Les arbres du Mustang...
Un sujet qui passionne les botanistes.







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Dernière mise à jour le 25 Février 2011
Avec la participation de Jean-Paul Charpentier et d'Etienne Principaud




Durant la traversée du Nord Mustang, "des Lacs du Damodar au village de Samdzong".
Une vraie surprise, nous avons traversé une forêt !


Normalement le Mustang ressemble plutôt à ce style de paysage.
Ici, avec Jean Paul nous sommes en repérage sur un grand plateau d'alpage d'Amaka, pour une journée mémorable entre Dhi et Lo Manthang.
C'est aussi l'hiver au Mustang, pour ce 1er voyage de TIRAWA, "Le Mustang en hiver".


Un grand arbre solitaire, qui surveille sa forêt... juste derrière lui !


De retour du Mustang en hiver, Jean Paul Charpentier m'a envoyé ce petit mot...
"J'avais rapporté des échantillons et photos des grands arbres vus après le village abandonné avant le dernier col et les grands cyprès sur les flans du plateau.
Les botanistes se sont penchés dessus et sont très enthousiasmes, ce sont des spécimens exceptionnels (quasiment du jamais vu) et très bien conservés (ce qui les étonne vu la pression de la population sur le milieu arboricole)"

Le spécialiste mondial des cupressacées (cyprès) (suisse) a déjà préparé une page Web.
www.pinetum.org/Mustang.htm

Les espèces sont :
Juniperus indica (genevrier) (en buisson ou en tronc)
Cupressus torulosa (cyprès) les très grands arbres vus au loin avant la gorge de la dernière rivière traversée

Quelques commentaires...
Malgré l'aspect très désertique du Mustang en général, la qualité de la flore et son caractère rare et exceptionnel semblent très attrayants et d'un intéret botanique indéniable.
En tout cas, tout cela enthousiasme les botanistes.
À quand une expédition à caractère botanique, pour mieux comprendre les liens entre flore, végétation et population ?
Par exemple, pour que les cyprès soient conservés aussi bien et se retrouvent dans cet état, c'est qu'ils ont été préservés par la population pourtant avide de bois. Certainement, un caractère sacré de l'emplacement ou bien de ces arbres proprement dit, à creuser !!


A Chele, Jean Paul nous explique pourquoi fin décembre on trouve des champs qui sont déjà en culture et avec des pouces vertes.
Tout simplement parce que c'est du blé d'hiver. Bref un sorte d'orge particulier.

Les arbres domestiques au Mustang, par Jean Paul Charpentier


Ces arbres principalement des saules se trouvent au coeur des villages ou dans les champs proches.
Ils sont cultivés, multipliés par bouturage, entretenus par les habitants et leur production et récolte sont gérées dans le temps.
Dans cet environnement sans arbres du Mustang, le saule est une richesse pour les Lô-pas servant principalement pour la construction.





Cet arbre est préservé, il pousse librement sans aucun prélèvement, est-il sur un emplacement sacré ?
(Drakmar)


Tandis que ceux ci ont été conduits spécialement pour produire des tiges bien droites qui serviront certainement pour du bois d’oeuvre en construction
ou pour le bois de cuisson par prélèvement réguliers et bien gérés.(Geling)


Les arbres sauvages au Mustang, par Jean Paul Charpentier


Sur les coteaux très secs et calcaires entre Samar et Kagbeni, le genévrier (Juniperus indica) s’installe et pousse soit en buisson et parfois en arbre tortueux. Ce peuplement très riche et important pour le Mustang est très exploité par les habitants qui viennent de loin en caravane de chevaux.
Il représente le bois idéal pour la cuisson par ses qualités calorifiques.



On le penserait mort mais non il résiste encore avec quelques bouquets de feuilles


Cette forêt de cyprès (Cupressus turulosa) entre Samar et Kagbeni cachée au fin fond d’un haut plateau est en sursis et en survie.
Elle ne se reproduit plus, les arbres sont tous du même âge, il n’y a pas de jeune. Il y a peu d’individus.
Elle est malgré tout préservée car les habitants ne semblent pas l’exploiter ; on ne voit pas de souches d’arbres coupés et les arbres ne sont pas déformés.
Ce sont tous des spécimens exceptionnels pour cette espèce.




Dans la vallée de Lubrak, en hauteur sur le versant à l’ombre, on aperçoit une belle forêt de résineux mais que l’on n’a pu approcher,
certainement des pins comme ceux-ci vus près du village de Lubrak.

Les arbres dans l’expression du sacré, "Mustang en hiver 2010-2011"
©,
par Jean Paul Charpentier


De très vieux saules morts, inclus dans le mur d’un enclos portent les couleurs du monastère de Sakya. (Drakmar)



Les plus beaux spécimens, plusieurs fois centenaires? sont préservés et ornés des symboles religieux
(saules à Drakmar)



Temple de Muktinath
Le parc du temple est arboré d’un ensemble de peupliers. Etonnant à cette altitude (3500 m) ! Je n’ai pu déterminer exactement l’espèce.
Peut-être Populus cialata? (exemplaire d’une feuille morte pour les spécialistes !)



Le plus beau spécimen du parc, d’une bien belle taille, est honoré par les pèlerins hindouistes. Quel âge peut-il bien avoir ?
Certainement plusieurs fois centenaire, ici dans ces conditions si difficiles pour pousser.


Au coeur du village de Lubrak, dernier bastion de la religion Bön au Mustang, un très vieux noyer (Juglans regia) resiste au temps et aux éléments contraires.
Il ne reste plus qu’une seule branche vivante.
La légende dit qu’il est à l’origine de l’implantation du village à cet endroit de la vallée.
Depuis, combien de générations se sont succédées à son pied ? Combien de palabres sous son ombrage et combien de pujas a-t-il vus ?

 

Pour élargir un peu le propos voici quelques éléments botaniques sur l'Himalaya, avec des photos d'Etienne Principaud.
Pas de souci, je vous prépare une traduction en Français... pour hygrophile, mésophile, xérophiles ?

Végétation
La haute vallée de la Kali Gandaki forme une cellule steppique.
En quelques dizaines de kilomètres de la région Thakali au Royaume de Lo on passe de l'étage montagnard hygrophile des Quercus, à l'étage mésophile à Acer puias à des forêts xérophiles à Pinus Wallichii.
En amont de Jomosom, la végétation est quasi désertique. L'essentiel du terrain est soumis à une forte érosion éolienne.
Malgré les faibles précipitations, il existe quelques forêts au sud de la région qui couvrent environ 5 à 6% du territoire, mais de nature non climaciques, c'est-à-dire qui ne repoussent pas.
Quelques ilôts de Juniperus torulosa (notamment au niveau de Samar) persistent par endroits, entourés d'une steppe à Caragana  brevifolia, (gro-ma) de 60 à 80 cm de haut à fleurs jaunes et à Lonicera spinosa, (sred-pa) à fleurs mauves.


Caragana  brevifolia, (gro-ma) à fleurs jaunes. ©Etienne Principaud


Lonicera spinosa, (sred-pa) à fleurs mauves. ©Etienne Principaud

Cette zone est surmontée d'un étage alpin à Kobresia, Stipa, carex et nombreuses dicotylédones en coussinets.
Des traînées arbustives à Myricaria (bruyère), Hippophae rhamnoides (argousier, star-bu), saule, caragana, subsistent dans les régions humides.
L'étage nival au dessus de 5000 m porte une végétation à coussinets diffus, en espaliers sur éboulis mouvants jusqu'à 6000 m.

A cause du manque de pluies et l'exploitation excessive par les animaux et les hommes, la végétation a diminué à Lo pendant ces deux derniers siècles. Ce processus (le désertification continue aujourd'hui et a aussi pour cause majeure le manque de bois combustible. La dernière forêt se trouve au sud de Lo, entre Samar et Ghiling; définie plus comme une "steppe arborée" qu'une véritable forêt

Flora of Mustang, Nepal [Hardcover]
Hideaki Ohba (Author), Yu Iokawa (Author), Lokendra Raj Sharma (Author)


Très difficile à trouver car indisponible sur Amazon, non trouvé sur Abebooks.

Enfin un chapitre sur les arbres sacrés (Lha shings) et les fulmigations s’impose !
Lha shing (Lha-çin)
Ce sont les « arbres des dieux ». Ces arbres sont le plus souvent des genévriers. Leurs aiguilles servent d'encens lors des fumigations rituelles « bsans ».
Ils sont considérés comme sacrés et intouchables. On ne coupe jamais de branches sur ces arbres.
A noter que s'ils sont censés être les demeures des dieux lha, leurs racines peuvent héberger des lhu.


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud

Les fumigations de genévrier, "Bsans"
Au moment où la maisonnée se réveille a lieu le bsans. Une fumigation de genévrier et de bsur (mélange poudreux de farine et de beurre) est allumée dans un petit pot de terre ou dans un encensoir (bsans 'phor), puispromenée dans toutes les pièces de la maison et quelquefois autour de l'habitation, avant d'être déposée sur le rebord du toit-terrasse ou dans une construction de terre crue (bsans khan) prévue à cet effet. L'officiant, par la fumée odoriférante de ces offrandes, purifie l'espace domestique et nourrit les multiples puissances qui y vivent; par ces prières, il les propitie et renouvelle sa demande de protection à leur égard.
Il est dans la plupart des communautés, le fait du seul maître de maison.


©Etienne Principaud

Source
Pascale Dollfus :Lieu de neige et de genévriers . Paris. CNRS Editions.
Les dieux des terroirs et les genévriers : un rituel tibétain de purification = The land deities and the juniper trees : a Tibetan ritual of purification
La notion de purification rituelle se révèle comme un des éléments fondamentaux constituant la culture indigène tibétaine. Dans sa forme populaire, il s'agit d'une pratique journalière concernant l'ensemble du peuple de culture tibétaine, mais dont la signification rituelle varie d'intensité selon les groupes. La liturgie est accomplie par un personnel spécial. L'objectif de cette purification est de laver les hommes de leurs actes concernant leur bien-être ainsi que celui de leurs déités ancestrales. La purification est en relation avec un mythe d'origine, celui du premier roi céleste, fondateur de la nation tibétaine


©Etienne Principaud

 
L’arbre dans l’espace villageois.
Dans la vallée, les rives du cours d'eau, les pourtours des pelouses humides et les terres arides au voisinage des maisons  sont couverts de plantations de saules et de peupliers.
L'élagage des arbres en hiver permet tout d'abord d'obtenir du bois d'allumage pour le poêle qui, le soir, apporte un peu de chaleur dans les maisons. Ainsi, la corvée de collecte de plantes ligneuses sauvages qui conduisait les femmes ou les enfants à des distances de plus en plus grandes du village n'est elle plus utile. D'autre part, une fois abattus, les arbres de taille adulte fournissent le bois nécessaire à la fabrication d'outils, de meubles et des différents éléments d'une charpente.
Enfin, au début du printemps, une partie des jeunes pousses et des feuilles sont coupées et distribuées au bétail qui peine à trouver dans les pacages encore dénudés une pitance suffisante.
Tous les trois ans environ, les plus grosses branches  de saules sont coupées puis écorcées. On obtient ainsi des gral bu. dont le sens littéral « petites rangées » évoque déjà l'usage qui en est fait. Assemblées en travers des poutres et des solives, elles forment en effet l'armature du toit des maisons.

Source :
Valérie Labbal, Travail de la terre, travail de la pierre. Des modes de mise en valeur des milieux arides par les sociétés himalayennes : L'exemple du Ladakh, Université de Provence, 2001, 440 p. (thèse de doctorat d'Anthropologie)

Port folio

Genévriers...


©Etienne Principaud



©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud

 

 

Saules...


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud


©Etienne Principaud

Bibliographie...
LABBAL Valérie -- "Travail de la terre, travail de la pierre" : Des modes de mise en valeur des milieux arides par les sociétés himalayennes - L'exemple du Ladakh - 2 tomes -- Thèse 2001
Elle est disponible à AIX-MARSEILLE 1 - BU Lettres par prêt inter bibliothèque.

 

 

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