Tiger Top 6935 m et Rani Himal 6382 m,
massif du Saipal Himal

West Nepal

Automne 2010




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Dernière mise à jour le 6 février 2011
Encore en travaux !





Peut être... ma plus belle expé !

Avec un grand sommet et un beau projet, le plus important d’une expédition reste la qualité de l’équipe. Des équipes...
Si cette expédition au Saipal a été particulièrement réussie c’est avant tout grâce à tous les participants. Nous avons réussi à faire face le plus sereinement possible à toutes les difficultés, à tous les cataclysmes qui nous sont tombés dessus. Et ce n’était pas une mince affaire, avec dès le départ deux jours d’attente à Surket !
Dans ce projet complexe et ambitieux, l’équipe népalaise sous la houlette de Bikram est au coeur de cette réussite, les gens de Chala ont ajouté une touche d’émotions supplémentaire, et l’agence, GST, a fait de son mieux. Nous avons donc réussi l’ascension du sommet Nord-Est du Saipal.
Quand l’histoire est belle, il y a aussi beaucoup de plaisir à la partager, à la raconter.


Et voici le Saipal, le seigneur des lieux.
Le vrai sommet est celui en arrière plan. Nous nous arrêterons au sommet du Tiger Top, le sommet Nord-Est du Saipal à 6935 m.



Avant même d’avoir vu la montagne, son nom m’a fait rêver. SAIPAL…
J’aime sa sonorité, simple et lumineuse. Et la montagne, dont nous n’avions aucune photo ni information, semblait si porteuse d’émotions et d’aventures.
Plus tard j’ai questionné les villageois de Chala pour connaître la signification de ce nom. Les réponses furent évasives sinon décevantes.
J’ai seulement réussi à savoir que cela voulait dire « Tiger », dans un dialecte d’un village isolé au sud de la montagne. Peut-être à cause de la forme de la montagne depuis le village ou par la présence d’une race particulière de tigres (certainement des léopards) dans la jungle recouvrant les contreforts de la montagne.
Nous allions donc chevaucher le tigre ! En essayant de ne pas le mettre en colère.
Et ce fut une belle aventure. Peut-être ma plus belle expé…

Avec Fred et Frank, nous arrivons au sommet. Il est 11h30 et nous sommes à 6935 m et au sommet Nord-Est du Saipal.
Depuis quelques jours, nous avons donné un nom à ce sommet. Il était devenu le centre de tous nos efforts, de toutes nos discussions. Le nom de TIGER TOP c’est imposé de lui-même. Comme la convergence de multiples énergies.

  • Un clin d’œil au restaurant de Fred en Alsace, du nom d’une célèbre bière de la brasserie Kronenbourg.
  • Un souvenir fort au lodge de Tiger Top dans le parc de Bardia, au pied de la montagne en pleine période maoiste.
  • Une pensée pour Jimmy Roberts, récemment décédé, qui fut un pionnier des treks au Népal et fondateur de la première agence, Tiger Mountain.
  • Un remerciement à Miss Hawley, bien sûr, l’une des chevilles ouvrières de Tiger Top et de l’émergence du tourisme au Népal.

« Saipal ko Yatra »
Dans le paysage géopolitique du Népal, l’Ouest a une place particulière. C’est l’un des points de départ de la révolution maoïste et il illustre le dramatique déséquilibre d’un développement économique et touristique uniquement centré sur quelques régions phares.
Ironie du sort… Nous avons failli ne pas pouvoir partir pour ce « Fare West » trop lointain car notre avion a été réquisitionné à la dernière minute pour évacuer les foules de touristes bloquées à Lukla ! Pendant ce temps, à l’Ouest, les alpinistes et les trekkeurs se comptaient sur les doigts d’une main.
Vouloir faire de l’alpinisme dans ces régions prend alors une dimension particulière.
Le Saipal est un 7000 très peu connu, la dernière ascension date de plus de 10 ans et les conditions de la montagne ont bien changé. Pourtant, j’y ai vécu ma plus belle expédition. Nous n’avons pas atteint le sommet principal à 7030 m, seulement le sommet Nord-Est à 6925 m (déjà gravi précédemment) que nous avons appelé Tiger Top.
Une ascension réalisée le 29 octobre 2010, par Frank Bonhomme, Frédéric Jung et Paulo Grobel.
Mais ce Tiger Top porte surtout un message fort.
« Oui, il faut se rendre dans l’Ouest, à partir des aérodromes de Simikot, Jumla ou Mugu ». Il y a tellement de chose à découvrir. Des treks, des expéditions et surtout des gens.
2011 a été décrété l’année du tourisme au Népal. Why not ?
Si seulement 1% des occidentaux qui se rendent au Khumbu ou dans les Annapurna pouvaient trouver leurs chemins vers l’Ouest (ou d’autres régions oubliées), cette initiative serait un succès inespéré, et nos ascensions auraient encore plus de sens.
Au sujet du Saipal: la voie normale par l’arête Nord-Est est (facilement !) accessible depuis Simikot et le village de Chala en 6 ou 7 jours. La difficulté de l’ascension peut être côtée V/AD en neige (cotation Himalaya), sans danger objectif et avec un parcours d’arête panoramique. D’autres sommets moins hauts attendent encore des alpinistes à partir du même camp de base : le Chala Peak 6227 m, le Liz Himal 5950 m et le Rani Himal 6382 m.

Alors pourquoi attendre… Let’s go to the West !!!


Bikram Singh, jeune guide népalais.


En plein ciel, nous voici en route vers notre rêve ...


En rouge, le Tiger Top, en bleu le sommet du saipal.


Toute l'équipe en compagnie de Ganesh. Avant...

Texte et photos... au fil des mises à jour sur le site.

Jeudi 6 octobre :
Avec Jean dans le jardin du monastère de Shechen. Il pleut sur Bouddhanah. Une pluie lourde de fin d’après midi qui tambourine rageusement sur les tôles de la véranda de la Guest House.
Je viens de passer dix jours à Kathmandu pour préparer le mieux possible cette prochaine expédition au Saipal et pour apprendre le Népali.
Bien sûr, il ne s’agit pas de 10 jours de préparation consécutif. Mais certainement les dix jours les plus stressants jamais vécus au Népal.
Aujourd’hui, à la veille de l’arrivée du groupe, toute l’organisation est bien calée. Avec Alexandre et Dhruba KC de GST, tout est en ordre. Du moins, jusqu’au prochain incendie. Je ne peux faire mieux et surtout à partir d’aujourd’hui, je n’ai rien à faire de particulier, à part une visite de courtoisie à Miss Hawley. J’ai clos mes cours de Népali et je suis disponible quand tout le monde sera là.
Quel luxe !
Ces 10 jours de préparation expriment toute la complexité d’un projet d’ascension à l’Ouest du Népal. L’anticipation des moindres détails prend une importance rare et il est bien difficile de garder la sérénité souhaitée.
Pourtant, comme l’a exprimé il y a longtemps Tilman, une expédition n’est pas quelque chose de compliqué à organiser. C’est simplement l’emboitement complexe de tâches simples..., un peu comme une montre, de simples engrenages. Il faut être très attentif à la précision de l’ensemble du système, certains éléments étant particulièrement importants. Le temps consacré aux réglages des détails est un peu comme un lubrifiant. Mais ce temps est une donnée tellement rare et précieuse dans nos vies.
Peu d’agences népalaises sont capables de prendre en charge l’organisation de ce style d’expédition, à un coût raisonable. Nous allons voir maintenant, comment cette préparation va se concrétiser sur le terrain.
Tout est à craindre, le meilleur comme le pire.
Serons nous capables de rester solidaires et sereins dans les tempêtes ?

Dimanche 16 octobre :
Pas de doute l'Ouest du Népal n'est pas un endroit simple.
Après 2 jours d'attente et 2000 $ pour affréter un avion nous voici enfin à Simikot. Que la vie est belle et légère. Dans la lumière du petit matin, Raju -le cuisinier- nous accueille à notre descente d'avion, visiblement soulagé. Seul Bishal est resté en bas et tout le monde espère qu'il pourra nous rejoindre dans les prochains jours. Nous partons immédiatement vers Chala et tout va bien. Nous avons franchi le premier obstacle et la suite sera beaucoup plus simple. Il fait grand beau et tout le monde va bien.

Jeudi 21 octobre :
Nous voici dans le vif du sujet : le trek s'est bien passé jusqu'au dernier village.
Nous avons vécu quelques épisodes intéressants avec les gens de Chala. Ils sont confrontés cette année à l'arrivée de deux expéditions en même temps sur le Saipal ; un groupe austro-allemand et le notre. Avec des règles de travail à négocier pour le transport au CB et le portage au 1er camp.
Sur la montagne une nouvelle surprise nous attendait : les glaciers ont beaucoup reculé et rien ne correspond à la carte. Il faut donc improviser.
Pourtant notre C2 à 5400 m est maintenant installé avec une superbe vue sur le Rana Himal, la partie la plus technique de l'ascension.
Rendez-vous dans 3-4 jours.. peut-être serons-nous sur l'arête sommitale, avec certainement beaucoup de vent.

Jeudi 28 octobre :
Fin d'aprèm au C4, 6200 m. Avec Bikram aujourd'hui, j'ai vécu ma plus belle journée d'alpinisme en Himalaya sur cette arête Nord du Saipal.
Quelle belle expé !
Il n'y a plus de vent et le ciel est d'une limpidité incroyable. Demain nous devrions être au CB et pourtant, demain, nous partirons vers le sommet en espérant au moins atteindre l'antécime que nous avons appelée Tiger Top à une altitude déjà conséquente de 6925 m.
La journée va être immense.

Lundi 1er novembre :
Nous venons de quitter Chala pour commencer notre trek de retour vers Simikot.
Nous avons refermé doucement la porte de notre expé ; notre " Saipal ko Yatra". Une seule cordée a atteint l'antécime de ce très beau sommet de l'Ouest du Népal.
Car le Saipal n'est pas un tigre facile à dompter ! Et atteindre le sommet du Tiger Top est déjà une réalisation inespérée par toutes les inconnues à décrypter, les difficultés techniques et un vent tempétueux sur la longue arête sommitale.
A Chala, l'offrande des Kata par les habitants fut un moment exceptionnel d'émotions qui a donné une tonalité très sereine à notre retour, pour profiter au mieux de cette région méconnue.



La difficulté de l'attente...
Partirons-nous en cette fin de matinée ? Et bien non, nous reviendrons dépité à notre hôtel, à Surket.


Puis le lendemain, au petit matin... en route.


Le pilote Néo Z. Salut l'ami et encore merci !


Une piste au bout du monde.


Chala, le premier village. un lieu exceptionnel par l'ambiance et surtout par l'accueil des habitants.


Une mamie adorable et un grand moment d'émotions dans le séjour de la maison où nous campions.





Camp de base & camp de base avancé.


Tout le monde s'installe...



Chacun sa tente, chacun ses petites affaires.


Au camp de base avancé, une cuisine rudimentaire s'installe.


La montée au camp de base avancé avec un gros travail de Bikram et de Lama pour trouver le bon cheminement.
Au fil des passages, le sentier deviendra beaucoup mieux marqué.


Notre camp de base avancé... Initialement, j'imaginais faire installer un camp de base confortable le plus haut possible.


Jean et Jeff... les anciens. Plutôt tranquille... "Tiens, il a neigé un peu ce matin".


A la descente avec Fred et Frank. La journée sera longue !




Lapka et Kishor... gros porteurs. J'ai encore des progres à faire dans la gestion de l'équipe népalaise. En fait, la progression continue ajoute pour eux une difficulté supplémentaire, par le fait qu'il ne redescendent pas au camp de base. Et, je ne sais pas vraiment comment faire.
De même le calibrage des charges n'est pas simple entre ce qu'il est raisonnable de porter et ce qu'il faut transporter.


Red Rock Camp, un camp très agréable.



Le Rani Himal, un vrai sommet.


La pente d'accès au Shadow Camp.



Le camp de l'ombre, qui ne prend le soleil qu'à partir de 10 h !


Les premières pentes de neige au-dessus du camp.

Pas vraiment des cordes fixes pour monter au jumar, mais plutôt une grande main courante !





Jeff, qui en a un peu marre de suivre Kishor.


Un instant émouvant. Pour certain c'est un sommet et pour d'autre juste un déposit.
Par contre, c'est haut et un peu raide mais surtout nous sommes déjà bien tard et l'ombre progresse inexorablement.






Un itinéraire un peu raide. Mais c'est le vent, très violent les premiers jours d'équipement qui nous a obliger à quitter l'arête.


Rani Himal Camp and Chala Peak. In the background and in Tibet, la Gurla Mandata


Un camp très panoramique et une anecdote qui se termine bien. Notre tente a failli s'envoler avec toutes nos affaires dedans !


Petit matin tranquille, je suis encordé avec Bikram et il y a un peu de crevasses.
La nuit a été rude à cause du vent et aujourd'hui c'est une journée pour faire la trace et se préparer pour le sommet de demain.


"Voir de l'autre côté..."
Damned ça penche ! Bikram Singh, tout tranquille. C'est la première fois qu'il se retouve ainsi...



Bikram, compagnon de cordée d'une journée exceptionnelle.


Le début de l'arête, un peu technique.


Ensuite, c'est vraiment plus simple.



La dernière arête... peut être 3 h de montée en faisant la trace et deux pour redescendre. Beaucoup trop pour nous.

Le jour du sommet, avec Frank et Fred


Le plus beau matin du monde...


La pente se redresse un peu. Nous avons quitté la corde mais pour la suite, je vais m'encorder avec Fred et Frank continuera de conserve, sans corde.
Une notion complexe : comment construire du lien pour une cordée sans corde ?


Fred... a Chief on the Summit.


Frank et au loin, la Gurla Mandata, au Tibet.


Frank...




Un peu de repos, dans une grande baignoire creusée par la tempête. Le vent s'est calmé mais reste bien présent et il augmente la sensation de froid.


Un cadre superbe de haute montagne. Le camp que nous avons quitté ce matin est déja bien loin, un p'tit point posé sur l'arête à droite.




Nous n'irons pas plus loin, il est 11 h 30 et il fait un temps sublime.




Pour l'intro d'un prochain article sur : "Gastronomie et haute altitude" !

Les autres sommets.


Deux petits points dans la grande combe. c'est Kishor et Bishal qui viennent à notre rencontre. OUF !!!


"Liz Himal"
Un nom chargé de clin d'oeil.


Le Chala Peak, qui mérite à lui seul le détour.


Mais où est donc Michelle ?






http://www.gstreksnepal.com
GST, Glacier Safari Treks
,

Ce que j’ai appris durant cette expé.

L’instant présent
«Nous avons réussi à faire face le plus sereinement possible à  toutes les difficultés, à tous les cataclysmes qui nous sont tombés dessus.»
Il nous a fallu mobiliser nos capacités d’acceptation de la situation, pour accueillir avec sérénité tout ce qui arrive dans l’instant et dans la présence à soi.
Concrètement...
Accepter et comprendre que d’avoir tous les billets d’avion dans la main, même confirmés, n’était pas suffisant. Encore faut-il que l’avion puisse voler, ou atterrir. Ou plus trivialement, qu’il y ait un avion. Et je comprends tout à fait que Ang Tsering, le big boss de Yeti, malgré sa promesse, ne puisse pas nous aider. Il y avait un  incendie à Lukla qui était d’une toute autre importance. Par contre, je sais maintenant quelles sont les meilleures options pour se rendre dans l’Ouest. Pour cela, il fallait déjà avoir envie et être capable de se coltiner les problèmes de l’aérien et d’une région à l’écart des fluxs touristiques.
La qualité, l’intelligence relationnelle du groupe, sa souplesse, son attention à être dans le présent, à communiquer sans violence, 
à mettre de la distance avec les conséquences liées à ce qui se passe, sont des éléments essentiels pour vivre le moins mal possible des catastrophes d’organisation ou de logistique. Et tout cela se construit... bien en amont, déjà dans la constitution du groupe. Du côté de l’agence et des rouages de terrain, le fonctionnement à la  népalaise, la «Ke garné attitude», ne simplifie pas vraiment les choses
Deux ressources m’ont beaucoup aidées :
«Le pouvoir du moment présent» de Eckhart Tolle aux éditions Ariane
«Les mots sont des fenêtres ...» de Marshall B. Rosenberg, aux éditions La découverte.


dans la vallée, à Kermi les Bains. Un luxe inoui !

La transgression
L’expérience la plus importante que j’ai vécue au Saipal peut se résumer par ce mot.
Je sais maintenant qu’il faut être capable de transgresser les règles. Et pire encore, transgresser les règles que nous avons nous même édictées. A la poubelle les
process qu’il faut suivre à la lettre. Bien sûr, il faut des procédures précises pour donner un cadre, une direction, mais il nous faut construire des process que l’on sait modifiables en fonction de la situation, à l’instant et en ce lieu. 
Cela paraît un peu nébuleux, mais il suffit de relire le déroulement du Manaslu en 2009 ou du Noijing au printemps 2010. Dans les deux cas, je n’ai pas été capable de  modifier ma posture.
Faisons un retour en arrière sur le livre de Rémi Engelbrecht, 
«Faire la trace : sept leçons de haute montagne à l’usage des  managers». Comme son nom l’indique, un livre sur le management en entreprise qui s’appuie sur des histoires  vécues de guide de haute montagne. Rémi est à la fois guide et  enseignant à l’Ecole de Management de Grenoble.
Dans le chapitre «Pas de pique-nique sous les séracs», Rémi raconte l’histoire d’un guide qui se désencorde d’avec ses clients qui veulent absolument faire une pause... sous des séracs. Dans le cadre de la profession de guide c’est un comportement assez paradoxal mais dans ce cas, d’une évidence limpide.
Encore faut-il oser faire le pas.
«Face à une situation nouvelle, après une analyse de cette situation, oser prendre une initiative forte, décider clairement de la conduite à tenir et passer à l’action.»
Pour la première fois, grâce à Frank, j’ai osé modifier une organisation que j’avais volontairement figée dans le marbre avant le départ. Nous avions trois jours avant que les yackmen de Chala ne se présentent au camp de base pour assurer le transport des bagages. Pas un de plus !
Bien sûr, Frank avait raison, il FALLAIT se décaler d’un jour car ce jour en + était (dixit les prévisions météo) un vrai summit day.
Par contre, les conséquences n’ont pas été anodines. Michelle et Jean et Jef, me connaissant, ont été très inquiets au camp de base, ne nous voyant pas arriver le jour J. Il aurait suffit d’un jeu de radio pour rassurer tout le monde et expliquer la situation.
Dont acte pour la prochaine fois.
La colère et l’incompréhension de Roland à mon égard auraient également pu être limitées. Mais nous sommes là dans un registre plus complexe, sur lequel je ne me sens pas capable d’écrire.

«A chacun sa trajectoire»
Chaque participant a sa propre trajectoire au sein de l’expédition. 
Au Saipal, chacun a vécu son propre cheminement vers le sommet, en allant jusqu’où il était possible d’aller pour lui. A l’instant présent...
Bien sûr, il y a de la déception, un sentiment de non réalisation, un décalage entre ce que l’on projette ou souhaite et ce qui se passe, entre qui on aimerait être et ce que l’on fait réellement. C’est forcément douloureux...
Le point de départ reste cette volonté de construire une organisation  qui permette à chacun et à tous d’atteindre le sommet. Et si possible tous ensemble.
Mais plus les projets sont difficiles ou complexes, plus cet objectif est difficile à atteindre.
Il y a cette notion de trajectoire mais aussi un prolongement concret, dans une attention particulière, une capacité à reconstruire, à reconsidérer ce qui est fait quand une personne ne «peut» plus continuer vers le sommet.
C’est la situation que nous avons vécue avec Roland, qui au Shadow Camp est fatigué et a besoin d’une journée de repos. Mais le nombre de jours restant pour l’ascension (3) ne lui permet pas de se décaler, et il préfère redescendre.
Par contre, avec un peu de recul on s’aperçoit qu’il y avait d’autres solutions que cette logique binaire, oui/non, monter/descendre. Car, sauf nécessité absolue, il est dommage d’aller si loin et si haut et de ne pas valoriser le mieux possible notre présence en ces Hauts Lieux. Le déroulement de l’expédition austro-allemande est caricatural dans ce domaine, puisque l’ensemble du groupe a quitté le camp de base avec 3 jours d’avance alors qu’il faisait beau, que les conditions étaient bonnes et qu’il y avait d’autres sommets à portée de main.
Avec Roland, mais aussi avec Michelle, nous aurions pu prendre le temps de poser la question.
Est-il possible de faire quelque chose dans le temps imparti ?
Cette possibilité a-t-elle du sens à cet instant précis ?
Est-il possible de se ré-organiser, sans prise de tête ?
Il me semble que si cette posture est envisagée dès le départ, si l’environnement, si les montagnes sont appréhendés, observés dans leur globalité et en dépassant l’obnubilation, l’obscursisement de la pensée tendue vers le sommet, il devrait être possible de rebondir, d’imaginer un projet motivant et pertinent, au lieu et à l’instant.

Prendre soin de soi... une priorité pour tous.
Il est nécessaire aussi de réfléchir pourquoi un grand gaillard comme Roland est fatigué au seul moment où il faudrait justement mettre un coup d’accélérateur. Mais cette réflexion est aussi valable pour moi. Je suis incapable d’aller en sommet par peur d’être trop fatigué pour assurer Fred 
à la descente de l’arête. Une arête très exposée, où le moindre faux pas serait fatal. J’ai eu une pensée pour Estelle, à qui j’avais promis de prendre soin de son Homme. 
Mais j’ai aussi pensé à moi car l’assurage à corde courte engage autant le premier que le second de cordée.
Je n’ai pas réussi à déléguer les taches les plus fatigantes que  j’avais à assumer et je ne me suis pas ménagé. Quatre jours de suite j’étais devant, à repérer, équiper la montagne avec l’équipe népalaise. Mais j’étais aussi derrière, car un soir, je suis rentré un peu tard avec Jean.
Dans un autre registre, je n’ai pas réussi à dire à Roland et à Ronan qu’il était indispensable de se ménager même et surtout quand on ne ressent pas (pas encore) de signe de fatigue. Pas facile d’imposer un repos à des personnes impatientes d’en découdre.

La gestion des équipes, des compétences et du matériel.
L’équipe austro-allemande nous a aussi perturbé dans notre organisation, pourtant les contacts ont été minima. Etant sur le même itinéraire, nous avions convenu de partager les cordes et j’avais donc décidé de laisser un de nos rouleaux au camp de base. Un loupé qui nous a peut être coûté une journée, ou du moins qui explique pourquoi nous rentrons si tard quand nous montons déposer des affaires au camp du Rani Himal. Il nous manque un rouleau que Bishal apportera  seulement la veille au Red Rock Camp et qui arrive le lendemain à 10h à notre Shadow Camp. Nous partirons donc un peu tard, avec Kishor pour équiper la partie finale. Heureusement, nous avons juste assez de corde pour rejoindre l’arête. La suite, «the Kishor Ridge», se fera donc en étant encordé.
Lakpa en gardera certainement un souvenir marqué !
Le choix de Kishor pour m’accompagner et m’aider à terminer l’équipement de la montée était une erreur. Malgré sa participation à un stage de formation (le basic NMA), il avait trop peu d’expérience sur une pente aussi raide et impressionnante, même si elle n’était pas très difficile techniquement (voir les photos). Par contre, c’était une bonne idée que de permettre à Bikram et Lakpa de se reposer.

Ne pas tout faire en même temps,
C’est juste la confirmation d’une règle qu’il est important de respecter. Et par deux fois, l’expérience du Ratna va me servir de référence.
A suivre...

La relation avec l’équipe austro-allemande
bo^^z

Mais aussi ...Tranches de vie
Faire la trace dans les gobelets
La discussion sur les cordes
"Une tente qui s’envole"
La prise de décision au sommet.

Les cartes...


Un extrait de la carte Nepa Maps "Kailas, Manasarovar" au 1:200 000
Depuis Simikot, nous remonterons la vallée de la Humla Karnali jusqu'à Yalbang, en empruntant le sentier vers le Tibet et le Kailas par le Nara La. Puis, sur l'autre versant de la vallée, il nous faut rejoindre le village de Chala.
Jusqu'ici nous sommes toujours sur de bons sentiers très fréquentés par les villageois.
Tout change après Chala pour entrer dans la vallée de Karang jusqu'aux bergeries de Mula bari et au glacier du Saipal Himal

Cette page spéciale est dédiée au topo précis du Saipal.

 

Un petit clin d'oeil à mes partenaires
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Et les liens qui vont bien : Salewa, Asolo, Petzl, Beal, les lunettes Adidas

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Mais aussi avec Triple Zero pour les duvets, CILAO pour les sacs à dos, les baudriers light.

Et bien sûr, l'IFREMMONT pour son soutien et suivi médical.

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Regards croisés...
Un choix forcément difficile. 5 photos pour illustrer un voyage d'un long mois.

Le choix de Frank


Une bien jolie Montagne que l'on découvre pour la première fois en grandeur réelle et qui montre tout son caractère.
Dixit le poète Paulo : " Il va falloir se sortir les doigts ..."
Personnellement cette première rencontre renforça ma volonté d'aller tout la haut - On est toujours plus motivé de séduire une belle ...ce d'autant que peu nombreux sont ceux qui s'y frottent. C'est à partir de ce moment que j'ai réellement pris conscience du coté aventureux de notre voyage pour lequel il nous faudrait la clémence de Dame nature et rester en bonne santé pour essayer d'atteindre notre objectif. A noter, comme le dira Jean que nous avions tous signé pour ce projet alors que nous n'avions vu aucune photo du Saipal. "Il est fort ce Paulo "
Au retour sur Simikot plusieurs Népalais me dirent qu'ils avaient trouvé que cette Montagne était vraiment belle. En bref s'il y a un peu de communication de faite, on peut être certain que cela donnera des idées à d'autres.


Monté vers le Camp 2 - Il a neigé dans la nuit et il faut faire la trace.
La matinée est ensoleillée - On aperçoit au loin l'objet de nos ambitions.... encore bien loin ...


L'isolement de l'homme au milieu de ce magnifique paysage minéral himalayen symbolise cette photo alors qu'on peut imaginer que le sommet se trouve encore bien haut étant donné la masse rocheuse et glaciaire impressionnante que l'on voit en arrière plan.
Ce camp 2 est aussi le point de séparation avec nos amis Autrichiens qui n'emprunteront pas le même chemin. On est désormais les seuls sur cette Montagne.


C'est pour beaucoup le point le plus haut qui sera atteint alors qu'ils n'en sont pas tous conscients.
Cette monté du Rani fut la partie la plus délicate sur le plan technique mais que toute l'équipe réussit à surmonter.
Elle aura exigé beaucoup d'énergie et restera le point clé de notre aventure.
Courtes seront les quelques minutes au Rani puisqu'il faut engager la descente sans tarder pour essayer de rentrer avant la nuit.


Il ne reste plus que 2 tentes ... Le groupe s'est aminci.
On aperçoit au loin le Tiger Top et le Saipal alors que l'on devine que le vent souffle fort.
Le sommet semble si proche et pourtant il faudra encore de la volonté et la clémence de la météo pour continuer. Personnellement je garderai longtemps en mémoire cette dernière arête séparant ces 2 sommets... Il manquait si peu de choses... Un peu de regrets forcément mais aucune rancune envers toi Paulo ... Peut-être un peu envers Ronan mais si cette expérience l'a fait grandir alors tout cela en valait la peine.... Mais cela eut été tellement beau d'atteindre ce sommet avec des compagnons de cordée que l'on estime.

Le regard de Jean

Le gaulois a de nouveau frappé!
Bon, il a fallu être patient, surtout à Surkhet, mais le poulet au gingembre passait bien. Et puis, ce long chemin vers le Saipal, tout le temps sous le soleil, sans touristes, sans lodge, sans tchang (quoique, discrètement!), mais avec une autre expé de casques à pointe devant nous, inattendu...
Notre groupe soudé, des jeunes plein d'entrain, une seule femme, mais quelle Michelle, des vieux inoxydables, et puis Le Bikram, un vrai GUIDE népalais, l'ouvreur du Saipal.
Des rigolades, même dans les moments difficiles avec le Jef ("c'est intelligent, ça"), une descente en slick quand je perds mes 2 semelles au camp 1 (ça m'a couté une rasade de MON whisky contre une paire de chaussures de trek du Paulo), le Fred et son "Roule ma poule", notre aide cuistot dit Monsieur Capote, le sourire du Franck toujours tourné sur le sommet, le Roland et ses questionnements pour atteindre le nirvana, et l'heureux Ronan, va plus mollo et ça passera...
Le Rani Himal, pas trop en progression douce depuis la camp 3, avec 400 de corde fixe, mais tous les 8 en haut en même temps, et quel descente, sous la voie lactée pour moi, lenteur oblige.
Merci le gaulois, plus de plénitude aurait été insupportable.
Jean






Le choix de Fredéric
Forcément limité par la qualité de son appareil.
"voici mes photos :
une culture
une gastronomie
un peuple
une superbe montagne
une équipe formidable"






`

 

Pour Roland
Ce sera plutôt des vidéos. Mais je galère pour l'instant pour les récupérer. A suivre donc.

Le regard de Michelle


Nous sommes bien arrivés sur le plancher des vaches, il y a la cause de notre retard sur le talus,
et on remercie le PAC-750XL n• 160 immatriculé 9N-AJB de Air Kasthamandap et son pilote néo Z !


Les gamins de Chala, curieux de nos bagages autant que nous de leur village en pente, avec le souvenir de l'acceuil dans la maison,
du chang (pour le spécialiste Jean), et la remise des katas - celle là, on va la distinguer des nombreuses autres.


Un super moment dans le monastère avec le moine - la photo est limite floue
mais je ne voulais pas utiliser le flash pour préserver l'ambiance. Ah oui j'oubliais, Bishal aime les bonbons !



Le " cuistot" aux fourneaux, mes copains de tente (voir aussi le gonfleur de matelas et autre coussin !) --> on a super
bien mangé, d'ailleurs j'ai à peine maigri, et on a bien rigolé, je vous reprends tous les deux dans ma tente quand vous voulez !



La der, prise un peu en speed au deposit ou au Rani Himal, c'est au choix.
J'aurais bien aimé aller plus loin dans ce "Saipal ko yatra".


 

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