Le Lobuje peak et le Kwangde Ri, au Népal
2001


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Le Kwangde Ri
( Mais où va-t-il chercher toutes ces montagnes inconnues ??! )

Présentation du projet

Une première image d'un des sommets possible, le Kwangde Lho, 6 187 m. Depuis le sommet, la vue porte directement dans le Khumbu et vers Sagarmatha.

En pays Sherpa, le Kwande est cette grande et belle barrière en face de Namche Bazar, les sommets culminent à plus de 6000 m., et leurs ascensions sont facilitées par un permis de trekking Peak. Si les éperons et les couloirs des faces nords sont relativement connu des initiés, par contre l'acces à ces montagnes par le sud est encore enveloppé de mystères.

Comme pour le Ganesh Himal, il est possible d'inventer sur ces petits sommets un alpinisme d'exploration et d'aventures, car le permis ouvre sur plusieurs sommets accessibles d'un même camp de base et les voies possible y sont nombreuses, d'un niveau abordable de PD à D.

Même l'approche est originale, car elle permet une découverte de la vie des hautes vallées secrètes du Solo Khumbu, des villages puis des alpages.

C'est un beau projet , en dehors des sentiers battus, idéal pour une première approche des expéditions, avec un regard très complet sur le Népal.

Et bien sûr, tout est à inventer et à contruire.

Une idée du projet :
Comme pour le Paldor, en automne 2000, l’autorisation d’ascension du Kwangde nous permet d’accéder à une vallée peu connue et rarement visitée, " The Lumding Valley ", juste en marge du Khumbu.

L’approche depuis Lukla en est simple et rapide, il suffit de passer un col, le Lumding La ou le Moro La, et de remonter une large vallée jusqu’au pied des glaciers et du lac de Tsho Og.

Plusieurs sommets sont accessibles depuis le camp de base... avec un ou deux camps d’altitude et nous évoluerons le plus possible en technique légère ou alpine.

  • Kwangde Lho 6187 m.,
  • Kwangde Shar 6093 m.,
  • Kwangde Nup 6 035 m.,
  • Nupla 5885 m.,


Mais, il y a peu d’information récente sur les différentes voies d’ascensions de ces sommets. Il nous faudra choisir le meilleur emplacement pour le camp de base puis partir explorer les lieux...

Le temps relativement long consacré à la partie montagne devrait nous permettre à la fois une bonne acclimatation et l’opportunité de gravir plusieurs sommets. L'occasion aussi d'approcher le Nurbur, 6959 m., un sommet qui semble très interessant.

Nous pouvons aussi décider de partir de Paphlu, c’est un petit aéroport dans le Solu, pour apporter une touche touristique par la découverte des villages du Solu Khumbu, puis au retour de rentrer rapidement par Lukla.

Au fil des jours :

  • Arrivée à KTM et une journée de break.
  • Vol lukla ou Paphlu. Départ immédiat en trek
  • Environ 8 jours de trek pour rejoindre le camp de base.
  • Une journée de break au camp de base.
  • Environ 10 jours consacrés à l’exploration et aux ascensions des différents sommets.
  • 4 jours de trek pour rejoindre Lukla et KTM.
  • 2 journées à KTM, servant aussi de journées de sécurité en cas d’aléas aériens depuis Lukla.
  • Vol retour et arrivée à Paris.

D'après une carte au 1/125000 du massif du Khumbu.

La vallée de la Lumding Khola est celle juste à l'ouest (gauche) de celle de la Dudh Koshi, la vallée principale du Khumbu, avec Lukla et Namche. Si l'itinéraire d'accès à la vallée de Lumding, depuis Lukla par le Lumding La ou le Moro La est relativement connue, par contre les sentiers par le sud depuis Kare ou Traksindo, necessitent une recherche auprès des agences népalaises.

D'après un croquis du livre "The Trekking Peak of Népal".

La présence des glaciers qui se jettent dans les grands lacs de Tsho Og et Tsho Teng, la vallée étroite uniquement parcourue par des bergers, apportent un cadre très sauvage et isolé à ce projet.

Le manque d'information vraiment précise sur les ascensions y ajoute aussi un parfum d'aventure et d'exploration très motivant. Pas de doute, nous sommes en dehors des sentiers battus et très loin du Khumbu ou de l'Island Peak !!!

 

 

 

Et voici le compte rendu de cette expédition

Fin octobre, nous nous sommes donc retrouvé à six personnes à Kathmandu, malheureusement sans Laurent et Benoît, qui n’ont pu se joindre à nous pour raison de santé, ( genou pour l’un et épaule pour l’autre ).

A la dernière réunion de préparation, face au problème insoluble du poids des bagages embarqués (22 à 25 kg. Maximum en soute), nous avions décidé d’acheter les vivres d’altitude sur place. Pendant que nous faisons les courses avec Françoise, les autres en profitent pour découvrir les superbes monuments de la ville.

Le lendemain, tout est prêt. Envol sans-souci pour Lukla, et surtout sans problème de surcharge dans l’avion pourtant limité à 15 kg. Mais toutes mes affaires sont déjà sur place, après l’expé précédente au Lobuje Peak. Après 1h 30 de marche nous rejoignons Ghat, et le lodge pour le soir.

Génial... !, le sirdar qui nous accompagne est un ami de longue date, Sona Dendu. Nous avons été ensemble à l’Ama Dablam, il y a plus de 15 ans ! C’est maintenant un sirdar de grande classe, avec une expérience d’expédition impressionnante.

Le lendemain, depuis Ghat, 2492 m., le petit pont sur la Dudh Kosi franchi, nous voici dans un autre monde... Nous ne savons plus rien ! Ni des sentiers, ni des sommets, ni du retour sur Phaplu. D’après un site web anglais, le topo de O’Connors serait complètement obsolète à cause du recul glaciaire et de la présence de nouveaux lacs infranchissables pour accéder aux voies normales de Kwangde Lo et Shar. On verra bien sur place.

Pour rejoindre la " Lumding Valley ", nous traversons le Moro La, 4343 m., en deux jours, à priori le seul passage régulièrement emprunté et recommandable. Le sentier est bon quoique très raide. A Lumding Kharka, il n’y a pas âme qui vive seulement 2 ou 3 bergeries plus ou moins fermées. Une journée de repos permet aux porteurs de faire un aller-retour au camp de base avec des demi-charges ( une bonne idée, très recommandée, car le sentier est raide et exposé ). Pour nous, c’est aussi une journée d’acclimatation nécessaire et obligatoire.

Puis, le camp de base est installé confortablement à environ 4900 m., et nous renvoyons presque tous les porteurs. Nous sommes maintenant seuls dans la vallée pour 10 jours d’alpinisme, le paysage est splendide avec de grands lacs et des sommets enneigés. Le sentiment de solitude est bien réel.

Nous commençons par nous acclimater en faisant des repérages et en installant le camp d’altitude pour le Kwangde Nup, notre premier sommet. Une chute de neige un peu importante nous coupe dans notre élan et nous devons rester 2 jours au camp de base. Pendant ce temps, pour organiser notre retour, Sona part pour Lukla chercher les porteurs.

Trois jours plus tard,1er succès, nous arrivons tous, sans problème au sommet du Nup, en deux groupes. La vue est superbe sur tout le Khumbu, nous voyons même la maison de Sona à Kumjung ! Cette voie normale du Kwangde Nup, 6035 m., est une belle course de neige de niveau PD, avec un parcours sur un glacier un peu tourmenté mais pas trop exposé.

L’itinéraire devrait certainement évoluer dans le temps, mais la voie originale par l’arête sud, qui remonte un éperon en rocher devrait rester praticable quelles que soient les conditions du glacier. Par contre, elle est un peu plus complexe à gérer et légèrement plus difficile.

Il nous reste maintenant 3 jours avant le rendez-vous avec les porteurs et le temps est au beau fixe. Nous nous organisons en fonction des souhaits des uns et des autres ! Françoise et Jean-Marc décident de rester tranquillement au camp de base et dans les environs, Hugues, Greg, Nico et moi partons vers le Kwangde Lo ou Shar, avec tout sur le dos pour 3 jours !

Les repérages précédents de Nico et Greg nous laissent supposer un accès par le flan Ouest de la pointe 5457 m. Effectivement, c’est la seule approche possible avec seulement une belle longueur en 3+ à négocier. Nous installons notre bivouac le 1er soir au sommet de la pointe, avec les dernières lueurs du soir. Le lendemain, nous décidons de partir léger sans les tentes et le matériel de couchage pour continuer notre repérage en essayant d’atteindre l’un des deux sommets. L’accès au glacier étant impraticable, à cause d’un lac et d’une barrière de dalles lisses surmontées de séracs, nous sommes obligés de suivre l’arête Sud. Après un parcours de gros blocs très désagréable, nous découvrons des emplacements de tente pour un camp d’altitude, puis la voie est de toute beauté, pente de neige, puis, petit ressaut pour atteindre la partie plus raide de l’arête caractéristique en arc de cercle. Après une longueur en rocher 3+/4 et 3 longueurs en neige 45/50° nous sommes sur le glacier. Il est déjà midi, néanmoins, nous continuons un peu en direction du Kwangde Lo, 6187 m., avant de faire demi-tour... Il manque environ 300 m. pour atteindre le sommet mais le retour est encore bien long. Bien plus tard, à la tombée de la nuit, nous arrivons enfin à nos tentes.

Le lendemain, il nous faudra tout recharger et descendre au camp de base puis continuer la descente jusqu'à Lumding Kharka. Heureusement, Françoise et Kipa, un sherpa, viennent à notre rencontre. Puis, les porteurs de l’équipe de cuisine prennent le relais.

Le soir, à Lumding Kharka, Sona est bien au rendez-vous, et les porteurs arriveront le lendemain matin. Tout est en ordre, il a même un croquis du sentier de retour que lui a fait un ami Sirdar, car l’itinéraire est très différent de celui de la carte et visiblement n’est pas très fréquenté.

Pour la première étape, nous descendons simplement la vallée durant trois petites heures. Le lendemain, nous pensions passer un col pour changer de vallée, mais vers midi, près d’une bergerie en ruine, la mer de nuage nous rattrape et en plein brouillard, il devient impossible de trouver le sentier. Arrêt obligatoire et repérages vers une brèche qui au final ne ressemble pas à un passage utilisé, puis vers un col très haut sur la crête. Les cairns sont discrets, mais c’est bien là. Ouf ! Le passage du col est épique... alors que toute l’équipe de cuisine est passé sans problème, quelques porteurs déposent leurs charges au pied du col et montent à vide... Trop de neige ! ! ! Effectivement, la trace dans les gobelets n’est pas facile à suivre, Sona leur remonte les bretelles et nous installons une corde fixe. Puis avec Hugues, Greg et Jean-Marc, nous descendons chercher les charges entraînant à notre suite tous les récalcitrants. Quand toutes les charges sont enfin au col, nous pouvons poursuivre notre route et descendre par un sentier bien marqué vers notre camp du soir. Le croquis de Sona correspond assez bien alors que la carte " Scheider " pas du tout. Il devrait nous rester 2 jours pour rejoindre Ringmo, et nous sommes encore dans les temps. Mais de nouveau, rien ne se passe comme prévu. Dès le milieu de matinée, nous sommes dans la purée de pois... dommage, car le paysage était splendide, des alpages avec beaucoup de bergeries et une vue plongeante sur le Solu. Pour le repas de midi, nous sommes à Luza, cette fois sans ambiguïté, puis nous suivons un bon sentier pour passer un col. Dans la descente, le temps passe et toujours pas d’emplacement de campement pour le soir. Chaque fois, " Pani chaina ! " (il n’y a pas d’eau) ! Nous continuons donc à descendre. En fin d’après midi, il faut prendre une décision : l’équipe de cuisine restera au dernier emplacement trouvé en espérant trouver de l’eau, même très loin, et en attendant les porteurs et Sona. De notre côté, nous continuons à descendre pour rejoindre directement Ringmo que nous atteindrons juste à la tombée de la nuit. Le 1er village et le 1er lodge après trois semaines de solitude dans les montagnes, la bière coule à flot !

Le lendemain matin, grasse matinée et petit déjeuner au soleil. Toute l'équipe est réunie au lodge avant midi. C’est journée de repos et grand nettoyage pour tout le monde. Le sentier pour Phaplu est un vrai enchantement. Voici enfin le Népal des villages et des campagnes.

La suite par contre est beaucoup moins drôle. Car, nous allons attendre notre avion pendant deux jours. Pluie et brouillard, et, comme à Lukla, l’attente n’a rien d’agréable. Puis, un matin de bonne heure, nous voici débarquant à Kathmandu. Il nous reste juste une journée pour les derniers achats, car notre vol part le lendemain après midi, et malheureusement, notre séjour tant attendu à Bakthapur tombe à l’eau.

Ainsi ce termine donc un peu trop rapidement notre deuxième séjour au Népal.

A notre retour, nous apprendrons que le jour même de notre départ de Phaplu, 300 Maoïstes ont attaqué la tour de contrôle, déclenchant une répression musclée de l’armée népalaise.

Pour nous, tout se termine donc pour le mieux. Nous avons tous fait un des sommets du Kwangde, certains ont vécu la difficulté et le plaisir de la technique alpine et nous avons exploré une vallée très sauvage, malgré sa proximité avec le Khumbu.

Une expérience intéressante en dehors des sentiers battus et riche d’enseignements :

Sur la nourriture d’altitude, qu’il est possible d’acheter à Kathmandu à part quelques liofs pour les accros et la charcuterie pour le moral, pour les petits sommets sans trop de jours d’altitude.

Sur la compétence d’un sirdar. Qu’il est agréable de travailler avec un vrai sirdar capable de gérer une équipe malgré l’absence totale d’information. Un argument en faveur des grandes agences...

Sur le cuisinier et son équipe. Même avec une équipe très expérimentée et de très bonnes relations, il faut absolument faire le suivi des déchets au camp de base sous peine de ce retrouver le dernier jour avec une situation ingérable. Un tri au jour le jour, une vérification quasi systématique et des choix indiscutables... pas si facile que ça, avec le poids des habitudes, de la religion... même avec 15 ans de Népal !

Sur la complexité des régions et des sommets sans des informations précises. Un côté aventureux très intéressant mais qui demande de l’énergie et du temps. Pas facile à gérer, ni pour nous, ni pour les népalais.

Sur l’intérêt d’une ascension vraiment en dehors des zones habitées. Personnellement, j’ai besoin d’une partie trek importante et riche pour rendre une ascension encore plus intéressante. Allez au Népal et me faire parachuter au camp de base, c’est passer à côté du peuple népalais et de sa richesse et c’était un peu le cas pour cette région de la Lumding Valley.

Sur la précision des cartes et des topos. Le recul glaciaire au Népal est bien réel et parfois très important. " Trekking peak au Népal " qui date d’environ 10 ans est maintenant, pour certains sommets, complètement faux et inutilisable.

Et en guise de conclusion, nous avons pu admirer, durant tout notre séjour dans la vallée, un très beau sommet avec une voie normale superbe, idéal pour une petite expé au Népal, le Teng Kangpoche, 6 500 m.

Il reste maintenant à faire le topo du Kwangde Lo et Nup... ce qui n’est pas une mince affaire.

Encore merci à Nicolas qui à fait le graphisme du tee shirt de l’expé.

 

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