Mustang Phu
L'incroyable voyage
Quelques mots... à l'automne 2008




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Bonne lecture et bon voyage.

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Dernière modification le 6 janvier 2009


Himalaya – Terre de refuge(s)
Par Pascal

[Ghungsi]
A mes yeux, l’Himalaya représente l’archétype des régions reculées, d’accès difficile, aux conditions extrêmes. Qui pour ces raisons, abrite les refuges ultimes de populations persécutées, et offre des retraites idéales aux hommes recherchant l’isolement.
Les hautes vallées, et en particulier le Mustang, se présentent comme un monastère à ciel ouvert, à la riche histoire mais où les seules traces écrites sont les paroles des éveillés, le reste étant au fond si peu important… L’expression « sacred landscape » s’impose d’elle-même chaque fois que l’on croise une gompa ou un shorten.
Une fois acquis le bon état d’esprit, il sera alors impossible de résister à la tentation de faire un détour, même long, juste pour aller rendre une visite de 15 minutes à un moine solitaire, tel celui qui maintient la gompa de Chungsi en si bon état.

[camp du Saribung-La]
C’est sans surprise que les montagnes de l’Himalaya représentent un refuge idéal pour un citadin. Ce n’est pas l’exploit sportif, mais l’engagement et l’isolement dans des paysages grandioses qui nous apportent un remède contre les sur-sollicitations professionnelles, ou tout simplement dues à la densité de population trop forte en banlieue. « Là-bas », on peut s’imprégner petit à petit de l’ambiance de haute montagne, s’immerger aussi efficacement que si on faisait de la plongée. « Là-bas » on prend son temps. « Là-bas » un peu plus qu’ailleurs, on peut partager, sans même parler (my tailor is rich, mais mon anglais est pauvre), le sourire et de petits gestes suffisent largement s’ils sont sincères…

 

[Interlude au Ravens deposit camp]
Une belle leçon d’humilité : c’est en effet avec beaucoup d’optimisme que Vincent et moi avions laissé l’ensemble de nos repas du soir, amoureusement préparés à la maison, délicatement emballés (un sachet bleu par soir, un sachet jaune par petit-déj.), au camp de dépôt sous le Kumjungar. Nous pensions avoir trouvé le frigidaire idéal ? Les corbeaux et les corneilles se sont rappelés à notre souvenir ! Il ne nous restait plus qu’à ramener les sachets vides et le reste du matos…

 

[Nugaru]
L’ambiance du village abandonné de Nugaru (au dessus de Phu) est également très particulière. Il s’agit d’un village récent (années 1950 / 1960), un ultime refuge derrière la frontière (et surtout, derrière les massifs montagneux) pour un groupe de Khampas. Les Khampas ont tenu tête aux Chinois dans les années 50. Ils ont remporté quelques victoires tactiques face à l’armée populaire, un peu aidés par la CIA. Puis la realpolitik de Nixon se met en œuvre, les Khampas ne sont plus aidés, se retrouvent isolés. Acculés, pris en tenaille entre les armées chinoise et népalaise, beaucoup choisissent le suicide. Le village de Nugaru devient abandonné des vivants, mais les fantômes des cavaliers guerriers hantent encore les lieux… Peu de traces écrites restent sur cette histoire, mais les drapeaux caractéristiques qui entourent le village sont neufs : quel qu’un en maintient le souvenir !

[Du côté de Dharapani]
C’est peut-être des raisons similaires qui ont poussé cet Israélien à venir chercher un lieu de retraite le long du Tour des Annapurnas. Un beau jour, lui et sa guitare ont décidé de rester dans un lodge tranquille ; depuis 3 ans, ils offrent un concert en chantant Brassens (en hébreux dans le texte) à tout groupe de trekkeurs français qui s’arrête plus de 15 minutes : « Gare au yétiiiii-iiille » ? Lui aussi a manifestement trouvé refuge ici.

Merci !

[Tout au long de la piste]
Pour finir, merci à Temba, sirdar hors pair, aux cooks, et sherpas et aux porteurs : dan’nebath !


Sans oublier notre webmaster favori :



 

"La traversée du Damodar par un ivrogne inculte"
par Jean

le projet du gaulois moustachu me plaisait bien, aller du Mustang à la vallée de Phu et rejoindre le tour des Annapurna, un moyen de parfaire ma connaissance du tchang, voire du rakshi, car on allait passer par des villages pas trop touristiques. De plus, à 59 ans en ayant maintenant tout le temps nécessaire, savoir ce que sa carcasse vaut: en fait, sans jamais chercher nos limites, malgré chacun nos faiblesses ( à part pour le gaulois inoxydable!), la progression offerte ne pose pas de problème insurmontable, un verre de whisky étant la meilleure potion pour le moral, même à 6040m.
Le plus intéressant, ce ne fut pas les 3 sommets à plus de 6000, mais la vie du groupe. Entre l'obsédé de la "pierre plate" (pour la résolution de tous les problèmes humains sans espoir), le sage Michel, Dom la nonchalante, les 2 aspirants à de futurs 7000 (Pascal le curieux de tout, et Vincent l'anxieux), Marie haute comme 3 pommes mais quelle volonté, le grand Philippe (marche ou crève, mais sa passe!), et puis tous ceux sans qui nous n'aurions pas pu traverser, nos sherpas (dont le Sexy Temba Sherpa!), cuistots, porteurs, muletiers, sans oublier Futi...
Et moi, la dedans: j'ai vécu avec le crétin des Alpes en chef des moments inoubliables, les réveils tonitruants avec sa chanson préférée ("Bonjour Madame Germaine", mais comme toutes ses chansons, il n'en connait qu'un refrain, l'inculte), ses rêves de sommets (Karsang et son organe vocal généreux), les pets sous la tente (bon, moi s'était les pieds!), mais aussi ses plats culinaires de nourriture saine, et puis cet art de l'accompagnement qu'il a, tout en nous laissant nos espaces de liberté, de découverte.

Et puis, s'il a eu la chance de voir 3 léopards des neiges, pour les jaloux, avec Dom, nous avons partagés l'émotion d'apercevoir et d'entendre un vol d'oies à plus de 7000 m, un papillon égaré dans cet univers minéral à 5500.

C'est à refaire, merci Paulo.
L'ivrogne inculte
Jean.

Ce texte me fait littéralement mourir de rire.
Tellement, il reflète notre plaisir a être ensemble en montagne depuis maintenant plus de 20 ans. Et puis, maintenant que je me suis mis au Whisky après mes nombreux séjours en Ecosse, nos discussions philosophiques dans la tente ont pris une saveur tourbée jubilatoire.
Même à plus de 6000 m...
Promis, pour la prochaine expé, j'apprendrais les autres couplets !
Paulo

Carnet de voyage…
par Paulo

Un grand cahier souvent m’accompagne.
Même très haut.
Il trouve toujours une petite place dans mon sac.
J’y dépose mes mots.
Des pensées éphémères ou des ambiances fugitives.
C’est un grand plaisir.
Celui de se plonger au plus près de soi.

Ce matin, il pleut sur Lo Manthang.
Une pluie lourde et continue.
Une pluie aussi surprenante qu’exceptionnelle.
Padma Sambava serait-il fâché car Laurent Boiveau et ces compagnons viennent de traverser la Passe de Ghami en provenance du Dolpo ?
Dans la véranda de notre hôtel, nous écoutons les gouttes d’eau s’écraser dans la poussière et tambouriner sur le toit.
Les campeurs, dans la cour d’en face, s’activent à creuser à la hâte des rigoles autour de leurs tentes.
À l’horizon couleur gris, le ciel et la terre se confondent.

LB
La bande à Laurent... comblée par leur périple Dolpo to Mustang.

Camp 1, 5750 m, nous voici à pied d’œuvre.
Tout notre matériel et toute notre nourriture pour les 8 prochains jours sont regroupés au camp sur cette moraine médiane.
En fin d’après-midi, comme d’habitude les cumulus nous offrent une petite chute de neige agrémentée de vents violents.
Le lendemain, toute l’équipe de porteurs traversera le col sous la houlette de Temba. Ils ont même révisé les nœuds d’encordement, pour utiliser « la corde à linge » coréenne.
Je suis toujours un peu inquiet par ce style d’exercice, car tout peut arriver. L’engagement du groupe est important et ce n’est pas vraiment un lieu adapté et agréable pour des porteurs.
De notre côté, nous irons installer notre camp 2 au pied du Kumjungar en repérant l’itinéraire.


Tout se passera bien pour Temba et sa bande.
En moins de 4 h, la traversée est bouclée. Ils sont de l’autre côté, tout va mieux…
Pour nous, le cheminement dans le glacier sera un peu plus complexe que prévu. Certaines cordées feront un dépôt intermédiaire. Pour le lendemain, j’envisage de faire un camp intermédiaire au milieu des pénitents, car le parcours est trop long.
Mais, en fin d’après-midi, Philippe n’est pas bien du tout : vomissement, difficultés pour s’alimenter et petite forme. Une décision s’impose.
Il nous faut traverser le col au plus vite ou, au moins, s’approcher de la descente la plus simple : celle vers Phu.
Adieu Kumjungar… !
Il nous faut revoir toute notre organisation pour installer directement un camp au col du Saribung, comme l’année passée. Puis, un peu plus tard, il nous faudra récupérer l’ensemble de notre matériel éparpillé dans la montagne.
Pas vraiment simple comme changement de programme. Mais indispensable…

6h30.
Le soleil se pointe à l’horizon.
Une douce lumière inonde la tente.
Il fait grand beau.
Pas un souffle de vent.
Pourtant, nous sommes au Saribung Pass, à plus de 6000 m.
En ouvrant la tente, les exclamations fusent : le paysage magnifique estompe la difficulté du réveil. Aujourd’hui, nous avons tout le temps pour profiter de ces instants exceptionnels.
De chaque côté du col, un sommet nous tend les bras. Il suffit de choisir.
Avec Mary, nous irons vers « Les bosses à Mary » deux sommets de neige juste en face du Saribung : le Sonam Himal et le Kharsang Peak à 6225 m.
Les autres iront tranquillement au Saribung Peak.
Aujourd’hui, la journée est belle en Himalaya.
Tout le monde réussira le sommet choisi et avant 14 h sera de retour au camp.
Avoir du temps et profiter des lieux…

Ce matin, réveil en fanfare pour tout le camp.
Je chante à tue tête.
En fait, je suis franc énervé.
Avec Nemo et Renzi, il nous faut retraverser tout le glacier pour récupérer notre matériel.
Tout l’art consiste à transformer une journée qui s’annonce merdique en quelque chose de sympa… Bel exercice !
Pendant ce temps, Philippe est évacué vers le camp de base du Bhrikuti par Chhotemba, accompagné par Mary et Michel qui profitent du voyage pour rejoindre des altitudes plus acceuillantes. Puis, après une journée de repos au camp, ils redescendront tranquillement à Phu.
Dominique et Jean profiteront tranquillement de la journée. Ils iront se balader sur le Sonam Himal tout en surveillant notre progression.
Avec Nemo, nous voici donc de nouveau de l’autre côté du glacier.
À la pause de midi, Renzi nous explique qu’il ne peut plus rien avaler depuis 2 jours, qu’il a mal à la gorge et que forcement, il ne se sent pas très bien.
Nous tombons littéralement des nues.
De retour au camp, nous lui préparons un cocktail de médicament détonant.
Vincent est Pascal ont récupéré un palace.
La journée se termine doucement.


Jean, de retour d'un petit portage pour le reste de ces affaires...

Dernier jour au col du Saribung.
Une belle journée se prépare et déjà, le soleil réchauffe la tente.
Aujourd’hui, tous les porteurs seront de retour à 10 h.
Il nous faut traverser le col après cinq jours passés en altitude. Il est temps maintenant de retrouver le vert des vallées.
Avec Nemo, nous nous permettrons une petite escapade vers le Kumlun Himal… pour « honorez la vie ».

Ce nouveau périple de Mustang à Phu se termine en pente douce.
Nous avons bénéficié de quatre semaines de grand beau temps exceptionnel.
La partie Mustang a été particulièrement intéressante grâce à une meilleure connaissance de l’environnement culturel : de rigzum gonpo aux grottes de Tashi Kabung.
En montage, tout le monde a pu réaliser de belles ascensions et surtout vivre et expérimenter un véritable séjour en altitude.
Tout va bien… Le contrat est rempli malgré notre changement de programme.

Et bien sûr, un dernier petit clin d'oeil à mes partenaires habituels

Et les liens qui vont bien : Salewa, Asolo, Petzl, Beal.

avec : Triple Zero pour les duvets et les lunettes Adidas

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