L'Himalaya au Féminin.
Quel matériel choisir quand on est une femme et que l'on souhaite partir en expédition en Himalaya ?

A Kathmandu, un autre camp de base.
Les trompes tibétaines de Boudhanath ont remplacé les klaxons de Thamel

Dans le massif du Kanjiroba, au Népal.

Bonjour Sonia, ou plutôt Namasté puisque tu rentres juste du Népal et plus particulièrement du Dolpo et du massif du Kanjiroba.
Tu as gravi plusieurs sommets vierges de plus de 6000 m et tenté une traversée inédite.
D’après le compte-rendu sur Internet ce fut une belle expérience.
C’est pas banal pour une Normande qui en plus travaille dans un bureau d'une banque !
- Sonia : Ben oui, faire du VTT c’est quand même plus simple quand on habite Rouen. Mais, manque de chance, depuis mon enfance, j’adore la montagne et j’ai même traversé les Alpes à ski. L'Himalaya est une suite logique, après les Alpes que je fréquente assidûment. Par exemple, cet été, j’ai adoré la Kuffner et les voies de mixte dans le Triangle du Tacul. En Himalaya, les sommets sont hauts mais plus faciles, l’ambiance y est extraordinaire.
-Quand même, un mois en haute altitude et dans le froid, ce n’est pas forcément des vacances très cool. «Une expé, ce n’est pas la plage... !*»
Tu n’as pas eu trop froid ?
- Sonia : Déjà, même pour une expédition d’un mois, ce n’est pas 30 jours en haute altitude. Il y a tout le trek pour rejoindre le pied de la montagne et ensuite il faut bien rentrer. C’est un vrai voyage dont seulement une petite partie se déroule en haute montagne. Cela correspond à environ 15 jours en montagne et seulement une semaine en altitude. Et là, effectivement, on est constamment dans la neige et il fait froid. Avec en plus la difficulté liée à l’altitude. Pour moi, c’est dur car je suis frileuse et plutôt d’un petit gabarit. La seule solution, c’est un équipement au top et surtout des vêtements fonctionnels, chauds bien sûr, mais aussi que l’on à plaisir à mettre.
C’est, je crois, le sujet de cette interview.
- Oui, oui, pas de souci, on y va.
Je sais que tu as maintenant de l’expérience en Himalaya et je voudrais savoir exactement les vêtements que tu as réellement portés durant cette expédition au Kanjiroba. Je vais faire un article sur "l’Himalaya au Féminin" et donc sur l’équipement, à la fois pour le Web et une revue spécialisée.

Au premier jour du trek, au départ de Jumla. Une tenue légère et respirante pour l'ensemble du voyage !

Le premier col, avant de basculer sur Hurikot.
- Sonia : Ok, alors commençons par le haut...
Du début à la fin, j’ai gardé mon haut Icebreaker, un sweet à manche longue en laine de mérinos (Le GT200 LS Chase Zip), que j’ai acheté cet été à la boutique de Chamonix (à retrouver sur Facebook).
- Et tu l’as gardé quasi un mois, sans le laver ?... !
-Sonia : Ben oui. Je ne transpire pas beaucoup et même après trois semaines ce n’était pas la catastrophe. C’est d’ailleurs un des arguments de vente d’Icebreaker : «Confort et absence d’odeur». En plus, c’est vrai !
Ce choix de vêtements en laine de mérinos est particulièrement judicieux, car en «Slow Expedition», on est souvent parti longtemps en altitude sans retour au camp de base (une semaine à 10 jours pour un sommet de 7000 m, 15 jours pour un 8000). Avoir des vêtements qui ne sentent pas le chacal au bout de quelques jours, c’est vraiment très agréable, cela évite aussi de transporter des affaires de rechange. C'est donc un gain de poids et moins d'effort en altitude.
D’ailleurs par-dessus, j’ai un autre sweet en laine de mérinos, d’une qualité thermique un peu plus importante. Que j’ai également gardé trois semaines !
Arrêtes de me regarder avec cet air ahuri comme si j’étais une Martienne.
T’inquiètes pas, pour aller au bureau, je change de toilette tous les matins.
Tu en fais autant toi ?
- JOKER... Et tes dessous ???
-Sonia : Tu es bête. Mais chiche ! Mon compagnon adore mes Marlies Dekkers, même en Himalaya. Et je trouve cela agréable de rester féminine même dans un milieu très dur et hostile. Les dessous Marlies Dekkers sont à la fois confortables, élégants et sensuels, sans être vulgaires. Avec le même maintien que les modèles de sport...
J’en connais qui disjoncte, sans être en altitude !


Prendre soin de soi, même très loin, même très haut...
- Oui, je vois... Allez, on reste concentré sur le sujet.
- Sonia : Alors, au-dessus de mes deux sous-vêtement en mérinos Icebreaker, j’ai un sweet (le Zanberlehrling), dans la collection Alpine Extrem Pro de Salewa. Il y a d’ailleurs une ligne spéciale Femme, plutôt bien conçue et très agréable à porter.
On m’a offert la softchell (Geierwally Stormwall) mais elle est tellement bien coupée que je préfère l’utiliser en ville ou en voyage. J’ai peur de l’abîmer en montagne, alors elle est restée à Kathmandu !
Pour avoir chaud, par-dessus, j’ai un gilet sans manche en duvet de la marque Salewa. C’est super pratique, chaud, compressible et le soir, je le fourre dans mon duvet.
Puis, en altitude, je porte quasi tout le temps, la veste Carpe Diem Jacket en Primaloft, toujours dans l’Alpine Extrem Pro de Salewa. C’est comme une petite doudoune, mais moins fragile, à la fois légère, ample et confortable, avec plein de poches partout. En plus, elle est plutôt esthétique d’un jaune pétard. On ne peut plus me perdre.

Au départ du Camp de base 61, nous allons reconnaître l'emplacement du prochain camp.

Le sentier très escarpé "des jeunes mariés" pour rejoindre le camp de base du Sanctuaire.
Tenue de trek et chaussures basses ASOLO avec semelle Vibram.

Vers 5500 m, dans le début de l'ascension.
Le terrain est facile et le temps très clément. La tenue est la même que dans les Alpes, à part les chaussures.

Presque au sommet du Sanctuary Peak à plus de 6000 m. Grand beau et pas un souffle de vent...

Toujours la même superposition des couches... Et la veste Carpe Diem de Salewa

Sur l'arête, Marco et Sonia...
- Et pour les vêtements du bas...
Sonia : C’est beaucoup plus simple...
Un collant chaud en laine de mérinos.
Et un pantalon de montagne. Le Donna Fugata de l’Alpine Extrem Pro.
- Et ça te suffit ? Tu n’as pas de pantalons ou de combinaison d’altitude en duvet. Tu es quand même resté plusieurs jours en altitude au-dessus de 6000 m et en fin d’automne.
- Sonia : Effectivement, j’avais prévu en plus un pantalon en duvet de chez Triple Zéro. Mais comme il a fait super beau et sans vent, il est resté dans le sac à dos.
Le pantalon en duvet est d’ailleurs surtout un vêtement de confort que j’utilise dans la tente, pour être bien cocoon et ne pas avoir à rester systématiquement dans le sac de couchage. C’est plus agréable.
Pour la combine en duvet. J’en avais emporté une, que j’ai laissée au camp de base, le modèle Maité expé de Triple Zéro, faite sur mesure. Pour la petite histoire, Luis, le Boss de Triple Zéro m’avait même rajouté du duvet aux fesses. Eh oui, nous les femmes sommes plus sensibles au froid. C’est une réalité physiologique. Triple Zéro, c’est vraiment la Rolls des combines qui a été mise au point par Sébastien Constant. Enfin, peut être pas tout à fait le style tenue de soirée, mais vraiment très fonctionnelle avec des fermetures éclair partout et dans tous les sens. Et en plus elle est fabriquée en France dans un petit atelier du sud-ouest. C’est important pour moi. Car, je n’ai plus envie d’acheter une autre marque qui à tout délocalisé sa production en Chine ou ailleurs. Bref, j’aime bien Triple Zéro, c’est pas trop cher et c’est vendu sur Internet. J’ai même des chaussons en duvet Ukerdi de chez eux. En conclusion, je garde ma combine pour des sommets plus hauts, 7000 et plus, des conditions climatiques plus complexes ou pour des traversées plus engagées comme Samdo Phu.

Au sommet du "petit Larkye", masque Adidas et combinaison Triple Zéro.

A la descente du Larkye Peak, l'année précédente... Le temps n'est pas tout à fait le même !
- Et comme chaussure, j’espère que tu as des Everest... ?
- Sonia : Ben non. Mais j’ai quand même des super chaussures d’altitude. Des Manaslu de la marque ASOLO. Elles sont un peu moins volumineuses, plus légères et surtout le fit est plus étroit et correspond mieux à mon pied. Elles sont vraiment très confortables. À condition, bien sûr d’avoir de bonnes chaussettes. Et les TORLO me conviennent bien, il y a un modèle pour le trek et un autre pour la haute montagne.
En complément des Manaslu pour l’altitude, j’ai des chaussures basses de trek,( les distances) et des sandales avec une semelle Vibram.
Mais la prochaine fois, je prendrais aussi mes Cholatse ASOLO, une chaussure de montagne plus technique et un peu chaude que je mets en cascade de glace, l’hiver chez nous.
Comme crampons, j’ai d’habitude des Vasak Leverlock de PETZL avec des antibott. Mais cette fois-ci, j’ai essayé des Dru 2.0 Antiboot de Salewa. Faciles à régler et légers mais avec un souci que l’on retrouve souvent : les antibott en plastique rigide augmentent la sensation de glisse des crampons à la descente et ce n’est pas très rassurant. Les anciens antibott en latex étaient vraiment mieux.
Comme baudrier, j’hésite souvent entre le string de CILAO (pardon le modèle OZ 22 expert) et le Hirundos de Petzl.
C’est fois, j’ai pris le Cilao pour une question de poids.
J’avais aussi deux piolets, car la voie envisagée pouvait être difficile. L’un un peu technique, un Sum’tec de Petzl. L’autre plus classique, un Freney de Salewa que j’ai particulièrement apprécié pour sa tenue en main et sa légèreté. Les outils techniques sont souvent trop volumineux pour des mains de femme...
Pour le sac à dos, j'avais jusqu'à présent un Love Alpine qui m'allait très bien. Cette année pour Samdo Phu, je vais essayer le nouveau IZI 87 de chez CILAO. Il est vraiment plus léger, mais surtout il y a plusieurs tailles ce qui est bien pratique quand on est plutôt mince et petite comme moi.

Au Sanctuary Base Camp,avant de partir pour l'altitude, dernière vérification des crampons...

Un peu de glace pour rejoindre l'arête.

- Et comme lunettes ?
Sonia : mes ADIDAS, comme toujours.
Niveau 4 pour l’altitude, bien sûr. Elles sont vraiment très enveloppantes et si la luminosité est trop violente, il y a un kit complet dans la même boite : un cache-nez, un serre tête et une protection supplémentaire pour éviter que les rayons passent par-dessous.
Pour la tête, j’ai plusieurs Buff de couleurs et un bonnet plutôt chaud.
Mais le plus difficile reste les mains.
C’est vraiment difficile pour bien choisir des gants, car j’ai des mains plutôt fines et longues. J’ai froid très vite. Et comme il en faut plusieurs de types différents, c’est un vrai casse-tête. C’est surtout très handicapant d’avoir froid aux mains. Tout peu basculer très vite : impossible d’ouvrir le sac à dos ou une pochette bien fermée. Je me sens vraiment très vulnérable. C’est à la fois une question de sécurité et de confort. Et je n’ai pas envie de perdre mes doigts.

- Et dans la tente, tu as du matériel particulier ?

Dans la tente... les matelas néo air de Thermarest deviennent des sièges confortables...
Et j'attends avec impatience les nouveaux modèles de Thermarest, à la fois plus légers et plus chauds.
Affaire à suivre...
Et le must en trek, ce sont des matelas classiques de trek + les Thermarest en dessous. Ne riez pas car c'est vraiment important de bien dormir, surtout dans la phase d'acclimatation. Et les matelas fournis par les agences népalaises sont parfois riquiquis.

Une XPD Base de Salewa, prévu pour trois mais utilisé à deux comme tente à vivre en "Slow Expedition".

Au camp de base avancé...
Depuis le palace d'une XPD Base, la vue sur notre petite tente, une XPD altitude Salewa (rebaptisé la niche à chien ! à cause de son confort tout relatif).
C'est dur parfois le métier de testeur de matériel sur le terrain !
Pour ce qui est des Réchauds, ce n'est pas moi qui m'en occupe.
Faut savoir déléguer dans la vie !
Mais je sais aussi m'en servir et j'aime bien l'efficacité redoutable du REACTOR de chez MSR, pour faire fondre la neige.
En altitude, il faut juste être attentif à réchaufer la cartouche au bain-marie car sinon, ça marche pas très bien. Certainement un problème de pression. Et j'ai beaucoup ri (un peu jaune aussi) avec la mésaventure qui est arrivée durant l'ascension du Cho Oyu en 2011. Mais quelle idée de mettre un réchaud sur un autre pour le réchauffer !!!
J'aime beaucoup ce concept de réchaud optimisé qui consomme moins de gaz et qui nous évite de porter des cartouches en plus.
Pour Samdo Phu, nous aurons même une plus grande casserole, celle de 2 litres 5.
Et aussi un nouveau réchaud Windpro II toujours chez MSR, avec un support de cartouche inversé. C'est drôle comme des idées toutes simples peuvent améliorer la vie sous la tente.
Histoire à suivre...
il est temps de partir pour Samdo Phu