Sacred landscape of the Himalaya
Un approche culturelle de "Mustang Phu"


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Dernière modification le 8 février 2009



Au détour d'un sentier, Rigsum Gönpo...


Une représentation de Shiva (le trident peint en blanc et rouge) peint sur des shagramasilas ( les ammonites du Damodar). On voit bien les fossiles sur les pierres brisées.

Le regard que l’on porte sur un paysage, un lieu ou un espace dépend directement de notre identité. Un paysan népalais ne voit pas les mêmes choses qu’un moine bouddhiste ou même un randonneur.
De la même manière, un alpiniste ne regarde pas la montagne de la même manière qu’un randonneur.
Il n’y a aucun jugement de valeur sur ces regards portés. Ils sont, tout simplement.
Le voyage de Mustang à Phu à l’automne 2007 fut pour moi une révélation et une expérience très enrichissantes. Ce fut le plus extraordinaire voyage que j’ai effectué en Himalaya depuis plus de 20 ans.
Le lieu à son importance, la qualité des participants aussi, la nature de notre projet certainement. Mais un élément déclencheur fut la lecture du livre de Robert Powell, « Earth Door, Ski Door » paintings of Mustang et les nombreuses discutions que nous avons eu a son sujet avec Etienne Principaud.
Ce livre a changé le regard que je portais sur les yeux.
J'ai découvert une organisation spatiale et spirituelle de l’espace. Je pouvais repérer, retrouver certains éléments du paysage comme autant d’indicateur de direction.
Ce voyage initiatique, par les émotions éprouvés, m’a encouragé à rechercher le sens, les significations de tous ces éléments. Et en partant de Rigsum Gönpo, je suis arrivé à cette notion très particulière de « sacred landscape » et à toutes les études qui illustrent ce vaste domaine interdiciplinaire.

En automne 2008, je retourne au Mustang pour refaire cette très belle traversée du Mustang à Phu. Nous allons flâner en chemin pour encore plus nous imprégner de ces paysages sacrés, nous visiterons d’autres lieux comme Congzhi ou Tetang.
Puis, j’y retournerais encore en 2009 pour un nouveau « Mustang to Dolpo ».

Ces pages correspondent à une compilation des connaissances sur ce sujet particulier. Elles seront agrémentées au fil du temps par les photos et les anecdotes des prochains voyages.

 


Les grands pélerinages, une forme de tourisme des lieux sacrés.

Comment identifiés un paysage sacré ?
Il faudrait d’abord définir ce qu’est véritablement un paysage. 
Mais, je vais me contenter d’énumérer les éléments qui peuvent constituer la sacralité d’un lieu ou d’un paysage.
Un paysage est sacré quand :
Il a été répertorié en tant que tel et qu’il fait l’objet de visites régulières durant des pèlerinages, locaux ou internationaux.
Sa construction reflète un caractère sacré, par exemple par une forme de mandala. Comme Lo Manthang, Samye, Gekar.
Il est ou a été un lieu de culte.
Il a été sanctifié par la présence d’un grand maître bouddhiste, comme le monastère de Gekar.
C’est un lieu de pouvoir, comme Lo Manthang.
Des légendes ou des histoires y sont associées ou s’y sont déroulées, comme à Drakmar et Gekar.
Il contient des marqueurs du territoire, Rigsum Gönpo ou déïtés des lieux.

 

 


Les frontières des villages du Mustang. Une définition de l'espace que l'on retrouve souvent sur le terrain.



Iwi, la grand Mère...


Meme, "le grand Père..."

Les notions d’espace et de territoire : le haut et le bas, l’intérieur et l’extérieur.

« Il n’y a pas d’espace extérieur sans une définition de l’espace intérieur ».
L’espace intérieur est clairement délimité par des processions (Lukor). Il est aussi protégé spirituellement à différents niveaux (Rigsum Gönpo ou « The Lords of place »).
Le passage de l’extérieur à l’intérieur se fait par des portes bien identifiées.
Qui sont souvent gardées et protégées. On y trouve parfois une image des Grand Parents  (Grand Père, « Meme » ou Grand Mère, « Iwi »).
« Aux deux portes de Kagbeni, les gardes humains de la cité fortifiée ont été remplacés au 19 ème siècle par des  Khenis (Mangeurs de fantômes).
Ces statues sont des témoins de l’ancienne religion chamanique B’on qui reste toujours vivante et dont les pratiques ont été depuis l’origine intégrées au bouddhisme tibétain.
La figure mâle qui garde la porte nord est particulièrement impressionnante, tandis que la figure féminine à la porte sud est en moins bon état de conservation. » E.P.

 


Des frontières que l'on retrouve dans le parcours du Lukor.
Ici, le village de Kagbeni.


Et le Lukor de Thangka

Lukor
À Kagbeni en mai, les jeunes du village effectuent une circumambulation de l’ensemble des lieux habités et cultivés, par un itinéraire bien défini et ponctué de haltes. Les autres villages du Lower Mustang ont eu aussi un itinéraire identique.
La procession débute à la porte Nord du village où il y a une image du Grand Père, puis elle s’arrète près de plusieurs Kudung, dont l’un Jin Chödro est placé au milieu du chemin pour protégé le village des démons venant du Nord. Plusieurs pierres peintes servent de marqueurs de territoire sans forcément représenter une divinité. Des chants et des danses ont lieu près d’une source et plus loin un empilement de pierre est réalisé, un Thowo, pour visualiser une obstruction (Barche) pour protéger de l’arrivée des démons. La procession se termine sur la place du village près du château.

« Les trois protecteurs »
gardent l’espace intérieur contre les influence néfastes  et maléfiques issus de l’extérieur. Ils marquent les frontières d’un territoire sur un axe horizontal.
Pour garder leur efficacité, ces protecteurs doivent être régulièrement consacrés par des cérémonies et des offrandes, anciennement par des  sacrifices.

"Rigsum gonpo désigne d’une part la trinité formée par les trois boddhisattvas les plus populaires dans toute l’aire tibétaine : Jampelyang (en sanscrit Manjushri), Chenrezi (Avalokiteshvara) et Chana Dorjé (Vajrapani).
La couleur rouge est l’attribut de  Jampelyang ; le dieu de la connaissance.
Le blanc représente Chenrezi qui personnifie la compassion. C’est le dieu le plus vénéré du bouddhisme tibétain, connu aussi par son célèbre mantra : Om mani padme hum.
Bleu est la couleur de Chana Dorje . Une déité farouche et très puissante qui combat tous les démons.
Mais, dans l’esprit des villageois du Mustang, le « rigsum gönpo » a une autre signification. Il garde le village et les maisons des esprits malveillants appartenant aux trois « niveaux du monde » : ciel, terre et monde souterrain.
Blanc pour les « Lha » divinités résidant dans le ciel,
rouge pour les « Tsen », démons des étendues terrestres ,
bleu pour les « Lu » (nagas) les dieux-serpents du monde souterrain et des sources.
Des représentations de cette trinité peuvent prendre toutes les formes, des plus simples :3 flaques de couleur dessinées sur un mur, trois pierres dans un champ, des gravures sur un rocher aux plus sophistiquées : thangkas, peintures murales, groupe de statues voire groupe de trois montagnes.
C’est ainsi que partout, au Mustang, vous verrez un ensemble de trois petits lhato, à l’entrée ou à la sortie des villages, sur les murs extérieurs d’une maison ou au-dessus d’une porte principale. Trois chörtens de toutes tailles, parfois récents ou en piteux état, mais toujours avec les trois mêmes couleurs : le rouge, le blanc et le bleu (ou gris, parfois noir en fonction des couleurs naturelles disponibles)." E.P.



Les Rigsum Gönpo de Kag, à retrouver dans le village.


La position des Rigsum Gönpo de Khynga, aux quatres points cardinaux.

rg
Et ceux de Tetang.

« The Lords of place »,
les divinités locales,  protègent l’espace plutôt dans un axe vertical.
Kag possède trois déités territoriales : Pholha, qui représente la montagne, Pholha Denga, la mère, et Jowo Chögyal qui est associé à l’eau. Elles sont situées sur une colline et représentées par des constructions toutes simples, des chortens rudimentaires, qui passent souvent inaperçues.

 


Les "Lords of the place" de Tetang.


Kag : Jowo Chögyal, une des déïtés locale associée à l'eau.


Pholha Denga, l'un des trois "Lords of place" de Kag.

Les constructions, représentation du sacré


Le plan de Lo Manthang, avant la construction de l'aile droite, le nouveau monastère.
On retrouve la forme en Mandala


Le monastère de Sakya, également entouré de remparts.


La légende de la démone, du temps du roi Tibétain Songtsen Gampo


Le monastère de Gekar, haut lieu de Padmasambhava, Guru Rimpoche.

Sago Namgo

sago

"Des structures décoratives formées de crânes d’animaux. Les « Sago Namgo » (porte du ciel, porte de la terre) sont suspendues à l’entrée de nombreuses maisons.
Leur fonction est de protéger les habitants de la maison des esprits malveillants qui rodent dans le ciel et sur la terre.
La porte de la terre est représenté par un crâne de bélier rempli d’offrandes de grain et de petits fragments de matières précieuses (soie, or, argent, turquoise ..). Coloré en jaune (couleur de l’élément terre), c’est une offrande à la « terre mère ».
Suspendu à ce crâne sont disposés des éléments décoratifs en forme de losange, les « namkhas », une autre tradition importée de la religion B’on vers le bouddhisme tibétain. Cette configuration en forme de toile d’araignée formée de fils de couleurs représente les cinq éléments.
La toile est confectionnée par un « chaman » après une séance de divination.

Ces toiles également appelés « spirit catchers » ont pour but d’obtenir une harmonie entre les cinq éléments et de convaincre les esprits de laisser tranquille cette maison et ces habitants." E P.

Le Culte de Shiva et les lacs sacré du Damodar.


A Kag, le lieu le plus sacré pour les Indouhistes : Beni, le confluent des rivières.

Et le sommet du Bhrikuti... à la frontière tibétaine, entre Mustang et Phu.

.tara
Bhrikuti, belle princesse népalaise, fille de l’empereur Amsuvarman,
fut au VII siècle mariée au roi tibétain Song Tsen Gampo.
A la croisée de l’histoire et de la religion, elle restera dans toutes les mémoires sous le nom de la déesse Tara Verte pour avoir contribuer à l’expansion du Bouddhisme au Tibet.

Pour en savoir un peu plus sur cette belle népalaise :
Bhrikuti ou Bhrikuti Devi (VIIe siècle) est, selon les traditions népalaise et tibétaine, une princesse du royaume de Licchavi (Népal), fille du roi Amsuvarma, et l’une des deux épouses les plus connues du roi du Tibet Songsten Gampo, avec la princesse chinoise Wencheng. La tradition tibétaine attribue l’introduction du bouddhisme et la fondation du temple de Jokhang à ces deux reines, considérées comme deux incarnations du bodhisattva Tara. Elle est aussi appelée en tibétain Trisun, Belsa (reine népalaise), et en chinois princesse Chizun. Son nom sanscrit, qui est à l’origine celui d’une déité, signifie "celle qui fronce les sourcils".

La rareté des sources historiques fiables datant de cette époque, aussi bien du côté tibétain que népalais, fait que les faits de sa vie doivent être considérés comme légendaires, et il a même été suggéré qu’il pourrait s’agir d’un personnage fictif. Min Bahadur Shakya estime néanmoins que l’alliance de Songsten Gampo avec une princesse népalaise est vraisemblable. On n’a d'ailleurs aucune information personnelle non plus sur la princesse chinoise dont l’existence est pourtant certaine, son mariage étant enregistré dans les annales des Tang. Néanmoins, Bhrikuti n’était pas forcément la fille d’Amsuvarma, usurpateur ayant renversé Udayadeva. Narendradeva, fils de ce dernier, reprit son trône par la force vers 641, et il semble qu’il soit pour cela allé chercher de l’aide au Tibet. Le reine népalaise pourrait donc être une de ses parentes. Toutes les traditions s’accordent pour situer l’arrivée de Bhrikuti au Tibet avant celle de Wencheng.

Selon une tradition népalaise, Songsten Gampo, ayant demandé la main d’une fille d’ Amsuvarma, aurait essuyé un refus. Il aurait alors attaqué Licchavi, et obtenu ainsi Bhrikuti et un Jowo. Les Tamang du Népal prétendent descendre des tamaks, cavaliers tibétains menés par Songsten Gampo. Selon la tradition tibétaine entourant Mgar stong-btsan yul-srung, premier ministre de Songsten Gampo, c’est par son entremise en tant qu’ambassadeur que le roi du Népal aurait accepté d’envoyer une princesse. Fort de son succès, le ministre se serait rendu l’année suivante (640) en Chine pour obtenir une princesse chinoise. Son ambassade à Chang'an est attestée par des documents historiques.
On attribue à Bhrikuti, en association avec Wencheng, l’introduction du bouddhisme au Tibet et parfois même la conversion du roi. C’est peu vraisemblable car, selon M. B. Shakya, l’influence du bouddhisme népalais avait commencé de s’exercer dès avant ce mariage. Par ailleurs, le premier souverain tibétain à promouvoir officiellement le bouddhisme sera, un siècle plus tard, Trisong Detsen. Bhrikuti aurait apporté avec elle des représentations de Tara, Avalokiteshvara et Akshobhya, cette dernière en fait peut-être une statue du Bouddha âgé de 8 ans, appelée également Jowo Mikyoe Dorje, vénérée tout d'abord au Jokhang, puis au temple de Ramoché. La reine chinoise aurait également apporté un Jowo dans sa dot, actuellement au Jokhang. Une certaine rivalité ethnique transparaît en effet dans la façon dont la légende des deux reines est rapportée. Ainsi, le premier bâtiment du Potala fut édifié par le roi pour l’une ou l’autre épouse, selon que la légende est népalaise ou chinoise. En ce qui concerne le temple de Jokhang, la version retenue le plus souvent est celle d'une collaboration, Wencheng choisissant l’emplacement grâce à sa connaissance du fengshui et Bhrikuti fournissant les fonds. La reine népalaise aurait également fondé Thangdul, Yangdul Runon et de nombreux temples au Bhoutan.


 

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Edité pat Niels Gutschow, Axel Michaels, Charles Ramble et Ernst Steinkellner

Verlag der österreichischen Akademie der Wissenschaften

 

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