Une belle histoire...
Il y a bien longtemps, en lisant
Annapurna 1er 8000, j’ai rêvé d’aventure
et de voyage, d’alpinisme et d’exploration. Je
revivais toute cette aventure avec passion, mettant en scène
Maurice Herzog et ces compagnons, en tenue d’époque…
Aujourd’hui encore, certains passages sont restés
gravés dans ma mémoire.
Celui-ci par exemple…, où Maurice Herzog et
Marcel Ichac partent en reconnaissance vers le Dhaulagiri
par la Dambush Khola.
«Je ne veux pas forcer ton jugement, Maurice,
mais pour moi c’est une quasi certitude : le versant
Nord du Dhaula ne s’écoule pas par ici. De l’autre
côté, il doit y avoir une vallée.
… Comme nous approchons du col, un vent glacial nous
accueille.
Devant nous, peu profonde, la « vallée
inconnue », suivant l’expression d’Ichac,
qui adore « baptiser », descend en pente douce.
Elle est large, de type glaciaire. Les alternances de neige
et d’herbe jaunie font songer à la robe tachetée
d’un tigre. »
De ce livre, je me souviens aussi de ces croquis de carte
qui se construisent au fil des pages et que nous voyons encore
évoluer d’année en année, tout
en gardant une part de mystère et d’incertitude.
Ces interstices où l’exploration et l’aventure
sont encore possible, même aujourd’hui.
La carte initiale que disposaient Herzog
& ces compagnons...
et la carte qu'ils ont dressés durant l'expédition.

La toponymie locale gardera aussi définitivement des
traces du passage de cette 1ère expédition française.
Car, en effectuant le tour du Dhaulagiri, vous traverserez
le French Pass ou Col des Français et « la vallée
inconnue » est devenu la « Hidden Valley »,
et cette traduction erronée apporte encore plus de
mystères en ces lieux.
( To hide, c’est cacher, tenir
secret, alors qu’inconnue se traduit plutôt par
unknow ou unexplored. )
Bien plus tard, à mon tour, j’ai parcouru ces
sentiers d’altitude, en débouchant dans la «
Hidden Valley » mon imagination m’entraînait
vers les gorges étroites où se déversaient
ces belles prairies.
On disaient ces gorges infranchissables. Et pourtant, des
bergers racontaient que quand ils perdaient un yack, on le
retrouvaient à Sangda de l’autre côté
de la montagne, un village perdu sur la route du haut Dolpo.
Un sentier devait donc bel et bien existé…
pour moi, c’est devenu le mystère de la «
Hidden Valley » !

Le début de la descente, l'aventure
commence...
Automne 2003, après notre ascension du Tukuche Peak,
depuis notre camp de base dans la « Hidden Valley »,
nous voici en route pour Sangda.
Enfin !
Nous sommes 4, juste avec nos sacs à dos, des tentes
légères, des réchauds et quelques liofs.
Aucun népalais ne nous accompagne car toute l’équipe
passera le col de Dhampus pour descendre directement à
Marpha et nous nous retrouverons tous à Jomosom, dans
4 jours.
C’est une expérience rare !!!
Quatre occidentaux un peu fous perdus au fin fond du Népal,
à la recherche d’un hypothétique sentier
pour rejoindre un village du bout du monde, Sangda.
Mais surtout sans véritable autorisation pour voyager
entre Dolpo et Mustang.
Les dernières informations nous ont été
donné par le sirdar de Laurent Godin, un géologue
canadien qui cartographie la Hidden Valley.
« You have to cross two rivers and then,
you climb up, high and step up, to find a pass... no problem
for you ! »

La porte de la Hidden Valley.
S'ouvrira-t-elle pour nous ?
Et effectivement, en descendant la vallée, nous dépassons
deux éperons, et en traversant le deuxième torrent,
un sentier relativement marqué s’élève
en rive droite. Une montée rude dans un couloir de
schiste amène à une traversée escarpée
de côtes rocheuses.
Sur une arête, un cairn se profile enfin… nous
sommes sur la bonne voie.
Il s’agit maintenant d’être attentif à
ne pas perdre notre minuscule fil d’Ariane, qui monte
et qui descend en traversée, d’éboulis
en éperons, très haut au dessus des gorges.
A intervalle régulier, nous prenons des photos et nous
nous arrêtons pour dresser le croquis du chemin parcouru.
De vrais explorateurs !

Le premier cairn, et le seul !
Tout en bas, le torrent qu'il faut traverser pour remonter
sa rive droite.
Quelques photos durant la montée.
En cliquant dessus... elles s'ouvrent en grand avec un commentaire.

Mon petit calepin avec toutes les notes
prises in situ...
Quelques bouses nous indiquent aussi le sentier, qui reste
malgré tout une sente impressionnante dans un paysage
très aride et alpin.
Nous mesurons toute la différence entre un sentier
« à yacks » népalais et un sentier
« à vaches » bien de chez nous !!!
Enfin, nous débouchons sur une croupe herbeuse, à
plus de 5000 m. La vallée fait un coude, au loin on
devine le Mustang.

Benoît, au sommet, pensif en regardant
le haut Dolpo.
Le village de Sangda est quelque part au bord de la rivière,
tout en bas.

Mais comment rejoindre la rivière ? Y-a-t-il encore
un sentier ?
Les pentes sont bien raides… !
Et pourtant, une 1ère descente le long d’un éperon
nous amène à un petit replat d’herbe,
puis une longue traversée à droite rejoint une
autre prairie suspendue.
Une traversée dans l’autre sens, encore un éperon,
une traversée à droite… la rivière
s’approche… il suffit maintenant de descendre
une grande prairie avec un sentier qui se fait de plus en
plus marqué.
Plus bas, nous rejoignons un autre chemin qui s’engage
directement dans les gorges.
Où conduit-il ?
Un autre accès vers la « Hidden Valley »
ou vers le Haut Dolpo ?

Le grand versant où se déroule
la descente..., et pourtant il y a bien un sentier !
En cliquant sur l'image, vous pouvez en découvrir son
tracé approximatif.
La journée touche à sa fin, l’air est
immobile et une grande douceur nous imprègne en cette
fin d’automne. Nous voici tout les quatre, assis sur
de grosses pierres au bord du torrent.
Bien sûr, nous sommes un peu fatigués mais nous
sommes surtout soulagés d’être «
de l’autre côté ».
Soulagé que la « Hidden Valley » nous ai
laissé si facilement sortir, nous ai laissé
rejoindre le monde des hommes, sans galère ni danger.
Nous sommes aussi comblé d’avoir « découvert
» un nouveau passage original et sauvage.
Mais pour l’instant, Sangda nous attend !
Nous rejoignons notre campement du soir en suivant simplement
le sentier le long de la rivière et le lendemain nous
passerons toute l’après midi au rythme des villageois
de Sangda, dont beaucoup se préparent déjà
a rejoindre leurs quartiers d’hiver sur l’autre
versant de la vallée.
A Jomosom, l’expé se terminera en pente douce
par de joyeuses retrouvailles avec toute l’équipe,
morte d’inquiétude.

Un dernier clin d'oeil à la"
Hidden Valley".
Fred & François débouche au sommet du sentier.
Paulo Grobel, mai 2004.
Ces informations vous ont aidées
à construire votre expédition ?
A votre retour, vous pouvez aussi les compléter, les
modifier en m'envoyant vos remarques et commentaires par mail.
Merci d'avance.
Et bien sûr,
un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels


|