Le "petit" Naya, vu de l'autre
versant de la vallée.
Cette idée
d'Expé Express est né sous
l'impultion d'Albert, himalayiste expérimenté
avec qui nous avions rendu visite au Dorje Lhakpa en 2000.
Qui, pour des raisons professionnelles, n'avait cette année
que 15 jours de vacances.
C'était 15 jours de Népal ou
rien !
C'était donc un peu un pari... "Est-il possible
de faire un sommet au Népal, quand on ne dispose que
de 2 semaines ?"
Une page du site présentait l'ascension
et le projet.
Les information existante :
 |
 |
| Un livre indispensable pour mieux organiser
les étape du trek. |
Un livre recent et interessant, d'où
est tiré la photo du sommet avec l'itinéraire. |
Et un article de Jean Marc Vengeon dans un n° de Vertical,
que j'ai égaré.
La préparation
Elle a été relativement simple et rapide...,
nous nous sommes retrouvé un week end à La Grave
pour faire connaissance et caler tous les détails de
l'organisation.
Puis, après quelques échanges de mails, rendez-vous
à Kathmandu...
l'équipe
Nous étions une équipe particulièrement
légère. Il y avait :
Albert,...
Patrice,...
Vincent,...
Françoise,...
Le compte rendu
Fin octobre 2002, de retour de l’Himlung Himal,
me voici deux jours à Bodhanat. Deux jours à
l’hôtel Padma, pour profiter des lieux et m’immerger
dans cette ambiance très particulière de la
grande stupa.
Ce temps disponible va aussi me permettre de mieux préparer
notre départ, car nous avons juste quinze jours devant
nous pour réussir un sommet.
« Expé Express », un nom évocateur
pour un projet surprenant car à l’opposé
de mes habitudes et convictions. Un projet très intéressant
qui pose une question d’importance…
« Est-il possible de partir en Himalaya quand on ne
dispose que de 15 jours ? »
Comment gérer une bonne acclimatation dans ces conditions
?
Quel sommet choisir ?
Pas de doute pour réussir notre projet il nous faudra
être efficace, tout en sachant bien nous ménager.
Efficace, nous le serons, car dès la descente de l’avion
j’entraîne, Albert, Patrice et Vincent vers un
bus déjà lourdement chargé.
Départ immédiat car demain c’est grève
générale à Kathmandu et toute circulation
est interdite. Nous allons donc faire deux heures de bus pour
nous retrouver en dehors de la vallée, sur les hauteurs
de Kakani.
Le paysage est toujours aussi beau et pour Vincent qui viens
pour la première fois au Népal, le dépaysement
est radical. Seul, la traversée d’un immense
camp militaire crispe un peu l’ambiance.
Effectivement, le lendemain aucun véhicule ne circule.
Nous sommes seul sur la route pour rejoindre Dhumre et nous
arrivons à Thulo Barku, le départ du trek, aux
environs de 14 h.
Toute l'équipe de cuisine, les porteurs et nos affaires
d’alpinisme continuent en bus pour Syabru Bensi, le
départ le plus direct pour la vallée du Langtang.
De notre côté, nous prendrons un sentier en balcon,
pour mieux profiter de la région et visiter l’un
des plus beaux villages du Langtang. Juste à la tombée
de la nuit (vers 18h !), nous arrivons à Barbal pour
passer la nuit dans un petit lodge un peu rustique, nous sommes
bien sûr les seuls touristes, en complet décalage
avec les autres trekkeurs.
Le lendemain, le sentier est de toute beauté à
travers la forêt pour rejoindre Tulo Syabru.
(Où les lodges modernes ont complètement défiguré
le vieux village.
Quel changement depuis mon 1er passage il y a plus de 15 ans…
c’était alors mon 1er trek, ma 1ere découverte
du Népal).
Notre petite équipe de quatre nous permet de vivre
une ambiance très différente des groupes classique
d’expé. Nous goûtons avec plaisir la quiétude
d’un trek sans soucis, de lodge en lodge, en étant
très attentif à notre rythme et à nos
efforts.
Pour réussir notre acclimatation, j’ai choisi
une montée très lente et régulière
avec beaucoup de repos et sans aller retour intempestif. Nous
ne marcherons donc que de très petites journées,
avec beaucoup de pause dans les "thea shop".
Pas facile de retenir de grands gaillards débordants
d’énergie, qui ont bien du mal à s’économiser.
A Langtang Village, Albert apporte des vêtements à
une famille connue lors de notre précédente
expé au Dorge Lhakpa . La soirée sera très
agréable, avec beaucoup d’émotion le lendemain
matin, quand nous avons repris notre route.
Albert, Vincent et Patrice vont continuer vers Kiangjing et
pendant ce temps, je vais redescendre à la rencontre
de Françoise qui est arrivé à KTM avec
deux jours de retard.
Son expérience de l’altitude et une profonde
écoute de son corps vont lui permettre d’encaisser
l’énorme différence d’altitude et
de rejoindre directement le camp de base en 3 jours.
(soit Syabru Bensi 1460 m, Ghoratabela 3020 m, Brangchen Karka
4450 m ).
Tous se passent pour le mieux et toute l’équipe
est réunie pour la dernière journée de
montée au camp de base du Naya, qui correspond au Hight
Camp du Ganja La.
Nous sommes surpris par l’épaisseur de neige,
il a fait beau depuis mi-septembre et rien n’a fondu.
Il fait un froid de canard sur ce versant au Nord et le camp
de base n’est vraiment pas agréable.
Kaysab, le jeune sirdar que j’avais
repéré et chaudement recommandé à
GHA, va équiper le col pour les porteurs et rester
avec eux de l’autre côté du col, dans un
endroit plus abrité.
Mon choix d’une équipe de cuisine
allégée s’avère très mauvais
et manque de chance, le cuisinier n’est pas très
compétent et visiblement nous traite « à
la légère ». Très vite, toute la
nourriture a une odeur infernale de kérosène
et même la tente de cuisine que nous pensions utiliser
est invivable.
Vincent, dont c’est le 1er trek, a beaucoup de mal avec
le goût des aliments, sa forme et son moral vont s’en
ressentir.
Une fois le camp installé, le sommet est juste au-dessus
et nous nous organisons pour l’ascension du lendemain…
Françoise va rester au camp pour se reposer un jour,
avant de passer le col, elle connaît déjà
le sommet et sens que cela pourrait être un effort de
trop.
Par contre, Norbu va nous accompagner, c’est pour lui
une chance inespérée de réussir un sommet
pour pouvoir accéder ultérieurement au rang
de sherpa d’altitude ( c’est son rêve,
mais il est Gurung et rien n’est simple au Népal).
Pour la journée du sommet, nous essayons de ne pas
partir trop tôt, tant il fait froid. Malheureusement,
le beau temps des derniers jours va laisser la place à
des nuages d’altitudes qui vont changer un peu l’ambiance.
Nous suivrons la trace d’un grand groupe qui a effectué
l’ascension 4 ou 5 jours avant. Heureusement, car en
dehors de la trace, c’est la brasse coulée avec
plus de 80 cm de neige sans cohésion, des gobelets
énormes !
Par contre, l’itinéraire qu’ils ont empruntés
pour accéder au pied de la voie n’est pas le
cheminement optimum. Mais, comme il est trop difficile de
tout retracer, nous suivons au mieux leur itinéraire.
Toute la montée se fera sans corde, en restant relativement
proche les uns des autres.
Vincent s’arrêtera à mi-parcours…
fatigue, difficulté à s’alimenter et à
trouver un rythme plus lent que d’habitude, aclimatation
insuffissante.
Après une partie un peu raide 45 °, la pente se
couche en une très belle arête qui ressemble
un peu à l’arête Sud du Râteau Est
dans les Ecrins, avec un dernier petit ressaut de 20 m juste
avant le sommet.
La vue du sommet est superbe avec bien d’autres montagnes
possibles du côté sud, et de très beaux
itinéraires sur les petites montagnes au-dessus de
Kiangjing.
A la descente, nous ferons deux cordée, Albert et
son copain Patrice, Norbu et moi.
C’est donc une vraie ascension en technique
alpine, comme dans les Alpes.
Et la pente se fait sentir, encore aggravé par la fatigue
et l’altitude.
D’habitude, cette pente est équipée de
corde fixes par les Sherpas et elle nous demandera d’être
très attentif.
Mais quel plaisir d’évoluer ainsi !
Nous voici donc au camp de base, le sommet en poche. Il nous
suffira, le lendemain de traverser le col du Ganja La.
Grâce au travail d’équipement de Kaysab,
tout se passe sans problème, et nous comprenons
mieux la réputation de ce col auprès des trekkeurs.
C’est une vraie course d’alpinisme où les
crampons sont bien utiles. Il est raide, souvent en neige,
parfois avec une petite partie en rocher et le meilleur itinéraire
n’est pas facile à trouver.
Et la descente vers l'Helambu continue... Que du plaisir
!
Repas de midi près d'un gros bloc, toute l'équipe
est de nouveau réunie. Il y a un camp près de
la rivière, mais il est un peu trop venté et
nous allons un peu plus loin, juste avant Keldang, (bof,
pas vraiment une bonne idée ).
Puis, une grande journée de marche nous permet de rejoindre
Tarkeghyang, nous prenons même le luxe de nous perdre
en essayant de trouver un raccourci dans la forêt, avec
au final, une belle fin d'étape dans le Népal
profond !
Le confort du lodge nous semble exceptionnel après
ces quelques jours en altitude et dans le froid.
Ici aussi, très peu de touristes et tout le monde souffre
économiquement.
L'étape suivante est superbe, souvent à flanc
de collines et avec un très bon sentier. Notre petit
groupe fonctionne bien, et nous sommes heureux de découvrir
cette région du Népal qui est vraiment très
belle. Notre équipe népalaise est de nouveau
très légère, seuls deux porteurs et le
Sirdar nous accompagnent, l'équipe de cuisine et la
majorité des porteurs avec tout le matériel
d'alpinisme, sont descendu directement à Melanchi Pul.
Nous sommes donc en lodges pour la suite de l'itinéraire,
avec une nuit à Kakani, et un trajet en bus de Melanchi
Pul à Baktapur jusqu'à notre hôtel favori.
Une fin d'expé sans histoire...

Le topo
Pour la marche d'approche :
il s'agit de rejoindre Kiangjin au fond de la vallée
du Langtang. Beaucoup d'itinéraires différent
sont possible et les petits sommets au dessus de Kiangjin
permettent de compléter très facilement et agréablement
l'acclimatation.
Pour les randonneurs voulant traverser simplement
le Ganja La...
Evitez la nuit au Hight Camp (appelé aussi Glacier
Camp). Il est préférable pour des questions
d'altitude et de confort, de passer directement le col depuis
Lodge Base Camp et de dormir de l'autre côté
au 1er endroit de camping possible vers 4600 m.(eau et gros
bloc de rocher).Il suffit juste de prévoir un lever
très matinal et d'être en forme.
les étapes sont donc :
- Kiangjin to Lodge Base Camp
- Lodge Base Camp jusqu'au Camp du rocher en passant le
Ganja La.
- Camp du gros rocher au bergeries de Dukpu
- Dukpu jusqu'aux lodges de Tarkeghyang.
Pour le matériel, dans le cadre d'un groupe
avec une équipe locale et un équipement du col
en corde fixe pour les porteurs, je prendrais une paire de
crampons léger par personne. Et pour le groupe, un
piolet pour tailler quelques marches en cas et un brin de
corde de 20/30m pour l'assurage.
Organisation, le passage du Ganja La est un itinéraire
qu'il est possible de faire sans l'aide d'une agence, en autonomie
complète ou partielle.
- Sans porteurs (même si c'est une formule que
je trouve aberrante pour de multiples raisons), il
faut prévoir une autonomie de vivre sur 3 jours,
le poids des affaires de couchage peut être limité
au maximum avec un très bon duvet et un sursac de
bivouac ou simplement le double toit de la tente.
- Une solution intermédiaire consiste à prendre
des porteurs sur place, en faisant bien la différence
entre les différentes parties de l'itinéraire.
"Porteurs classiques" ( de Syabru Bensi à
Kiangjin) pour les étapes avec des lodges et "porteurs
d'altitude" pour passer le col (les gens de la haute
vallée habitant Langtang Village ou Kiangjin) qui
connaissent bien la haute montagne et ont un équipement
adapté.
L'ascension du Naya Kanga.
La voie normale de l'arête Nord-Est peut
être cotée III/PD+, neige en cotation himalaya.
C'est un sommet classique et relativement fréquenté,
qui illustre bien le concept de trekking peak, c'est à
dire pouvant être gravi sans trop de temps, dans le
cadre d'un grand trek.
Pour une ascension en aller/retour depuis Kiangjin,
le camp de base se situe à Lodge Base camp, parfois
appelé Branchen Karka, à 4350m. Le lodge n'existe
plus, actuellement ce n'est plus qu'une ruine.
Glacier Camp 5100 m, pouvant être considéré
comme un camp d'altitude. L'équipe de cuisine peut
monter sans problème jusqu'à ce camp, les porteurs
font simplement un aller/retour en dormant au camp de base
ou plus bas.
Il faut deux jours en étant bien acclimaté :
- J1 : de Branchen Karka 4350 m, camp de base, à
Glacier camp 5100 m, le camp d'altitude.
- J2 : sommet et redescente à Branchen Karka. Il
est même possible de rejoindre dans la même
journée Kiangjin , mais c'est vraiment une très
longue journée, (réalisé en automne
2000 comme acclimatation pour l'expé au Dorje).
Pour une ascension avec la traversée du Ganja La,
qui est de loin le projet le plus interessant, le camp de
base se situe au "Glacier Camp" et il n'y a pas
de camp d'altitude.
Pour les porteurs, soit ils passent le col pour attendre en
versant sud, soit ils descendent au camp précédent,
soit autre solution, ils dorment sur place avec un équipement
adéquat !
Il faut 5 jours, de Branchen Karka à Tarkeghyang avec
une acclimatation adaptée, ce temps peut être
réduit d'un jour ( ce que nous avons fait cette année).
Attention au problème d'eau à l'automne dans
les alpages de Keldang.
- J 1 :Branchen Karka to Glacier Camp
- J 2 : ascension et retour à Glacier Camp 5100 m.
- J 3 : Traversée du col et descente jusqu'à
la rivière avant Keldang 4300m.
- J 4 : trek pour Dupku 4080 m (étape courte).
- J 5 : arrivée à Tarkeghyang 2250 m.
Du Glacier Camp, continuer en direction du Ganja La, pour,
à la première combe (replat) revenir à
droite pour traverser une bosse (cairn) et, toujours en traversée
prendre pieds sur le glacier plat à l'applomb du sommet.Crevasses
dans le sens de la marche (encordement nécessaire !
Le traverser complètement pour rejoindre un petit couloir
permettant de rejoindre des pentes d'éboulis ou de
neige jusqu'à un col sur l'arête Nord-Est.
Du col, la pente en neige se redresse progressivement pour
atteindre les 40/45°, sur environ 200 m, puis l'arête
se transforme en une large croupe, puis devient plus éffilée
avant le petit ressaut du sommet.
Comme souvent, le vrai sommet est un peu plus loin que le
point où s'arrète la plupart des groupes, il
est aussi plus effilé et corniché !
D'autres voies sont possible :
- par le grand couloir évident en neige de la face
nord,
- par l'arête Nord Ouest (beaucoup plus difficile
!)
- Le col de l'arête Nord-est s'atteint également
par l'autre versant, par une vallée en aval de Kiangjin.
- Et d'autres petits sommets sans nom sont praticables
de l'autre côté du col.
Equipement
Généralement, les groupe installent des cordes
fixes pour atteindre le col Nord-Est et dans la bosse de neige.
Prévoir entre 300 et 500m + des pieux à neige.
L'équipement peut se faire le même jour que l'ascension
par une équipe de "sherpas" efficace et compétente.
En technique alpine, le matériel classique pour une
course de neige, style Nord-nord-est des Courtes est largement
suffissant, cad simplement une corde et un piolet avec une
bonne aisance en neige !
Ces informations vous ont aidées
à construire votre expédition ?
A votre retour, vous pouvez aussi les compléter, les
modifier en m'envoyant vos remarques et commentaires par mail.
Merci d'avance.
Paulo, juin 2005.
Bon voyage...

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