rapide, deux
heures max, mais elle demande beaucoup d’énergie
pour tout faire (démonter la tente, tout plier, descendre…
puis tout réinstaller).
Et ces nuits supplémentaires à 7500 m m’inquiètent
d’autant plus pour Erige ( qui
a une pêche d’enfer malgré son âge,
mais qui n’a pas trop l’habitude de s’écouter,
de faire attention à lui).
Car il a, sans le savoir, transgressé une de mes règles
de sécurité (de survie) les plus importantes.
« Si quelqu’un n’arrive pas à
porter ses affaires personnelles, d’un camp à
l’autre, (soit une douzaine de kg), il faut trouver
une solution. Mais surtout ne pas l’aider à monter
en portant son sac et ainsi a dormir plus haut, sous peine
d’aggraver encore la situation… qui peut devenir
rapidement ingérable. »
Pourtant, c’est ce qu’a fait Pascal, avec toute
sa bonne volonté de fils attentionné. De mon
côté, je n’ai rien vu, concentré
avec Daniel à l’installation du camp III.
Le lendemain, la nuit portant parfois conseil, je décide
de ne pas faire le sommet pour m’occuper du démontage
du camp… et pour tirer tout le monde vers le bas après
le sommet.
« Tiens, c’est un travail
de porteur d’altitude, ça… ?! »
Et Daniel a trop envie de repartir vers le sommet et de profiter
de la vue, cela me fait infiniment plaisir de lui faire ce
cadeau.
Bien sûr, j’ai un peu le cœur gros de voir
partir mes compagnons vers le haut et de mon côté
de m’occuper du rangement de la tente, je suis en pleine
forme et plutôt heureux d’être en ce lieu.
Mais malgré tout, je sens que c’est une décision
juste, profondément.
J’aurais bien aimé qu’Erige descende avec
moi, c’était un peu une perche tendue…
mais, dans sa tête, il était déjà
parti vers le sommet.
C’est impressionnant ce décalage entre la logique
et le raisonnement issus de l’expérience himalayenne
et ceux construits par des années d’alpinisme
dans les Alpes. Nous sommes dans deux mondes vraiment différents
et imperméables… C’est un vrai problème
de communication, de compréhension mutuelle.
Pour le sommet : je ne me fais pas de souci, car chaque personne
est autonome à ce niveau de difficulté, ou du
moins techniquement à sa place.
14h28… OUF. Un appel de Daniel.
Erige vient d’arriver au sommet. Il y sont tout les
quatre et vont entamer la descente.
Champagne !

Suis-je déçu ?
En tant qu’alpiniste, oui, forcement, je suis déçu.
Car c’est très/trop agréable de réussir
un sommet, surtout un grand sommet demandant autant d’efforts
et de temps. Gravir un 8000, c’est vraiment un monde
à part, c’est pas tout les jours non plus !
En tant que guide, je suis infiniment heureux.
En premier lieu, par la réussite de mes clients mais
surtout parce que tout le monde revient vivant, sans le moindre
problème de santé, sans conflit ni trop de ressentiment
au sein du groupe. Notre aventure n’est pourtant pas
banale, avec plus de 15 jours en immersion radicale en très
haute montagne, avec une proximité quotidienne importante.
Et pourtant, c’est ce qui nous a marqué le plus,
et rapproché d’autant plus.
J’ai aussi beaucoup apprécié ce mode de
déplacement « escargot ». Nous avons été
seuls sur la montagne, du bas jusqu’en haut, et ça,
c’est exceptionnel.
Dans un registre plus personnel, j’ai réussi
à mettre encore plus de distance entre le sommet et
le moi, en explorant profondément les composantes de
mon métier.
C’est quoi « être guide de haute montagne
en Himalaya » ?
En pensant au retour, je me dis aussi que cela va être
intéressant d’expliquer que tout le monde est
allé au sommet sauf le guide. C’est plutôt
l’inverse qui se passe, d’habitude ! De quoi alimenter
quelques discussions animées sur les expés commerciales
et leurs différentes réalités. »
17 h10… les voici au camp III. Super-mega-génial
!
Vite faire chauffer l’eau pour la soupe et le
thé…
Par contre, leur descente sera plus longue que
prévue, avec une arrivée juste avant la
nuit.
OUF, tout va bien, tout le monde est à
la maison. Tout peut arriver maintenant… |
Pascal a sorti la corde pour assurer
Erige à la descente...
Il est bien ce "petit" ! |
Le retour.
Notre descente sera efficace, car le lendemain soir (très
tard) nous serons tous réunis dans la tente mess du
camp de base.
Janak s’est même levé pour nous préparer
le repas du soir, trop heureux de nous revoir après
ces 17 jours d’absence sans nouvelle.
Tout ranger et récupérer notre matériel
au camp déposit nous prendra le peu d’énergie
qu’il nous reste.
Daniel, qui a chopé une gastro, restera deux jours
dans sa tente, sans se lever !!!
Puis tout s’enchaînera très vite.
Les yacks avec un petit complément en Yuans,
la descente au camp de base chinois et le départ
immédiat pour Zangmu en 4x4. La route en construction…
hallucinant, et l’arrivée en pleine nuit
dans un décor abracadabrantesque.
Le lendemain ?
Une bière à la terrasse sur le toit de
Badgaon Guest House à Bhaktapur, sous des trombes
d’eau…
Tout est vert à Katmandu, c’est la mousson. |
Janak, notre cuisinier tout content
de son nouveau bidon
pour ranger ces affaires en expé. |
Les artistes...

- Nemo au retour : "ben oui...
on a été au sommet, alors on est un peu fatigué,
mais ça va bien se passer?"

Pascal
... et Erige... un petit air de famille
!
Némo... avant le départ
!
Pas un poil qui dépasse...


Déjà un peu moins clean...
 |
En plein travail d'acclimatation,
pendant que je joue les "Cosette" à
préparer le thé, non plutôt la soupe...
Beurk... |

Le topo
Le camp de base parking ou Chinese Base Camp, à 5 030
m, est un bel emplacement plat à l’abri d’une
bosse, avec un très beau panorama sur toute la chaîne
du Shisha au Kangboqen. C’est un camp très confortable
où s’installe l’officier de liaison de
la TMA pour 2 mois, avec même un bar échoppe
tibétain.

Le camp I.
Il y a beaucoup de place pour installer le camp I à
6370 m. Mais il est préférable de faire l’effort
d’aller au bout du plateau, même un peu en direction
du Xifeng Peak. Au printemps, il y a avait quelques crevasses,
proches des emplacements choisis.

Dans la montée au camp I, avec
les emplacements du camp Déposit et du camp de base...
C'est grand !

Notre petite tente dépôt
du camp II.
Là aussi il y a de la place, mais l'emplacement idéal
est un peu plus loin, en direction du camp 2 1/2,
un peu protégé par l'arête Ouest du Shisha.

Au camp II.
Tiens, la famille De Thiersant n'est toujours pas levée...
Pourtant, il me semble qu'Erige avait dit qu'il était
important de se lever tôt, pour mieux profiter des journées...

Damned... c'est encore loin.
Du camp II, le grand plateau pour rejoindre la base du couloir
qui mene au camp III. C'est le petit replat de neige sur l'arête
à droite.
Nous ferons notre camp 2 1/2 juste sous cette dernière
montée, qui est souvent le Déposit du camp 3
pour les porteurs d'altitude.

Deux petite tentes dans le grand blanc
: notre camp 2 1/2.
"Daniel, on a même oublier de faire ce petit
sommet en passant..."

Notre trace de montée au camp
III.

Juste avant la traversée... rien
de bien compliqué.

Le camp III sous la neige au petit matin.
Mais aussi beaucoup d'ordures, des débris de tentes,
des cordes... etc.

Les derniers mètres, Pascal et
Erige arrivent au sommet.

La partie finale.
Le camp 3 est à la base de l’arête Nord
du sommet central.
La voie d’ascension suit globalement cette arête
en contournant les ressauts successifs par la gauche.
Du camp, s ‘élever sur environ 100 m en ascendance
à gauche pour contourner le 1er ressaut. Il s’évite
par une pente à 40° se redressant progressivement
pour atteindre 45/50° vers 7600 m. On rejoint alors le
fil de l’arête neigeuse que l’on suit facilement
jusque vers 7700 m.
Le second ressaut rocheux peut se gravir directement, petits
couloirs, cordes fixes, ou se contourner par la gauche (pentes
à 50°). On arrive au pied du gendarme rouge caractéristique,
7800 m. Le longer par la gauche en suivant le fil de l’arête
et s’élever ainsi d’une cinquantaine de
mètre.
On arrive au pied du 3ème ressaut qui se contourne
de nouveau par la gauche (45°). Puis gravir la pente de
neige qui se redresse (50°) en suivant le bord des rochers.
20 m sous le sommet, rejoindre le fil de l’arête
neigeuse, fine et aérienne.
Le sommet et une véritable pointe exigue et panoramique.
Cotation Himalaya : VII/AD, neige et glace, maxi
50°.
Cette voie pourrait se comparer à la Festigrat au Dom
ou à l’Arête Est du Monch.
Bon voyage...
Ces informations vous ont aidées
à construire votre prochain voyage ?
A votre retour, vous pouvez aussi les compléter, les
modifier en m'envoyant vos remarques et commentaires par mail.
Merci d'avance.
Paulo
Et bien sûr,
un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels


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