"Au coeur du massif des Annapurnas, le
Sanctuaire est un lieu privilégié, magnifique
amphithéâtre de glaciers et de sommets avec,
en toile de fond la mythique face sud de l'Annapurna I. Nous
y accéderons par un trekking tout en douceur entre
collines et terrasses cultivées, jalonné par
de prospères villages gurungs. Depuis le Camp de Base
du Machhapuchhare, nous partirons plein nord vers une vallée
sauvage moins visitée.
Ce gigantesque cirque que forment le Glacier Dôme,
le Gargapurna, et l'Annapurna III, sera alors notre décor
lors de l'ascension du Singu Chuli. Celle-ci nécessitera
la mise en place de deux camps d'altitude, lui conférant
un véritable caractère d'expédition himalayenne.
Le nom, très évocateur, donné à
cette expédition peut surprendre, mais il en résume
toute la philosophie. Par l'aventure vécue de l'ascension
d'un sommet himalayen, nous souhaitons aborder toutes les
composantes d'une expédition en haute altitude, de
l'organisation, de la préparation, jusqu'à la
réalisation.
Pour que chaque participant puisse devenir réellement
autonome, avec une perception claire des problèmes
à résoudre pour plus tard organiser sa propre
expédition ou participer à l'ascension d'un
sommet plus important.
C'est donc une vraie expédition, mais doublée
d'une action de formation ambitieuse.
Ils étaient 10, 5 femmes et 5 hommes.
50 % de femmes, c’est à la fois surprenant et
particulièrement intéressant. 5 sont des clients
que je connaissais, et 5 sont nouveaux. Ils étaient
tous très motivés par l’aspect formation
de cette expédition.

Automne 1999, 11 personnes s’envolaient pour le Népal,
avec comme objectif le Singu Chuli et une expédition
bien particulière.
" Expédition, mode d’emploi " et "
les clefs de l’Himalaya " étaient nés
!
6 mois ont passé, tout le monde est rentré
et la vie a reprit son court, un article est même paru
dans Montagne Magazine. Un grand merci à Jocelyn Chavy,
qui nous a accompagné là-haut, chargé
de tout son matos.
Retour sur image,... Cette première concrétisation
du concept " d’expédition, mode d’emploi
" à été pour moi très riche
en péripéties et en expériences nouvelles.Elle
a surtout confirmé la pertinence et l’intérêt
de la formule.
Tous les participants se sont pris à ce jeu passionnant
d’organiser et de participer à leur propre expé
et l’ambiance en a été d’autant
plus enrichissante.
La préparation : elle a été particulièrement
importante avec 2 WE, l’un à La Grave, fin juin
; l’autre à Chamonix aux Cosmiques fin septembre.
Ces week end ont permis à l’ensemble des participants
de mieux se connaître sur le terrain, de prendre la
mesure du projet, de le modifier aussi, et de s’y impliquer.
C’est une des grandes différences avec une expé
« clefs en main ».
Du point de vue résultat brut, nous n’avons
pas atteint notre objectif principal qui était l’ascension
du Singu Chuli. C’était un objectif trop ambitieux,
surtout avec le choix de ne pas utiliser les services de porteurs
d’altitude.Nous n’avons pas réussi à
bien gérer et à bien vivre les portages nécessaires
et beaucoup ont souffert de l’altitude. De ce fait,
l'équipe s'est trouvée sensiblement réduite
et confrontée à la difficulté de l’équipement
de l’arête très cornichée.
Un début d’oeudème grave à nécessité
une évacuation rapide de la personne vers le bas, et
le temps disponible s’est encore réduit comme
une peau de chagrin.La décision a donc été
prise d’arrêter la progression sur le Singu, de
redescendre au Machapuchare Base Camp et de tenter le Tharpu
Chuli. Une sorte de lot de consolation, mais aussi un très
beau sommet.Une petite équipe a préféré
redescendre par les chemins de traverse et les autres se sont
retrouvé sans problème au sommet du Tharpu Chuli,
au cœur du Sanctuaire.
L’article paru dans M.M. n°
236 du mai 2000, donne un peu l’ambiance de ce voyage,
et surtout l’opinion des participants.
Ce que j'ai appris, plus particulièrement,
durant cette aventure :
- Le plus important... Le véritable rôle des
porteurs d’altitude, " les climbing sherpas ".
En Himalaya, conjuguer altitude et difficulté, sans
porteur d’altitude, est soit réservé
à des martiens ou à des gens très motivés
par le portage, soit nécessite le double de temps,
avec les problèmes de motivation que cela sous entend.
- La difficulté et les risques des portages un peu
lourds en début de période d’acclimatation...
Attention, DANGER. Le poids du sac et notre capacité
à le porter n’est vraiment pas la même
en altitude.
- L’importance des grandes tentes ( de 3 ou 4 personnes
à la place des tentes de 2 ) dans les camps d’altitude,
pour permettre une meilleure ambiance, plus de sécurité,
de vrais échanges et des prises de décision
plus collégiales.
- La taille du groupe, qui ne devrait pas dépasser
8 personnes. C’est simplement le nombre de personnes
qui peuvent tenir autour d’une table pour discuter
tous ensemble et s’organiser.
- L’importance de partir en binôme, couple ou
copain, pour avoir quelqu’un de proche dans les coups
durs et pour pouvoir s’épauler mutuellement.
- Le fonctionnement générale " d’expé,
mode d’emploi " est fondamentalement différent
des autres expéditions que j’ai pu encadrées,
m’obligeant à une adaptation radicale, mais
oh combien enrichissante !
C'est une expédition qui resta pour moi, longtemps
gravé dans ma mémoire,... une petite pierre
blanche.
C'est un trekking peak de la liste A, donc avec des formalités
simplifiées et un coût de royalties réduit.
Il se trouve dans le massif des Annapurnas, au cœur du
sanctuaire.
Plusieurs itinéraires sont possibles à partir
du camp de base, à 4 500 m. Ces voies sont principalement
en neige, très cornichées sur les arêtes,
la difficulté est comprise entre AD et D.
Cette difficulté est à replacer dans le contexte
de la haute altitude tout en tenant compte de l'aide apportée
par les cordes fixes. Avec équipement en cordes fixes
: arête sud, AD., deux camps d'altitude, l'un à
5 200 m. l'autre aux environs de 6000 m. En technique alpine
ou semi-alpine : couloir sud-ouest, AD+/D.
L'engagement est important en raison de l'altitude.
L'acclimatation peut s'effectuer soit sur la montagne elle-même,
soit sur un sommet voisin, le Tharpu Chuli, 5 500 m., accessible
depuis le camp I (ou camp de base avancé) de l'arête
sud.
La marche d'approche depuis Pokhara est relativement simple
et courte.
Nous n'utiliserons pas les services de porteurs d'altitude,
ni bien sûr d'oxygène, laissant ainsi à
la montagne toute sa dimension. "

La marche dapproche du sanctuaire :
Cest avant tout une véritable randonnée
denviron une semaine dans une région très
agréable et largement équipée dinfrastructures
touristiques.
Depuis Pokhara, laccès au sanctuaire est des
plus simple, il suffit de remonter la vallée de la
Modi Khola. Mais plusieurs portes sont possibles.
La plus expéditive, directement le long de la rivière.
En bus jusquau « New Bridge » de Birethanti,
puis Ghandrung et Chomrong. Une nuit à Birethanti ou
dans les environs est préférable, car le lendemain
ça grimpe et cest au soleil ! A choisir plutôt
au retour.
Le chemin des colines, avec un petit col à traverser
pour rejoindre la vallée. En bus jusqu'à Phedi,
puis Dhampus ou Pothana, Landrung et Chomrong. Cest
le chemin classique.
Un itinéraire en balcon en dehors des sentiers de
randonnée. En bus jusqu'à Lumle, puis Chamdrakot,
Landrung par Bichok, puis Chomrong. Cest litinéraire
que je préfère par la diversité des lieux
traversés.
Chomrong marque la fin des zones cultivées et des
villages, et il faut deux jours pour rejoindre Machapuchare
Base Camp avec un stop à New Doban. En remontant la
vallée, qui devient boisée vous ne trouverez
plus que des hameaux de lodges, qui ont été
regroupées par lACAP pour des problèmes
de protection de lenvironnement et de sécurité
à cause des avalanches de lhiver et du printemps.
En bref, quelques chiffres, pour l`itinéraire en balcon
:
- J1 : Pokhara, Lumle, Chandrakot 1580 m, plat népalais
!, bus et 1 h de marche.
- J2 : Chandrakot, Bishok, Landrung 1640 m, 700 m. de dénivelé,
4 h 30.
- J3 : New Bridge 1340 m, Chomrong 2170 m, 950 m de dénivelé,
3 h 30.
- J4 : Chomrong Khola 1900 m, Bamboo, New Doban 2500 m,
900 m de déniv, 4 h.
- J5 : Himalaya, Deurali, Macchapucchare base camp 3700
m, 1200 m de dénivelé, 4 h. C`est ici que
se sèparent les accès aux deux camps de base.
Le Tharpu Chuli, 5500 m
- Le camp de base du Tharpu est situé en face
des lodges de lAnnapurna base camp, de lautre
coté du glacier sur une banquette herbeuse à
gauche des gorges les plus à lEst. Depuis MBC
, prendre le sentier de lABC et juste avant les lodges,
monter sur la moraine, cairns et pancarte, pour pouvoir
descendre sur le glacier (un peu raide). Le petit sentier
sur le glacier recouvert de pierres est assez bien marqué
puis il faut remonter directement la gorge constituée
de gros blocs et déboulis. Cet accès
est susceptible de modification en fonction des effondrements
des moraines, mais il est régulièrement fréquenté.
- Le camp I , environ 5000 m., se situe à
proximité immédiate du glacier qui descend
du Tharpu, sur le dos dune moraine ( grand cairn et
nombreux emplacements ), le sentier pour y accéder
est bien marqué, et débute dans de grandes
pentes herbeuses raides, qui peuvent être problématiques
en cas de chutes de neige. Du camp 1, en une heure rejoindre
le grand glacier plat puis le traverser en direction dun
col donnant accès à larête Nord.
Ce col est une grande pente de 200 m.à 40, très
large et strièe de petits couloirs.
- La voie normale, l`arête Nord-Est, peut être
cotée PD neige, un peu l`ambiance des Dômes
de Miage mais avec un accès plus raide. Facilement
rèalisable en technique alpine. Certains groupes
installent des cordes fixes dans la pente daccès
au col, parfois même au-dessus (200 m + 100 m). Il
est aussi possible d`installer un camp d`altitude à
ce col pour vivre encore plus au coeur du sanctuaire.
Le materiel d`alpinime est classique d`une course de neige,
PD, éventuellement avec deux pieux à neige en
plus, en cas.
Cest vraiment une très belle ascension qui mérite
largement dêtre mieux connue et fréquentée,
malgré son altitude peu importante.
Le Singu Chuli, 6051 m
- Le camp de base du Singu, par sa difficultè
d`accès est un changement radical de monde. Les grands
sentiers se sont transformès en petites sentes vertigineuses,
la solitude et lengagement sont bien réels.
-
Juste derrière les lodges de Macchapucchare Base
Camp, monter sur le sommet de la moraine et plonger vers
le glacier de lAnnapurna sud, raide et très
exposé, surtout pour des porteurs en tongues. Les
traces de sentiers permettent de traverser le glacier
et de rejoindre une banquette herbeuse très étroite
qui sengage dans la gorge venant du glacier du Gangapurna.
Le passage se transforme en une vire rocheuse très
exposée puis en une large cheminée qu`il
faut descendre ( équipement en cordes fixes indispensable
pour les porteurs, pitons en place). En sortant de la
gorge, remonter la première moraine à gauche
qui permet de prendre pied sur les pentes dherbe
au-dessus du glacier recouvert de pierre venant du Glacier
Dôme. Presque horizontalement, remonter cette rive
droite de la vallée jusquau Camp de base
situé sur un large replat, très belle vue
sur le Singu Chuli. Cest une longue journée,
6 à 8 h, nécessitant une préparation
de la partie rocheuse, la veille.
Au printemps, la neige, encore présente sous forme
de gros culots davalanche au-dessus de la rivière
permet déviter le passage descalade
et de remonter directement la grande gorge impressionnante.
Le sentier (!) démarre alors à laplomb
de la petite station météo en aval du M
BC. La neige complique aussi les traversées dans
les grandes pentes après la gorge, et il faudra
certainement remonter le glacier en son centre et trouver
un accès dans la moraine pour rejoindre lemplacement
du camp de base. Il est parfois nécessaire de couper
cette étape en deux.
- Pour gravir la voie normale il faut au minimum 2 camps
d`altitude.
- Le camp 1 se situe juste au début du
glacier, sur de petites moraines de cailloux. Du CB,
longer le grand plat vers le nord et remonter le dernier
éperon herbeux, jusqu`au glacier et à
proximité d´une barre rocheuse.
- Pour rejoindre le camp 2, longer au mieux la
face sud-est par une succession de petits plateaux,
la dernière pente se redresse pour former un
petit couloir de neige à 40 (rimaye). Le camp
est à proximité de l`arête vers
5900 m. Pour choisir son emplacement, ne pas oublier
le risque d´avalanches.
- La voie normale, l´arête sud-ouest, peut être
cotèe D/TD en neige. Elle n'a pas d`équivalent
dans les Alpes et seules les Andes proposent des parcours
d`arête avec un échafaudage aussi complexe
de corniches et de neige sans cohésion.
La première partie de l`arête ne pose pas de
problème, mais très vite des corniches compliquent
la progression et la pose de cordes fixes est rendue difficile
par la qualité douteuse des ancrages.
Pour le matériel d´alpinisme, deux piolets techniques
sont nécessaires en plus de l´équipement
classique. Il faut aussi prévoir environ 2000
m de corde fixe et 50 pieux à neige, plus
une quinzaine de broches.
Il ne faut surtout pas sous-estimer le temps nécessaire
à la pose de cet équipement, ni celui pour l`enlever,
au moins en partie.
Et si ce parcours est tentant en technique alpine, il faut
savoir que le retour peut poser autant de problèmes
que l'ascension.
La traversée de l`arête entre le Singu Chuli
et le Tharpu Chuli
C`est vraiment la course phare du sanctuaire, après
la voie Bonningthon de la face sud, bien sûr. !!!
Un peu comme la traversèe Miage- Bionassay- Mt Blanc,
mais à 5500/6000 m., sans refuge et loin de tout. La
difficultè est encore abordable, PD+/AD neige avec
quelques passages rocheux et l`ambiance est extraordinaire.
Il semble préférable de parcourir cette arête
à la descente depuis le camp 2 du Singu Chuli, pour
terminer en beauté au sommet du Tharpu Chuli. Un camp
d`altitude sur l`arête est nécessaire, plus un
deuxième dans la descente, avant de rejoindre les lodges
de l`ABC.
Pendant ce temps, l`équipe népalaise aura évacuée
le camp de base du Singu pour un rendez-vous avec vous dans
la descente du Tharpu.
Le materiel d`alpinisme est identique à celui d`une
course de niveau identique dans les Alpes.
Beaucoup d'autres voies existent sur ces "petites montagne",
mais vous avez maintenant quelques clefs pour partir à
leur decouverte.
Une conclusion en clin d`oeil à Bernard AMY, pour
preserver encore notre jeu et le beau "regard d`Adam".
Bon voyage...
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