"Sur les traces du sacré",
L'ascension du Bhrikuti Shail, 6361 m.

Octobre 2010




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En montant vers le camp de base, Gyalzen devant le Lagula. Bhrikuti est a sa droite.




L'ascension du Bhrikuti Shail, 6361 m.

En ce printemps 2009, nous voici au sommet du Bhrikuti.
Le paysage est surprenant, de grands glaciers s’écoulent doucement vers le Tibet pour s’échouer dans une immensité minérale d’ocre et de bruns. Au loin, vers le Nord, les derniers soubresauts de la chaine himalayenne s’apaisent en un horizon de douces ondulations. A notre droite, un grand sommet enneigé semble fait tout exprès pour la courbure de nos skis. Une grande combe de neige et des arêtes qui se cabrent en un dôme sommital d’une rondeur accueillante.
Pourtant, à l’inverse du Bhrikuti, ce Lagula n’est pas un sommet autorisé par le gouvernement népalais. Car il faut savoir qu’au Népal, la pratique de l’alpinisme est rigoureusement règlementé et seul quelques sommets du Damodar Himal sont ouverts aux alpinistes.
Il y a d’ailleurs deux catégories de sommets :

  • les « Trekking peak» entre 5500 m et 6800 m, gérés par la NMA (la Nepal  Mountainering association) avec des coûts de royaltie réduits et des formalités administratives allégés.
  • les « Expedition peak", une liste de sommets de 5500 m jusqu’à l’Everest, sous le contrôle du ministère du tourisme Népalais, avec des formalités contraignantes et un coût souvent très important et variable en fonction de l’altitude, de la saison et du nombre d’alpinistes.

Sur la liste des sommets d’expédition, le Bhrikuti fait d’ailleurs partie d’une catégorie à part puisqu’il s’agit d’une « Joint Expedition » qui doit comporter au moins trois Népalais dans le groupe des alpinistes. Une mesure sensée impliquer les Népalais dans la pratique de la montagne mais qui concrètement n’est d’aucune utilité, puisque ce sont avant tout des gens de l’équipe qui travaille comme « Climbing Sherpa».
Ce ne sera pas tout à fait notre cas, puisque Temba, Chhotemba et Gyalzen qui nous accompagnent au sommet seront encordés avec nous avec un vrai statut d’alpiniste et de 1er de cordée, sans pour autant travailler comme porteur d’altitude.
Car le Bhrikuti, malgré son altitude déjà importante 6361 m est d’une simplicité d’ascension et d’organisation surprenante. Au printemps, le camp de base à 5450 et le camp d’altitude à 5800 sont directement accessibles avec des mules, ce qui supprime tout problème de portage du matériel. Ce sera la bonne surprise de cette première ascension. Tout est plus simple que prévu. Et cela correspond exactement au projet initial : un itinéraire original qui soit à l’interface entre la randonnée et l’alpinisme, avec une forte dimension culturelle.
D’ailleurs, pour l’automne 2011, l’exploration de la vallée de Limi tout à l’Ouest du Népal a été conçue de la même manière. Reste à découvrir à quoi ressemble le Changwathang !


Le camp d'altitude, à pied d'oeuvre.


Pierre et Jacques, à deux pas du sommet.



La dernière montée...


Toutes l'équipe ou presque. Et une spéciale dédicace pour Marcel !


Chhotemba et Etienne Principaud au début de la descente

Mais revenons à notre histoire…
C’est le printemps en Himalaya. Il fait doux au Mustang, presque chaud.
Dans la vallée, les champs forment une mosaïque de vert autour des villages. Plus haut, la végétation est plus timide et les bourgeons des saules commencent timidement à poindre. Les jours se suivent tranquillement, un quotidien d’itinérance s’installe entre l’équipe népalaise, les muletiers et nous.
Bien plus haut, du premier col, après Ghuma Thati, les cimes du Damodar se profilent à l’horizon. Lagula, à plus de 6700 m se dresse, altier et solitaire avec à ces pieds Bhrikuti, langoureusement assoupie. Ses formes douces laisse présager d’une ascension sans histoire. Et effectivement, nous n’aurons besoin que de la corde et des crampons.
Le camp de base s’installe tranquillement au creux d’un vallon près d’une rivière d’eau claire.  D’un côté le blanc des glaciers et de l’autre l’ocre d’un désert minéral.
Depuis le camp d’altitude à 5800 m, le sommet est presque une formalité. Il fait un temps merveilleux et le paysage est splendide.
Cette ascension du Bhrikuti par son versant nord est aussi l’occasion de mettre en pratique « la progression douce en Himalaya ». L’objectif est de progresser en altitude de manière raisonnée en évitant toute fatigue, tout « mal être » superflu. Concrètement, les différents camps sont relativement rapprochés (pas plus de 400 à 500 m de dénivelée et 3 à 4 h de marche), pour réduire l’effort, avoir du temps pour en profiter et surtout laisser au corps la possibilité de récupérer, de s’adapter à l’altitude. Une grande attention est portée à notre manière de marcher, de respirer, sur tous les petits détails qui nous empêchent d’être présent à l’instant et au lieu.
L’objectif est de vivre la haute altitude avec le plus de plaisir possible même pour un groupe d’alpinistes néophytes. Plus qu’une évolution dans la manière de gravir les sommets himalayens, il s’agit d’une véritable révolution.

L’ascension d’un haut sommet n’est jamais facile.
Il y a les émotions propres à une expédition, quand le temps s’installe dans un registre différent. Le temps qui s’étire quand le camp d’altitude a été installé et que nous passons l’après-midi dans les nuages en une douce somnolence. Le temps qui nous fait douter… Va-il faire beau demain ?
Puis il y a l’action. Le froid du petit matin, le corps engourdi qu’il faut réveiller sans brutalité, l’heure trop matinale, l’inconfort du petit-déjeuner, la difficulté de s’équiper et les premiers pas. Plus haut, viendra la récompense d’un lever de soleil de carte postale et le sommet à portée de mains. Il fait beau et nous avons tout notre temps.
Il y a surtout la fragilité de l’être humain. Marcel très fatigué, qui progresse doucement vers son rêve. Et le corps qui dit Stop… AIT, AVC, des noms barbares qui expriment toutes les souffrances de nos vies d’en bas. Mais il nous faut malgré tout redescendre, rejoindre le monde des hommes. Marcel continuera son chemin avec nous, soutenu par toute l’équipe. Le voyage est loin d’être terminé et la traversée des hauts plateaux tibétain est particulièrement aventureuse, personne de l’équipe ne connaît cette région du Nord Mustang.

Avant de poursuivre vers Samdzong, je vous invite à faire un détour vers Rigzum Gönpo et Robert Powell, pour mieux comprendre la magie de ces « sacred landscape» et décrypter le sens sacré de ces paysages surprenants.

A bientôt...


Toute l'ambiance d'un voyage en altitude au Mustang


En arrière plan, de gauche à droite...
Bhrikuti Shail 6361 m, le grand col du Tir Hawa La, le Himso Himal 6337 m et le Shelka Kangri 6358 m
Et quelques clins d'oeil...

Le prochain épisode...



Le livre de référence sur le Mustang avec une préface de Roberto Vitali.

Quelques livres, à lire en chemin...
"Sommet du Népal" par Jean Annequin et Paul grobel aux Editions Glénat

Et sur le site :

 

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