Le Singu Chuli et le Tharpu Chuli
du 7 novembre au 4 décembre 1999


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"Au coeur du massif des Annapurnas, le Sanctuaire est un lieu privilégié, magnifique amphithéâtre de glaciers et de sommets avec, en toile de fond la mythique face sud de l'Annapurna I. Nous y accéderons par un trekking tout en douceur entre collines et terrasses cultivées, jalonné par de prospères villages gurungs. Depuis le Camp de Base du Machhapuchhare, nous partirons plein nord vers une vallée sauvage moins visitée.

Ce gigantesque cirque que forment le Glacier Dôme, le Gargapurna, et l'Annapurna III, sera alors notre décor lors de l'ascension du Singu Chuli. Celle-ci nécessitera la mise en place de deux camps d'altitude, lui conférant un véritable caractère d'expédition himalayenne.

Le nom, très évocateur, donné à cette expédition peut surprendre, mais il en résume toute la philosophie. Par l'aventure vécue de l'ascension d'un sommet himalayen, nous souhaitons aborder toutes les composantes d'une expédition en haute altitude, de l'organisation, de la préparation, jusqu'à la réalisation.

Pour que chaque participant puisse devenir réellement autonome, avec une perception claire des problèmes à résoudre pour plus tard organiser sa propre expédition ou participer à l'ascension d'un sommet plus important.

C'est donc une vraie expédition, mais doublée d'une action de formation ambitieuse.

 

Ils étaient 10, 5 femmes et 5 hommes.

50 % de femmes, c’est à la fois surprenant et particulièrement intéressant. 5 sont des clients que je connaissais, et 5 sont nouveaux. Ils étaient tous très motivés par l’aspect formation de cette expédition.

Automne 1999, 11 personnes s’envolaient pour le Népal, avec comme objectif le Singu Chuli et une expédition bien particulière.
" Expédition, mode d’emploi " et " les clefs de l’Himalaya " étaient nés !

6 mois ont passé, tout le monde est rentré et la vie a reprit son court, un article est même paru dans Montagne Magazine. Un grand merci à Jocelyn Chavy, qui nous a accompagné là-haut, chargé de tout son matos.

Retour sur image,... Cette première concrétisation du concept " d’expédition, mode d’emploi " à été pour moi très riche en péripéties et en expériences nouvelles.Elle a surtout confirmé la pertinence et l’intérêt de la formule.

Tous les participants se sont pris à ce jeu passionnant d’organiser et de participer à leur propre expé et l’ambiance en a été d’autant plus enrichissante.

La préparation : elle a été particulièrement importante avec 2 WE, l’un à La Grave, fin juin ; l’autre à Chamonix aux Cosmiques fin septembre. Ces week end ont permis à l’ensemble des participants de mieux se connaître sur le terrain, de prendre la mesure du projet, de le modifier aussi, et de s’y impliquer. C’est une des grandes différences avec une expé « clefs en main ».

Du point de vue résultat brut, nous n’avons pas atteint notre objectif principal qui était l’ascension du Singu Chuli. C’était un objectif trop ambitieux, surtout avec le choix de ne pas utiliser les services de porteurs d’altitude.Nous n’avons pas réussi à bien gérer et à bien vivre les portages nécessaires et beaucoup ont souffert de l’altitude. De ce fait, l'équipe s'est trouvée sensiblement réduite et confrontée à la difficulté de l’équipement de l’arête très cornichée.

Un début d’oeudème grave à nécessité une évacuation rapide de la personne vers le bas, et le temps disponible s’est encore réduit comme une peau de chagrin.La décision a donc été prise d’arrêter la progression sur le Singu, de redescendre au Machapuchare Base Camp et de tenter le Tharpu Chuli. Une sorte de lot de consolation, mais aussi un très beau sommet.Une petite équipe a préféré redescendre par les chemins de traverse et les autres se sont retrouvé sans problème au sommet du Tharpu Chuli, au cœur du Sanctuaire.
L’article paru dans M.M. n° 236 du mai 2000, donne un peu l’ambiance de ce voyage, et surtout l’opinion des participants.

Ce que j'ai appris, plus particulièrement, durant cette aventure :

  1. Le plus important... Le véritable rôle des porteurs d’altitude, " les climbing sherpas ". En Himalaya, conjuguer altitude et difficulté, sans porteur d’altitude, est soit réservé à des martiens ou à des gens très motivés par le portage, soit nécessite le double de temps, avec les problèmes de motivation que cela sous entend.
  2. La difficulté et les risques des portages un peu lourds en début de période d’acclimatation... Attention, DANGER. Le poids du sac et notre capacité à le porter n’est vraiment pas la même en altitude.
  3. L’importance des grandes tentes ( de 3 ou 4 personnes à la place des tentes de 2 ) dans les camps d’altitude, pour permettre une meilleure ambiance, plus de sécurité, de vrais échanges et des prises de décision plus collégiales.
  4. La taille du groupe, qui ne devrait pas dépasser 8 personnes. C’est simplement le nombre de personnes qui peuvent tenir autour d’une table pour discuter tous ensemble et s’organiser.
  5. L’importance de partir en binôme, couple ou copain, pour avoir quelqu’un de proche dans les coups durs et pour pouvoir s’épauler mutuellement.
  6. Le fonctionnement générale " d’expé, mode d’emploi " est fondamentalement différent des autres expéditions que j’ai pu encadrées, m’obligeant à une adaptation radicale, mais oh combien enrichissante !

C'est une expédition qui resta pour moi, longtemps gravé dans ma mémoire,... une petite pierre blanche.


C'est un trekking peak de la liste A, donc avec des formalités simplifiées et un coût de royalties réduit. Il se trouve dans le massif des Annapurnas, au cœur du sanctuaire.

Plusieurs itinéraires sont possibles à partir du camp de base, à 4 500 m. Ces voies sont principalement en neige, très cornichées sur les arêtes, la difficulté est comprise entre AD et D.

Cette difficulté est à replacer dans le contexte de la haute altitude tout en tenant compte de l'aide apportée par les cordes fixes. Avec équipement en cordes fixes : arête sud, AD., deux camps d'altitude, l'un à 5 200 m. l'autre aux environs de 6000 m. En technique alpine ou semi-alpine : couloir sud-ouest, AD+/D.

L'engagement est important en raison de l'altitude.

L'acclimatation peut s'effectuer soit sur la montagne elle-même, soit sur un sommet voisin, le Tharpu Chuli, 5 500 m., accessible depuis le camp I (ou camp de base avancé) de l'arête sud.

La marche d'approche depuis Pokhara est relativement simple et courte.

Nous n'utiliserons pas les services de porteurs d'altitude, ni bien sûr d'oxygène, laissant ainsi à la montagne toute sa dimension. "

La marche d’approche du sanctuaire :

C’est avant tout une véritable randonnée d’environ une semaine dans une région très agréable et largement équipée d’infrastructures touristiques.

Depuis Pokhara, l’accès au sanctuaire est des plus simple, il suffit de remonter la vallée de la Modi Khola. Mais plusieurs portes sont possibles.

La plus expéditive, directement le long de la rivière. En bus jusqu’au « New Bridge » de Birethanti, puis Ghandrung et Chomrong. Une nuit à Birethanti ou dans les environs est préférable, car le lendemain ça grimpe et c’est au soleil ! A choisir plutôt au retour.

Le chemin des colines, avec un petit col à traverser pour rejoindre la vallée. En bus jusqu'à Phedi, puis Dhampus ou Pothana, Landrung et Chomrong. C’est le chemin classique.

Un itinéraire en balcon en dehors des sentiers de randonnée. En bus jusqu'à Lumle, puis Chamdrakot, Landrung par Bichok, puis Chomrong. C’est l’itinéraire que je préfère par la diversité des lieux traversés.

Chomrong marque la fin des zones cultivées et des villages, et il faut deux jours pour rejoindre Machapuchare Base Camp avec un stop à New Doban. En remontant la vallée, qui devient boisée vous ne trouverez plus que des hameaux de lodges, qui ont été regroupées par l’ACAP pour des problèmes de protection de l’environnement et de sécurité à cause des avalanches de l’hiver et du printemps.

En bref, quelques chiffres, pour l`itinéraire en balcon :

  • J1 : Pokhara, Lumle, Chandrakot 1580 m, plat népalais !, bus et 1 h de marche.
  • J2 : Chandrakot, Bishok, Landrung 1640 m, 700 m. de dénivelé, 4 h 30.
  • J3 : New Bridge 1340 m, Chomrong 2170 m, 950 m de dénivelé, 3 h 30.
  • J4 : Chomrong Khola 1900 m, Bamboo, New Doban 2500 m, 900 m de déniv, 4 h.
  • J5 : Himalaya, Deurali, Macchapucchare base camp 3700 m, 1200 m de dénivelé, 4 h. C`est ici que se sèparent les accès aux deux camps de base.

Le Tharpu Chuli, 5500 m

  • Le camp de base du Tharpu est situé en face des lodges de l’Annapurna base camp, de l’autre coté du glacier sur une banquette herbeuse à gauche des gorges les plus à l’Est. Depuis MBC , prendre le sentier de l’ABC et juste avant les lodges, monter sur la moraine, cairns et pancarte, pour pouvoir descendre sur le glacier (un peu raide). Le petit sentier sur le glacier recouvert de pierres est assez bien marqué puis il faut remonter directement la gorge constituée de gros blocs et d’éboulis. Cet accès est susceptible de modification en fonction des effondrements des moraines, mais il est régulièrement fréquenté.

  • Le camp I , environ 5000 m., se situe à proximité immédiate du glacier qui descend du Tharpu, sur le dos d’une moraine ( grand cairn et nombreux emplacements ), le sentier pour y accéder est bien marqué, et débute dans de grandes pentes herbeuses raides, qui peuvent être problématiques en cas de chutes de neige. Du camp 1, en une heure rejoindre le grand glacier plat puis le traverser en direction d’un col donnant accès à l’arête Nord. Ce col est une grande pente de 200 m.à 40, très large et strièe de petits couloirs.

  • La voie normale, l`arête Nord-Est, peut être cotée PD neige, un peu l`ambiance des Dômes de Miage mais avec un accès plus raide. Facilement rèalisable en technique alpine. Certains groupes installent des cordes fixes dans la pente d’accès au col, parfois même au-dessus (200 m + 100 m). Il est aussi possible d`installer un camp d`altitude à ce col pour vivre encore plus au coeur du sanctuaire.

Le materiel d`alpinime est classique d`une course de neige, PD, éventuellement avec deux pieux à neige en plus, en cas.

C’est vraiment une très belle ascension qui mérite largement d’être mieux connue et fréquentée, malgré son altitude peu importante.

Le Singu Chuli, 6051 m

  • Le camp de base du Singu, par sa difficultè d`accès est un changement radical de monde. Les grands sentiers se sont transformès en petites sentes vertigineuses, la solitude et l’engagement sont bien réels.

  • Juste derrière les lodges de Macchapucchare Base Camp, monter sur le sommet de la moraine et plonger vers le glacier de l’Annapurna sud, raide et très exposé, surtout pour des porteurs en tongues. Les traces de sentiers permettent de traverser le glacier et de rejoindre une banquette herbeuse très étroite qui s’engage dans la gorge venant du glacier du Gangapurna.

    Le passage se transforme en une vire rocheuse très exposée puis en une large cheminée qu`il faut descendre ( équipement en cordes fixes indispensable pour les porteurs, pitons en place). En sortant de la gorge, remonter la première moraine à gauche qui permet de prendre pied sur les pentes d’herbe au-dessus du glacier recouvert de pierre venant du Glacier Dôme. Presque horizontalement, remonter cette rive droite de la vallée jusqu’au Camp de base situé sur un large replat, très belle vue sur le Singu Chuli. C’est une longue journée, 6 à 8 h, nécessitant une préparation de la partie rocheuse, la veille.

    Au printemps, la neige, encore présente sous forme de gros culots d’avalanche au-dessus de la rivière permet d’éviter le passage d’escalade et de remonter directement la grande gorge impressionnante. Le sentier (!) démarre alors à l’aplomb de la petite station météo en aval du M BC. La neige complique aussi les traversées dans les grandes pentes après la gorge, et il faudra certainement remonter le glacier en son centre et trouver un accès dans la moraine pour rejoindre l’emplacement du camp de base. Il est parfois nécessaire de couper cette étape en deux.

  • Pour gravir la voie normale il faut au minimum 2 camps d`altitude.

    • Le camp 1 se situe juste au début du glacier, sur de petites moraines de cailloux. Du CB, longer le grand plat vers le nord et remonter le dernier éperon herbeux, jusqu`au glacier et à proximité d´une barre rocheuse.

    • Pour rejoindre le camp 2, longer au mieux la face sud-est par une succession de petits plateaux, la dernière pente se redresse pour former un petit couloir de neige à 40 (rimaye). Le camp est à proximité de l`arête vers 5900 m. Pour choisir son emplacement, ne pas oublier le risque d´avalanches.

  • La voie normale, l´arête sud-ouest, peut être cotèe D/TD en neige. Elle n'a pas d`équivalent dans les Alpes et seules les Andes proposent des parcours d`arête avec un échafaudage aussi complexe de corniches et de neige sans cohésion.
    La première partie de l`arête ne pose pas de problème, mais très vite des corniches compliquent la progression et la pose de cordes fixes est rendue difficile par la qualité douteuse des ancrages.

Pour le matériel d´alpinisme, deux piolets techniques sont nécessaires en plus de l´équipement classique. Il faut aussi prévoir environ 2000 m de corde fixe et 50 pieux à neige, plus une quinzaine de broches.

Il ne faut surtout pas sous-estimer le temps nécessaire à la pose de cet équipement, ni celui pour l`enlever, au moins en partie.

Et si ce parcours est tentant en technique alpine, il faut savoir que le retour peut poser autant de problèmes que l'ascension.

La traversée de l`arête entre le Singu Chuli et le Tharpu Chuli

C`est vraiment la course phare du sanctuaire, après la voie Bonningthon de la face sud, bien sûr. !!!

Un peu comme la traversèe Miage- Bionassay- Mt Blanc, mais à 5500/6000 m., sans refuge et loin de tout. La difficultè est encore abordable, PD+/AD neige avec quelques passages rocheux et l`ambiance est extraordinaire.

Il semble préférable de parcourir cette arête à la descente depuis le camp 2 du Singu Chuli, pour terminer en beauté au sommet du Tharpu Chuli. Un camp d`altitude sur l`arête est nécessaire, plus un deuxième dans la descente, avant de rejoindre les lodges de l`ABC.

Pendant ce temps, l`équipe népalaise aura évacuée le camp de base du Singu pour un rendez-vous avec vous dans la descente du Tharpu.

Le materiel d`alpinisme est identique à celui d`une course de niveau identique dans les Alpes.

Beaucoup d'autres voies existent sur ces "petites montagne", mais vous avez maintenant quelques clefs pour partir à leur decouverte.

Une conclusion en clin d`oeil à Bernard AMY, pour preserver encore notre jeu et le beau "regard d`Adam".

Bon voyage...

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