PUNGYEN
le vrai nom du Manaslu !





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Dernière mise à jour le Mardi 11 août 2009



Par Etienne Principaud, élévateur de niveau culturel...
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Le texte est bâti à partir de traductions (personnelles) de l’ouvrage de Geoff Childs : Tibetan diary.
Les photos sont tirées de son site et d'une page consacré à son livre
sauf les 2 photos (la gompa et le lac) qui sont de moi.

 

manaslu

dPung rgyan - Pungyen

Très haut, au dessus du village de Sama se dresse la divinité que les habitants appellent Pungyen et que nous connaissons sous le nom népali de Manaslu (la montagne de l’âme)* .

Des peintures sur les murs du temple du village représentent cette divinité guerrière, [dGra lha] portant un turban blanc, brandissant une épée, monté sur un cheval blanc et tenant dans sa main gauche le « précieux joyau ».
Il est invoqué et prié par la population,pour qu'il les protége des esprits maléfiques qui rodent aux abords du village. S’il est mécontent, il enverra tempêtes et avalanches détruirent les demeures et les champs des malheureux villageois.

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*A noter que l’on trouve sur Wikipedia et sur d’innombrables sites reprenant Wikipedia, le terme Kutang comme traduction tibétaine de Manaslu alors que Kutang se réfère à la région et au massif montagneux située de part et d’autre de la vallée de la Buddhi Gandaki en aval de la haute Nubri où se dresse Pungyen/Manaslu.

Pungyen signifie littéralement « grand nombre (dPung) d’ornements (rgyan) ». Il ne faut pas comprendre cela seulement par : amoncellement de terres, de rocs et de séracs, mais surtout par amoncellement d’enseignements religieux, monde de richesses lieu où vivent une multitude d’animaux.
Il faut regarder, au soleil levant, la lumière qui orne la montagne. Elle est le palais divin du Seigneur Pungyen, de sa femme et de son fils.

Cette montagne, le dieu local [yul lha] de Sama, a toujours été vénérée par les habitants qui lui rendent hommage en ces termes.

« Je m’incline devant le protecteur de notre terre,
le grandiose et enneigé mont Pungyen,
situé de façon propice à la frontière du Tibet et du Népal.
En accord avec les prophéties du seigneur Bouddha,
il a un jour surgi du sol, le roi de toutes les montagnes.
De l'extérieur la montagne ressemble à un chorten*
fait de lumière se réfractant au travers d’un cristal de roche.
A l’intérieur réside le seigneur Pungyen et sa cour divine
se reflétant parfaitement comme à travers un miroir.
Depuis la demeure des divinités (lhas), dans les hauteurs
la montagne descend vers la terre comme un chöten.
Depuis le monde souterrain des nagas
la montagne se dresse haute dans le ciel, comme un joyau.
Le protecteur, le seigneur Pungyen, vit ici comme un roi dans le monde intermédiaire**.
Je m’incline avec respect devant celui qui réside sur cette merveilleuse montagne. »
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* Le terme tibétain transcrit en écriture romaine (Wylie) est « mchod rten ».
Si l’on adopte les conventions de trans littération (THL simplified phonetic transcription of standard Tibetan),
- Les lettres non prononcées dans un syllabe donnée sont supprimées (ici les consonnes de début, m et r ainsi que la lettre de fin d.
-    Quand la voyelle o est suivie par un d elle est prononcée ö (comme dans eu)
-     Par ailleurs les mots disyllabiques sont rendus par un seul mot.
On obtient donc à partir de mchod rten, le mot chöten et non pas chörten, terme que l’on retrouve dans toute la littérature comme équivalent tibétain du stupa indien.
** : référence aux trois étages du monde.

De nombreux sites, (108 selon la tradition, chiffre sacré dans le bouddhisme*) dispersés aux alentours du village et sur les hauteurs où se seraient déroulés des événements miraculeux sont consacrés à la vénération du seigneur Pungyen..
Le plus célèbre d’entre eux étant Pungyen gomba, monastère érigé dans la plaine où paissent l’été les troupeaux de yacks et de dzos de Sama.
Mais c’est aussi un éboulis situé au flanc de la montagne au dessus du lac (Birendra tal) où les habitants trouvent de façon miraculeuse de l’herbe pour leurs animaux quand les chemins des alpages sont coupés par les intempéries.

 

                                                                 

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* En référence aux 108 épreuves qu’a subi le Bouddha pour atteindre l’illumination
C’est aussi : les 108 passions que doit surmonter le fidèle afin de se rapprocher de son idéal de méditation et d’ascétisme; les 108 mudra (gestes rituels) dans le Tantra ; les 108 positions corporelles dans le Yoga ; les 108 grains du mala, le chapelet bouddhique, les 108 textes sacrés cachés par Padmasambavha….

Pungyen est  présent dans de nombreux aspects de la vie spirituelle, sociale et économique du village.
Trois fois par an, les villageois se réunissent pour offrir des offrandes à Pungyen.
Ces jours là, un jeune homme transporte un assemblage de branches de bouleau de maison en maison. Chaque famille attache aux branches, une bourre de laine, un morceau de beurre et une écharpe blanche. A travers ces cadeaux, ils offrent au protecteur des offrandes symboliques pour se nourrir, se vêtir et un vœu de bonne fortune. Par ailleurs ils offrent au jeune homme de l’arak, si bien qu’à la fin de sa tournée, il a le plus grand mal à tenir droit le tronc de l’arbre. trois hommes l’attendent devant le cairn (lha-tho) dédié à Pungyen. Le tronc est alors dressé au sommet du lha-tho.
Des offrandes sont alors offertes au dieu (yul lha gsol). Ces hommes (appelés Pajo ; [dPa’-jo]) ne sont pas des moines mais des représentants des clans de Sama (gyupa ; [rgyud-pa]) dont la mission est de réaliser des offrandes à la divinité du lieu.
Les divinités sont tout d’abord incitées par des prières à venir occuper temporairement un « torma » [gtor ma}, gâteau conique faite de tsampa [tsam-pa] placé sur un autel. Elle sont alors honorées par des dons de nourriture, de liqueur, des fumigations de genévrier [lha bsangs]. Un torma particulier est réalisé en l’honneur de Pungyen et d’autres en l’honneur de sa compagne et de son fils.
Outre ces trois cérémonie, d’autres traditions se réfèrent à Pungyen.
Chaque année, un yack blanc  sur les flancs duquel est peinte une selle ornée d’une svastika est renvoyé vers les hauteurs sauvages. Il devient la propriété du seigneur Pungyen. En échange, celui-ci protégera les habitants du village.



Un autre rite d’apaisement est la grande course annuelle de chevaux qui se déroule le troisième jour du troisième mois du calendrier lunaire tibétain (habituellement en avril ou Mai)*. Cette course fournirait au dieu une diversion amusante.
Avant la course, les acteurs se réunissent devant un autel abrité sous une tente au milieu de la prairie et honorent le dieu par des prières et en brûlant de l’encens.

Une de ces prières a été traduite :

« Cette montagne est comme la lune montante
c’est la plus sacrée de toutes les divinités du lieu
cette grande montagne qui ressemble au précieux joyau
est comme un nuage au coeur d'un arc en ciel
Elle est comme une fine bruine
qui aurait l’éclat d’une fleur
et dont les pentes diffuseraient des senteurs enivrantes.
Elle bourdonne comme le chant de l’abeille
et envoie au loin une myriade de sons mélodieux.
Des torrents tumultueux cascadent le long de ses flancs
formant des mares d’eau cristalline.
L’appel du vautour porte loin dans l’air pur
entraînant la fuite précipitée des chèvres sauvages.
En ce lieu saint et merveilleux
notre père Pungyen, accompagné de son épouse, de son fils et de sa cour
est assis sur un trône de lotus, sur un disque solaire, sur un disque de lune. »

 

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* Pour la description détaillée d’une cérémonie similaire voir l’article de Christian Schicklgruber ; Race, win and please the gods : Horse race and Yul Lha worship in Dolpo. In Tibetan mountains deities, Their cults and reprentations. Wien, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, p. 99 –108 ; A.M. Blondeau (ed.).


Toutes les fumées qui s’échappent des foyers de Sama sont une offrande pour Pungyen.
Très fréquemment du genévrier est brûlé en tant qu’offrande au dieu.
Inversement, les villageois préfèrent faire bouillir la viande dans un poêle plutôt que de la faire rôtir su un feu, car la fumée noir et graisseuse offenserait la divinité. De nombreuses personnes citent un précédent désastreux : lors d’une expédition coréenne au Manaslu, dans les années 70, les grimpeurs ne respectèrent pas cet interdit. Le dieu Pungyen mécontent aurait alors causé la perte de plusieurs grimpeurs.

Dans le même ordre d’idée, après la première tentative japonaise d’ascension du Manaslu,  une avalanche descendue des flancs de la montagne détruisit le monastère de Pungyen situé à 1 heure de Sama, tuant plusieurs nonnes. L’année suivante, quand les villageois virent revenir les japonais pour une deuxième tentative, ils leur refusèrent l’accès au sommet.

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Le texte est bâti, à partir de traductions (personnelles) de l’ouvrage de Geoff Childs : Tibetan diary. Les photos sont tirées de son site http://www.artsci.wustl.edu/~anthro/blurb/b_childs.html http://www.artsci.wustl.edu/~gchilds/Tibetan%20Diary/7.3/index.html , sauf les 2 photos p3 qui sont de moi

 

 

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