Cotations et Himalaya


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manaslu
Une photo rare et surprenante, le sommet du Manaslu.


" Partir en expé... " ! ! Que de rêves derrière ces simples mots !
Mais pour que ce rêve devienne réalité, une réalité réellement accessible au plus grand nombre d’alpinistes, que de portes à ouvrir, de verrous à faire sauter !

Celui des royalties, des officiers de liaison, ou beaucoup plus simplement, celui de l’information. Une information vraiment claire et précise, pour que chacun puisse connaître, comparer et choisir un projet à sa dimension, sans pour autant être un spécialiste de l’Himalaya ou du Népal.

Pour cela, il faut encore plus d’article et de topos d’expés, des photos, le récit des copains, des mots pour en parler et aussi plus modestement un système simple de cotation de la difficulté des voies en Himalaya. Un système spécifique qui prenne en compte toutes les dimensions du monde de la haute altitude.

Pour rassurer ceux qui imaginent que ma passion de la montagne ne se nourrit que de tableaux et de chiffres, juste une remarque... le nom de Welzenbach me fait bien plus rêver par les faces Nord qu’il a ouvertes que par les cotations qu’il a inventé.

Et dans le même style, nous n’allons pas refaire un copier/coller des débats du début du siècle sur ces mêmes cotations... ! Savoir que la Walker est une course ED ou que la fissure Knubel n’est que du V sup n’a rien enlevé à la magie des lieux ni à la difficulté du passage, bien au contraire. Bien sûr, les spécialistes jugeront d’emblée ces cotations inutiles, mais comme dans les Alpes, elles s’adressent d’abord au néophytes, pour l’aider à mieux comprendre et prendre en compte la complexité de ce monde particulier de la haute montagne.

Bien évidemment, je n’ai rien inventé, je suis simplement parti des cotations de la difficulté en vigueur dans les Alpes( F, PD, AD, D,... ) auquel j’ai ajouté un grade d’engagement, comme pour la cotation " glace ". En complément, à la fin de la cotation, la nature du terrain (neige, rocher, etc) à été précisée. L’idée de bien séparer le niveau technique de celui de l’engagement m’a semblé vraiment important et la définition de l’échelle de l’engagement n’a pas été facile.

Car, même si l’altitude joue un rôle capital, ce n’est pas le seul critère à prendre en compte :

  • La fréquentation plus ou moins importante, l’accès simple et rapide ou plus complexe, la présence d’une voie de descente facile, le profil de la voie d’ascension qui peut être direct ou avec des portions plus plates, le type de terrain rencontré (un glacier, des arêtes très complexes ou au contraire des pentes de neige uniformes) etc, sont de nature à modifier l’engagement d’une voie sur un sommet.
  • Le style de l’ascension ( avec ou sans cordes fixes ) et la stratégie utilisée ( une expédition avec ou sans Sherpa, en technique alpine, avec ou sans Ox. pour les grands 8000 ) n’interfèrent pas dans cette cotation. Car, comme dans nos Alpes, la manière dont est réalisée une ascension ne modifie pas la cotation de référence, (en libre, en solo ou en hiver, par exemple). Bien sûr, il faut, encore et toujours, insister sur la différence de performance entre ces différents styles d’ascension, à chacun de dire (s’il le souhaite) la réalité de son ascension... ( mais c’est un autre sujet, forcement passionnant et perturbant !).
  • Pour la cotation de la difficulté, une voie doit été estimée sans la présence des cordes fixes, avec les critères alpins habituels. L’utilisation des cordes fixes diminue la difficulté de la voie d’un à deux degrés. Par contre, il faut bien que quelqu’un dans l’équipe ou la cordée soit capable de les mettre en place ou de les remplacer dans le cas où elles sont enfouies dans la neige ou simplement enlevées par les alpinistes précédents.

La situation de l’Ama Dablam, par sa " surfréquentation " et son équipement quasi à demeure rejoint celle de l’Everest et fait partie des exceptions qu’il est difficile de bien prendre en compte.

Mais franchement, à quoi sert tout ce binz... ?

Cette cotation à double entrée permet aussi de mettre le doigt sur l’importance de l’expérience, comme pour le Cho Oyu, simplement coté F en difficulté, mais VI en engagement. De quoi faire éventuellement réfléchir certains prétendants aux 8000 dont l’expérience himalayenne et alpine se limite parfois au Mont Blanc du Tacul.

Peut être permettra-t-elle de mieux construire une préparation adaptée à la réalité de l’ascension projetée, en faisant bien la différence entre expérience de la haute altitude et capacité technique.

Elle apporte aussi un regard plus clair sur la réalité des ascensions de certains sommets. Par exemple, le vrai sommet du Shishapangma à une cotation bien différente de l’antécime où s’arrête la plupart des alpinistes qui affirme avoir gravi le Shisha, ( idem pour le Lobuje Peak ).

Voilà, et maintenant à vos plumes et claviers... qu’en pensez-vous ?
Toutes vos remarques sont les bienvenues pour enrichir ce débat et à terme pouvoir proposer un moyen cohérent pour décrire une voie en haute altitude.

 

La définition du grade d'engagement :
  • grade I : une voie sur un sommet de - de 5600 m., sans camp d’altitude et dont les critères complémentaires peuvent être soit simples soit complexes. Exemple de sommets : la voie normale du Mardi Himal, 5555 m., I/F en neige.
    * Ces critères complémentaires à prendre en compte peuvent être, l’accès, le type de terrain, la fréquentation, le profil de la course, la descente.

  • Grade II : une voie sur un sommet compris entre 5600 m. et 6800 m., sans camp d’altitude, dont les critères complémentaires sont simples. Exemple de sommets : La voie normale du Lobuje False Summit, II/AD+ en neige. La voie normale de l’Island peak, 6189 m., II/AD en neige.

  • Grade III : une voie sur un sommet compris entre 5600 m. et 6800 m., avec un seul camp d’altitude, dont les critères complémentaires peuvent être soit simples soit complexes. Exemple de sommets : Ramdang Go, voie normale, III/F en neige. Paldor, arêteTilman, III/PD+ neige et rocher facile. Le Mera Peak, 6654 m. III/F en neige, Le Lobuje sommet principal, 6119m. III/D en neige.

  • Grade IV : une voie sur un sommet compris entre 6500 m. et 7500 m., avec plusieurs camps d’altitude, dont les critères complémentaires peuvent être soit simples soit complexes. Exemple de sommets : la voie normale de l’Ama Dablam, 6856 m., IV/D+, mixte et neige/glace., la voie normale du Putha Huinchuli, 7134 m., IV/F en neige. Singu Chuli, 6550 m. arête sud, IV/TD en neige.
  • Grade V : une voie sur un sommet compris entre 6500 m. et 7500 m., avec plusieurs camps d’altitude, dont les critères complémentaires sont complexes. Exemple de sommets : le Baruntse voie normale, V/PD en neige,. L’Himlung Himal voie normale, V/F en neige. Le Dorje Lakhpa, 6966 m, V/AD+ en neige

  • Grade VI : une voie sur un sommet compris entre 7500 m. et 8500 m., avec plusieurs camps d’altitude, dont les critères complémentaires sont simples. Exemple de sommets : Makalu II voie normale, VI/PD en neige, Shishapangma, 80.. ?, antécime, VI/F en neige.

  • Grade VII : une voie sur un sommet compris entre 7500 m. et 8500 m., avec plusieurs camps d’altitude, dont les critères complémentaires sont complexes. Exemple de sommets : Dhaulagiri, arête Nord, VII/AD en neige. Shishapangma, 8046 m., voie normale, VII/PD+, neige et arête de rocher.

  • Grade VIII : une voie sur un sommet de + de 8500 m. Exemple de sommets : Everest, voie normale népalaise, VIII/PD+, neige et un passage de rocher.

Exemples pratiques :

Cotation d’engagement

Altitude du sommet

nombre de camps d’altitude

critères complémentaires *

Exemples de sommets

exemples de sommets

I

-de 5600 m

pas de camp d’altitude

simple ou complexe

 

Mardi Himal, 5555 m. VN

I/F, neige

II

de 5600 m. à 6800 m.

pas de camp d’altitude

simples

Lobuje, False summit,

III/AD+

Imja Tse,6189 m., V N

II/AD, neige

III

de 5600 m. à 6800 m.

un seul camp d’altitude

simples ou complexes

Ramdung Go, VN

III/ F, neige

Paldor, Tilman ridge :

III/PD + ,arête neige et rochers faciles

IV

de 6500 m. à 7500 m.

plusieurs camps

simples

Ama Dablam, VN

IV/D+, mixte

Putha Huichuli, 7134 m., VN

IV/F, neige

V

de 6500 m. à 7500 m.

plusieurs camps

complexes

Baruntse, VN

V/PD en neige

Himlung Himal, VN

V/F , neige

VI

de 7500 m. à 8500 m.

plusieurs camps

simples

Makalu II, VN

VI/PD, neige (jean ?)

Shishapangma, 80 ? ?, antécime,

VI/ F, neige

VII

de 8000 m. à 8500 m.

plusieurs camps

complexes

Dhaulagiri, VN,

VII/ AD, neige

Shishapangma, 8046m., VN

VII/PD ?, neige et arête de rocher

VIII

+ de 8500 m.

plusieurs camps

 

Everest, VN népalaise

VIII/PD+ , neige

et un passage en rocher

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