Voici une présentation des différents
éléments pouvant constituer une expédition
en Himalaya.
On pourrait aussi les représenter comme les ingrédients
d’une recette de cuisine qu’il nous serait alors
possible de combiner à notre guise.
C’est une proposition directement issue de nos passionnantes
discutions avec Eric Boutroy, auteur (talentueux) d’une
thèse d’ethnologie sur le monde des expéditions.
L’altitude.
L’altitude est une notion facilement quantifiable et
il est devenu très naturel d’utiliser les repères
classiques, 6000 m, 7000 m ou 8000 m.
Par contre, il est vraiment dommage que notre système
métrique et nos valeurs occidentales nous entrainent
a dévaloriser les sommets inférieurs à
ces cairns altimétriques.
Que de sommets injustement délaissés comme ce
cher Tarpu Chuli, qui ne fait même
pas 6000 m mais qui reste d’un intérêt
exceptionnel de part sa situation panoramique au centre du
sanctuaire des Annapurnas et de l’esthétique
de sa voie d’ascension.
Pour être pertinente cette notion d’altitude
doit être complétée par la difficulté
et l’engagement de la voie choisie.

La difficulté de la voie.
Il est très simple d’utiliser les
cotations en alpinisme dites UIAA, De F (facile)
à TD (très difficile).
Cette échelle des difficultés, largement utilisée
en Europe permet de faire facilement des comparaisons avec
une voie dans nos Alpes. Par contre, pour une personne novice
en alpinisme, c’est quand même un charabia un
peu flou.
La présence et l’utilisation de cordes fixes
qui facilite la progression et forcement diminue la difficulté
de la voie est un sujet plus délicat.
Peut-on estimer que la présence de cordes fixes diminue
l'ascension d'un niveau de difficulté ???
Concrètement pour aborder sans angoisse et encore plus
de plaisir l'ascension du Chekigo, coté
D et équipé de cordes fixes, il faudrait avoir
effectuer des courses PD/AD dans les Alpes.

Le degré de difficulté et l’altitude
sont vraiment les éléments clefs du choix d’un
sommet.
Etre à l’aise techniquement est un gage de réussite,
de plaisir et de sécurité, encore plus en haute
altitude... et l’acclimatation est largement facilitée
par cette notion de "bien être"
et "d’être à l’aise".
Une idée... Plus l’altitude est élevée,
plus il est raisonnable de diminuer d’un degré
le niveau technique de la voie envisagée, par rapport
à son niveau habituel dans les Alpes.
D’ailleurs,ce n'est pas un hasard si la grande majorité
des sommets fréquentés en Himalaya est généralement
cotés F ou PD.
La notion d’engagement est apparue
récemment dans les cotations à double entrée
d’alpinisme. En Himalaya, c’est aussi une notion
importante, caractérisé par une plus ou moins
grande complexité du terrain, le nombre de camps nécessaire,
le profil de l’ascension, un isolement important ou
le manque d’information.
La
cotation « Himalaya » reprend
et condense l’ensemble des critères explicités
dans cette page, c’est donc un élément
important d’information. Elle demande, par contre, une
certaine habitude…
La qualité de l’information
disponible.
C’est une notion qui a quasiment disparue de notre pratique
de l’alpinisme dans les Alpes. Mais, en Himalaya, la
pratique exploratoire peu presque être considérée
comme une forme particulière d’himalayisme, au
même titre qu’une pratique sportive de recherche
de la difficulté. L’information ou l’absence
d’information, donne également des indications
sur le niveau de fréquentation, la complexité
d’organisation ou de gestion de l’ascension.
Le style de l’ascension.
La notion de style de l’ascension est en Himalaya une
dimension indispensable pour définir la complexité
de l’ascension.
Il y a un monde entre la technique himalayenne
(la plus utilisée) avec
installation préalable des camps d’altitude,
et la technique alpine, installation des
camps au fur et à mesure de la progression.
C’est surtout les notions de portage et d’engagement
qui diffèrent, et la « vraie »
technique alpine en haute altitude est réservé
à une élite réduite même a un niveau
international.
La notion de cordée alpine est différente,
car elle caractérise seulement l’utilisation
ou non de corde fixe.
Pour certains projets, c’est une pratique de l’Himalayisme
très intéressante que
j’apprécie particulièrement…,
sur des petits sommets de 6000 et avec un peu de bricolage
!
C’est aussi la possibilité d’effectuer
des traversées, un style très peu développé
en Himalaya.
Quel plaisir d’être ainsi sur un sommet himalayen,
simplement encordé, comme dans les Alpes !
Par contre, sur les grands sommets, les 7000 et encore plus
les 8000, le soutien d’une équipe locale pour
l’installation des camps d’altitude et la pose
des cordes fixes complètent cette définition
de la technique himalayenne.
Ce soutien est vraiment un critère de réussite
(et de plaisir) très important, c’est
ce que certains appellent péjorativement, technique
himalayenne lourde, avec principalement une référence
à la taille du groupe des alpinistes.
Généralement, toutes ces notions sont un peu
floues pour des alpinistes peu ou pas concernés et
elles sont rarement clairement exprimées par les grimpeurs
(par exemple la cordée TGW au
Makalu en 2004, technique alpine ou himalayenne ?!).

Au sujet de l’Ox…
Pour l’instant ? je n’organise pas d’ascension
de 8000 nécessitant l’utilisation d’oxygène
pour la progression (le Xixapangma en
2007 est un « petit » 8000).
Je pense que comme tout dopage, c’est une aide réelle
qui doit faire l'objet d'un choix personnel d'ethique et doit
être expliciter dans le cadre des ascensions sportives.
A savoir, paradoxalement l'Ox augmente encore la dangerosité
d'une ascension. Mais, cette question ne concerne que les
deux grands 8000 : Everest et K2, pardon Sagarmatha et Chogori.
Et voici l'illustration de ce propos
avec les projets d'ascension de l'année 2006...


Le
Chekigo

Le
Langtang Ri

Le
Noijing


Le
Gyajikang


Les
ascensions au Tso Moriri
Paulo, décembre 2005

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