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Son nom : "Exploring the Himalayas"
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Dernière mise à jour le samedi 2 Janvier 2010

Le titre de la couverture du n°102 d'avril 2008 de Trek Magazine "Népal inédit, l'incroyable voyage du Mustang à Phu" nous a tout de suite accroché. La lecture de l'article concerné a fini de nous convaincre. Tous nos critères de choix de treks y étaient réunis: un circuit non fréquenté, de l'isolement, de l'engagement, de la solitude, un sommet autour des 6300m avec un paysage présenté comme exceptionnel. De plus nous lorgnions sur ce massif depuis notre passage à Phu deux ans auparavant.
Nous avons réalisé ce projet en octobre 2009. Nous n'avons pas été déçus, bien au contraire. Ce fut l'un des plus beaux de tous les treks que nous avons fait.

Remontée de la Kali Gandaki.
Ce trek commence par la découverte du Mustang, de ses magnifiques paysages multicolores, en quittant Jomosom pour rejoindre la capitale de cette province, Lo-Manthang, en 5 étapes. Nous empruntons la route classique en fond de vallée longeant la rivière Kali Gandaki jusqu’au village de Chele puis prenons la route dite « haute » sur la rive droite par Samar, Shyangmochen, Ghami et la dernière étape Dhakmar-Lo Manthang par les 3 cols dont le Marang La.
Le temps est très nuageux, voire menaçant et les sommets du Mustang Himal nous sont cachés. Sombres sur les montagnes, lumineuses en centre de vallée, les couleurs allant du ocre au gris-bleu en passant par le vert des quelques oasis de verdure des villages épars ont mis les pixels de nos appareils photo à rude épreuve.



Lo-Manthang
Le programme de notre aventure prévoit 2 jours de repos à Lo-Manthang, pour joindre l’agréable à l’utile – l’acclimatation – en prévision des altitudes à venir. Finalement, le mauvais temps aidant, nous y séjournons 3 jours en grillant une journée « réserve ».
Cela tombe bien pour plusieurs raisons.
Nous avons pu ainsi rencontrer le catalyseur de notre trek, Paulo Grobel qui, profitant également de jours de repos, rentrait, avec tout son groupe d’une excursion à cheval vers Garphu et ses célèbres habitations troglodytes.
Paulo et son groupe sympathique arrivaient de leur traversée DOLPO-MUSTANG qui fait la couverture du TRK MAG n° 120 de décembre 2009. Nous avons ainsi eu quelques-unes de leurs impressions en avant-première.
Nous faisons connaissance, et à la veillée autour d’un sherpa-tea (ou d’une bière), nous en profitons pour recueillir diverses informations et avoir les réponses à nos questions. Tous ces renseignements nous ont été par la suite fort utiles. Paulo nous donne une carte (Népalo-finlandaise) de la région des lacs Damodar et du Saribung sur laquelle il nous trace le trajet avec les étapes. Il n’y manquait plus que la dédicace !! C’est une évidence, les anciennes cartes de trek ne sont pas vraiment fiables.
Profitant d’une journée plus calme et des conseils de Paulo, nous faisons cette excursion à cheval vers les troglodytes de Garphu. Si le cheval est sympathique, quoique un peu tête de mule, la selle l’est moins !! Avec ce que nous avons déjà fait et ce qui nous reste à faire, se faire porter une journée n’est finalement pas désagréable.
Après ces 3 jours, la perturbation s’est évacuée et nous reprenons la marche vers Dhi en passant par le Lo La. Les sommets avoisinants sont tous enneigés et nous évaluons l’altitude des premières neiges à 5000m. La préparation psychologique commençait …..


Montée vers les lacs de Damodar
*
Qui ne sont pas en fait les lacs de Damodar, voir plus loin.
Nous quittons Lo-Manthang par un très agréable chemin tantôt en crête tantôt en balcon suivi d'une belle descente sur Dhi puis remontée de la Puyung Khola vers Yara. La rivière est bordée de falaises percées d'innombrables grottes. Dans l'une d'entre elles nous avons la surprise de trouver un petit stupa. L’étape est assez longue mais nous sommes à l'aise à cette altitude entre 3700m et 4200m donc la journée passe bien.
Le lendemain nous faisons une courte étape vers Luri Gompa et son fameux monastère.
Cela fait donc plus d'une semaine que nous nous baladons à ces altitudes, autour de 4000m, ce qui est très bien pour continuer notre acclimatation indispensable pour la suite.
Ensuite le choix des étapes est imposé par le terrain et la nuit suivante se passera à Ghuma Thanti vers 4800m après le premier col au dessus de 5000m. Le gain d'altitude par rapport à la nuit précédente est important d'où l'attention portée à l'acclimatation de la semaine précédente. En chemin, nous croiserons un groupe de Terdav qui a dû faire demi-tour à cause du mauvais temps de la semaine précédente (et par carence d'informations météo !!!).
Ce groupe a dû demander une évacuation par hélicoptère pour un problème de MAM. Vu le temps qu'il a fait et la topographie du coin, nous ne savons pas comment l'hélico a pu passer.
Vers le camp de base
Ensuite vient une grosse journée pour rejoindre le "camp de base des lacs" vers 5000m avec passage de deux cols à 5200m et 5600m. Nous appréhendions un peu cette étape, pas tellement à cause des deux cols, mais parce qu'il nous semblait indispensable d'arriver relativement "frais". En effet, en cas de soucis, il n'y a pas de descente directe possible et il faut soit retourner en repassant par ces deux cols soit continuer vers le Saribung. Autrement dit : MAM interdit. Finalement, l'étape passe bien et nous avons la joie d'arriver dans une vallée bien dégagée et très agréable où nous installons notre camp pour deux jours. C’est le camp « près des Lacs ». Les environs sont superbes et nous sommes environnés de sommets entre 6200m et 6700m qui n'ont en général pas de nom et qui n'ont certainement pas été tous gravis. Une journée de repos et de préparation pour le groupe est nécessaire. Il reste tant à faire là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied (pour citer une célèbre BD) !

Notre journée de repos se passe à chercher des fossiles, nombreux aux alentours, et à nous balader sur les crêtes qui bordent cette vallée. Nous remontons également un peu la vallée jusqu'à de petits lacs qui sont un lieu de pèlerinage et qui marquent la fin du chemin tracé. Ce sont les vrais lacs sacrés de Damodar. Ce qui est amusant est que nous avons trois cartes qui recouvrent cette région et que les lacs de Damodar ne sont jamais au même endroit ni bien sûr à la même altitude, mais c'est certainement la carte finlandaise qui a raison. On l’espère !
Au sujet des lacs du Damodar... petit complément d'information.
Bien sûr, c'est la carte finlandaise qui a raison, car les lacs n'y sont pas indiqués !
Mais, c'est bien ceux que Pat & Bernard ont visités, en suivant le grand sentier muletier.
Voir la page Mustang Phu, l'original, ou le compte rendu du 1er voyage

Une vue du dessus des vrais Lacs du Damodar qui sont sur le trajet de Mustang Phu.
Voir la page Mustang Phu, l'original...©Paulo

Et voici une photo en direction du Gaugiri et des petits Lacs du Damodar. Ceux justement qui sont marqués sur les cartes de trek et qui a priori sont d'autres lacs plus petits.
C'est ce que nous allons vérifier ce printemps 2010 avec la nouvelle ascension du Bhrikuti.
©Paulo

Ensuite nous rejoignons la neige et un premier camp à 5200m un peu avant le glacier légèrement peu pentu que nous remonterons le lendemain.
Nous prenons pied, les crampons ne sont pas nécessaires, sur le glacier puis rejoignons une "allée" bien dégagée entre les pénitents puis traversons le glacier et rejoignons une moraine très facile à remonter jusqu'à notre camp d'altitude vers 5700m. Demain, il ne nous restera qu'un peu plus de 300m de dénivelé pour arriver au col et à peu près autant pour monter au Saribung. Le problème est qu'il y a deux cols et que nous ne savons pas exactement où est le Saribung.
Le soir, nous avons une discussion avec notre Sirdar venu deux ans auparavant avec Paulo et qui pense que le col est à gauche mais n'en est pas certain. Son assistant l’a franchi le mois précédent avec une équipe légère de Népalais ; il est formel: le col est à droite. Ceci est confirmé par la carte annotée que nous a donné Paulo. Nous pensons donc que l'affaire est entendue et que demain nous monterons au col de droite puis au Saribung juste à droite du col.
©Paulo
Le De Hults Pass, versant Mustang

Et voici une vue plus complète des deux cols, versant Mustang.
Juste en face, marqué C2, c'est le Saribung Pass et plus à gauche, c'est le De Hults Pass
©Paulo
©Paulo
Et une vieille photo montrant le versant Phu du De Hults Pass, depuis la montée au Bhrikuti..

Le Saribung
Et bien, non, perdu !
Le départ groupé fut très matinal. Nous avons alors la stupéfaction de voir l’assistant Sirdar et les porteurs vouloir continuer vers le col de droite tandis que le Sirdar nous emmène au col de gauche ! Il nous explique alors que cette histoire le tracassait, il s'est levé à 2h du matin pour reconnaître l'itinéraire et il est certain que le col est celui de gauche ! Rien à faire pour faire revenir l’assistant et les porteurs sur le chemin décidé la veille ni notre Sirdar sur son idée.
Bon, d'après la carte les deux glaciers qui sont derrière les deux cols se rejoignent plus bas, donc on suit Izu Rai.

©Paulo
Effectivement, c'est un peu raide.
Voici le même endroit en 2008. Et Patrick & Bernard ont donc fait la première ascension du versant Nord du Col Cler et du Sonam Himal. Voir la page sur les ascensions du Damodar Himal...
La montée au col est donc suivie de la montée au "Saribung" mais ni la pente ni l'altitude ne correspondent à ce que nous avions en tête. Nous grimpons dans une pente de neige qui atteint parfois 40° alors que le Saribung ne dépasserait pas 25°, nous arrivons sur l'arête sommitale alors qu'il manque 80m à nos altis et que le sommet est double, séparé par un petit collet, donc nous avons des doutes!
Une fois au sommet, pas de trace des porteurs. Notre Sirdar croit voir des traces qui remontent un glacier assez loin au sud-ouest et nous dit qu'ils se sont trompés et sont partis au Tibet ! Euh...le Tibet est au nord ! Cela semble le déstabiliser et ça nous inquiète un peu quant à son sens de l'orientation.
Il nous semble maintenant évident que nous nous sommes trompés de sommet et que le Saribung est le sommet que nous voyons très bien 500m au sud de l'autre coté du col... de droite que nous aurions dû prendre. Pour l’anecdote, nous en avons la confirmation de manière amusante le soir ; Patrick a son téléphone satellite avec lequel il envoie régulièrement sa position GPS, ce qu’il n’a pas manqué de faire au sommet, à sa charmante épouse qui suit notre aventure sur son ordinateur,. Tout content de notre journée, il téléphone le soir et sa femme lui dit : « comment ça, vous avez gravi le Saribung? Vous vous êtes trompés, il est au sud de la position que vous avez envoyée !!! >>. Pas grave , on va redescendre vers ce col et rejoindre le chemin que nous aurions dû prendre.

Et bien non !
Notre Sirdar, Izu Rai, est sûr de lui, il faut redescendre vers le col de gauche et descendre le glacier assez pentu et crevassé que nous voyons.
Ca continue ! Izu veut passer par la gauche du glacier et nous estimons que la droite est meilleure. Nous profitons de notre pause casse-croûte, préparé par notre Chief-cook, soit dit-en passant le meilleur que nous ayons eu, pour faire une concertation au sommet sans jeu de mot. Devant notre détermination, il se range à notre avis. La descente fut longue, lente et parfois angoissante avec les bruits sinistres de craquements du glacier et des couches de neige résonnant entre les montagnes. Autant il faisait froid le matin, autant nous sommes en chemisette sur le glacier tant la réflexion du soleil est intense. Enfin nous arrivons sur la moraine. Beaucoup plus sereins, sauf pour nos porteurs soi-disant partis vers le Tibet, nous poursuivons cette descente sur la moraine qui nous paraît interminable. Les 2 vallées se rejoignent enfin et nous sentons notre guide soulagé : dans la neige, on voit les traces de nos porteurs. Nous arrivons au camp à la lueur de nos frontales. Un bonne soupe bien chaude un dîner vite expédié et nous nous écroulons. La journée fut très longue.

Descente vers Phu
Après une relative grasse matinée méritée, au moment des bilans de la journée d’hier et préparatifs pour la descente vers Phu, le Sirdar nous apprend qu’un de nos porteurs a les orteils de ses 2 pieds gelés. Mauvaise nouvelle. Nous rassemblons nos vagues connaissances médicales, nos pharmacies de voyage Le téléphone satellite de Patrick s‘avère utile. Nous joignons des médecins de notre connaissances et, sur leurs conseils, nous essayons de faire au mieux avec de l’eau très tiède, de l’aspirine et du viagra (en espérant qu’il n’y aura pas d’effets secondaires !!) afin de liquéfier au maximum le sang et d’en favoriser sa circulation. Une descente rapide s’impose. La charge est répartie et un porteur se chargera du malade. Les Népalais nous épateront toujours par leur résistance physique. Même alourdis par le supplément de charges, leur marche est toujours aussi sûre, rapide et ils ne sont pas à la traîne.
Nous plaisantons sur ces sentiers népalais, où même en descente, il y a d’énormes dénivelés positifs. Après deux bonnes heures sur la moraine, le chemin redevient un sentier que l’on pourrait qualifier de « normal ». La marche devient plus facile. En fin de journée le village de Phu est en vue. Nous pourrons enfin mieux nous occuper de notre malade.
Avec une bière pour célébrer la joie de l’accompli, nous avons un fort sentiment, très satisfaisant, de boucle bouclée. Nous avons réussi notre projet et nous étions à Phu (ou Phugaong, toujours ces éternelles variantes selon les cartes !), il y a quelques années lors d’un autre trek.
Retour vers la « civilisation »
Un cheval est loué, notre malade est évacué avant notre réveil pour rejoindre rapidement Chame. Nous sommes rassurés, bien que les médecins français que nous continuons à appeler soient pessimistes.
Nous ferons cette même étape en 2 jours avec une nuit à Meta, avec le magnifique Kang Guru, un presque 7000m en arrière plan, en croisant de nombreux groupes de trekkeurs en chemin vers Naar pour le col du Kang La.
A Chame, nous rejoignons la route classique du tour des Annapurnas et poursuivons vers Besisahar en deux étapes, où sur le chemin de Tal nous croiserons à nouveau Paulo en route vers le Ratna Chuli. Mais il est increvable cet homme là ! Il évoque un gag avec le De Hults Pass. A ce jour nous n’avons toujours pas trouvé l’astuce.
Pourrait-il nous donner la solution ?
Nous l’évoquions un peu plus haut, les Népalais sont surprenants. Le coté pratique prime sur le coté confort ou esthétique. Ils ont un si beau pays, ils choisissent toujours les endroits les plus « moches » (à nos yeux) pour la soirée. Pour la deuxième étape, notre guide avait prévu de s’arrêter à Syanjé, village sombre et étroit, en fond de vallée encaissée avec la Marsyangdi Nadi coulant bruyamment à coté et dans un vent glacial généré par ces effets de vallée. Alors qu’à une demi-heure de marche en aval et 300 petits mètres de dénivelé positif, il y a un charmant petit village, Ghermu, où c’est tout l’inverse calme, silencieux, lumineux, dans la verdure et avec une vue dégagée. Il a fallu insister pour déplacer tout notre petit monde. On peut faire la même remarque pour la tente toilette, toujours orientée vers le campement avec le minimum de trajet depuis notre tente ; en la pivotant de 180° et en la déplaçant de quelques mètres, on est gagnant en sérénité avec une belle vue sur les montagnes !
Le lendemain, nous arrivons à Besisahar. Pour la cérémonie de fin de trek, toute l’après-midi, notre Chief-cook a préparé un délicieux gâteau avec écrit dessus « Saribung 2009 Last Day ».
Nous avons du mettre autant de temps pour écrire notre discours de remerciements en népalais, en phonétique « Malaï khuzi lagyo Trek ramaïloo lagyo. Ra mouski. Dere danyabad ko laagi tapaï kaam ».
A vous de traduire….
Péribotola,
Patrick Lemarchand
Bernard Faber
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