Athahra Saya Khola Himal
La montagne aux 1800 rivières

Regards croisés...

Automne 2011




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Le compte rendu de l'expédition au Panbari en 2011

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Dernière modification, le 7 février 2012


Regards croisés et témoignages


Benoît au sommet de la montagne aux 1800 rivières.

"HISTOIRE D'UNE GRANDE AMITIE POUR KATE ET JONATHAN"
par Benoît

CHAPITRE 1 : BODHNATH


Bodhnath... point de départ de cette envolée.
A peine quitté ma si chère Europe,
Mon souhait le plus cher… m'y faire un vieil ami, un compagnon de voyage comme Zhou Daguan à
Angkor Vat ou Anawrahta à Pagan ... si belles rencontres de mes deux précédents voyages en Asie
et qui m'accompagnent encore... Ah ces rencontres qui me font découvrir leur monde ! ....
Je voudrais ouvrir les yeux et pourtant tout n’est qu’ombre et brouillard.
Je tends l'oreille mais tout n'est que murmure.
Je respire et je ne sens rien.
Comment pourrait-il en être autrement ?... trop tôt, trop vite... d'abord prendre le temps.
Plus tard alors... Et pourtant, je ne suis pas seul… Depuis que Kate me présenta Chongchup-pa il y a
déjà 25 ans... Que nous avons découvert ensemble le Château de l'Oiseau Blanc… Que nous ne
nous sommes plus jamais quittés.
Bodhnath... Château de l'Oiseau Blanc ? Non mais pouvais-je rêver meilleur départ vers le Panbari ?

Bodhnath... point de retour de ce rêve éveillé.
Tant de choses vécues et partagées, au plus profond de moi-même.
Mes yeux sont maintenant ouverts, je tends l'oreille, je respire. Et c'est une autre vie que je vois, que
j'entends et que je peux sentir à Bodhnath.
Séjour prolongé aussi après ce faux départ. Et visite proposée à Patan et Bhaktapur avec Bishal.
Cadeau du ciel peut-être pour cette rencontre tant souhaitée ? Et puis non, ... Ma chère Europe me
rappelle et je pars sous un incroyable orage... le seul en 1 mois.
Comme si l'ami qui m'attendait à Bodhnath pleurait de me voir partir sans avoir pris assez de temps
pour le trouver. Comme pour me dire très fort que je devrai revenir.

 

CHAPITRE 2 : AUDACE DE TRAVERSER LE PONT, VOLONTE DE S’OUVRIR A L’AUTRE COTE



Combien de ponts avons-nous traversé ? Beaucoup, presque tous les jours à l’aller et au retour …
Oser traverser pour avancer …

Tellement de choses à laisser derrière nous ?

Tellement de choses à trouver ou retrouver devant nous ?


D’abord, non pas vraiment,
Tellement la vie m’offre de ses beaux côtés, familial, social ou culturel.
Ensuite, oui peut-être,
Quand on y redécouvre la place et le rôle de la famille, la solidarité au sein du village, l’empreinte
indélébile du religieux sur le quotidien, l’importance des valeurs, la force d’une rencontre imprévue.
Enfin, oui bien sûr,
Parce que nous sommes entrés ici dans un autre monde que seul le passage de ces ponts nous
permet d’atteindre ou de toucher du bout des doigts, en progression douce.
Doucement, pas trop vite, à son rythme.

Ces ponts ne sont pas tous aussi solides.
La plupart bien ancrés des deux côtés se traversent sans hésitation : nous abandonnons pour un
mois, technologie, confort, hygiène, habitudes de sommeil ou nourriture de chez nous. Nous savons
retrouver tout cela au retour, parfois finalement avec impatience.
Les quelques autres plus fragiles ou pris par le vent demandent plus d’audace : Nous devons éviter
le danger de simplement passer de l’autre côté sans accepter d’y être absorbé. Nous devons vouloir
ouvrir nos yeux ou ressentir une vie si différente. Nous devons pouvoir nous mettre en risque par
rapport aux autres et à nous même.

Nos passeurs.
Aurions nous traversé avec autant de confiance et d’enthousiasme sans l’aide et la complicité de
Dhane, Razu, Kishor et Bishal et par ailleurs de nos kitchen boys et de tous nos porteurs ?
Ils nous regardent sur cette photo comme pour nous dire : Venez chez nous de l’autre côté.
Traversons ensemble, nous allons vous montrer, vous expliquer, vous aider à voir et à comprendre.
Ils ont chacun un jeu de clés pour nous, bien indispensable pour avancer dans ce nouveau monde où
tous nos repères sont inutiles.

Et la question de toujours... Pourquoi tout cela ?
Pour la beauté du Château de l’Oiseau Blanc bien sûr.
A revoir ailleurs. A redécouvrir d’une autre perspective.
Simplement, pour toutes les beautés.

CHAPITRE 3 : ENFANTS DES MONTAGNES DU MONDE
Pieds nus sous les rhododendrons pourrait me dire Jonathan. Pas seulement.

Tellement de choses et d’intensité dans cette photo de Jean.
Si beau le sourire d’un enfant. Si agréable dans nos voyages de pouvoir en rapporter un que nous
aurions reçu en cadeau. Surtout pas au hasard, encore moins volé, mais bien un sourire qui nous
aurait réellement été adressé. Un sourire dans lequel il est possible de lire et de ressentir tellement
de choses, d’ici et là, par petites touches.
Noël il y a 15 jours. La fête dans laquelle je me retrouve tellement pour tout le sens qu’elle porte ;
d’abord au niveau religieux mais aussi pour la place qu’elle donne à la famille et aux enfants. Pas
vraiment un hasard alors que de recevoir en cadeau ce si beau livre « enfants des montagnes du
monde ». Une multitude de visages, une multitude d’émotions,…Qu’ont-ils tous en commun nous
demande Bernard Debarbieux ? Un milieu de vie : la montagne.

Je pense à ces enfants de Tilje, un téléphone portable à la main ! Une irrésistible envie me vient de
me connecter « une dernière fois » à un hypothétique réseau dont le dernier relais est pourtant à plus
de deux jours… - Patience Benoît… Donne toi le temps d’arriver - . Occasion d’une belle rencontre,
en toute simplicité, dans un anglais impressionnant, avec une jeune fille de 12 ans dont je n’ai pas
compris le prénom et que la bienséance m’a empêché de redemander plus de deux fois. Ce sera
donc ma Drolma. Les enfants à l’école à Katmandou sont en congé scolaire et de retour dans leur
village au moment de notre passage. Ces téléphones sont pour Katmandou… Je vois mes neveux et
nièces du même âge, pour qui le téléphone portable est devenu un objet social des plus importants.
Je pense à ces enfants souvent laissés à eux même, portant parfois les traces d’un accident de la vie
quotidienne. La vie est dure et rude dans ces montagnes du Népal. Mais j’ai vu aussi ces jeux
d’enfants dans la rue de Samdo, des rires et parfois des pleurs, …Ouvrez l’oeil, tendez l’oreille. Ce
sont les mêmes que chez nous et d’ailleurs.

Je pense à ces enfants, liens de plus en plus réels entre leur famille, leur village, son histoire, sa
culture et la capitale, le pays, le reste du monde. Education des enfants et investissement seront-ils
des moteurs de développement, d’un progrès ? Le projet d’école de formation de guides de haute
montagne népalais de Paulo est un bel exemple d’initiative en ce sens. Mais que d’efforts
linguistiques ou culturels demandés pour lier les mondes ! Alors, Bishal futur Sirdar ? Kishor et
davantage encore Dhane, futurs guides d’altitude ? Donnera-t-on à ces enfants et à ces jeunes les
atouts pour toujours rester ou revenir chez eux dans 10 ans ? Seront ils les petites gouttes d’eau de
la Budhi Gandaki capables d’irriguer jour après jour toute la vallée ? C’est mon souhait le plus cher.
J’aime cet optimisme.

Je pense aussi alors à la Suisse et à mon Val d’Hérens, à tout ce que notre chère Yvonne, notre
presque Bonne Maman des montagnes, nous a déjà raconté de sa vie entre Villaz, Evolène et Arolla.
Que de changements sur ses 80 ans en montagne… J’ai entendu son enfance sans voiture ni route,
lorsqu’on ne descendait à pied à Sion que très rarement dans l’année. J’ai vu les mulets sur tous les
petits chemins de montagne. J’ai imaginé les dures conditions de vie des enfants et des adultes en
été et en hiver. Je revois le travail dans les champs. Il y a eu l’école, d’abord la petite et puis la
grande. Mais j’ai aussi appris l’arrivée des routes un peu plus loin chaque année jusqu’à Arolla pour
la construction du barrage de la Dixence (certes, plus grand que la centrale hydroélectrique de
Samdo). J’ai essayé de comprendre tous les changements que cela pouvait avoir engendré pour
l’ouverture de la vallée sur le pays et le reste du monde.

Je disais « éducation et investissement » moteurs d’un progrès ? Oui me raconte Yvonne sans
hésiter et malgré des chemins de vie parfois très tortueux. Bien sur, les routes de montagne ont
remplacé le charme des petits chemins et le moteur des voitures, les sabots des mulets. Mais la vie
est devenue moins rude, plus facile. Elle a changé mais elle a aussi souvent pu garder toutes ses
valeurs, sa richesse et son intensité.
Ma Suisse, mon petit Népal ? C’est aussi d’avoir entendu Yvonne et imaginé les enfants grandir de
génération en génération qui me donne tant d’espoir et de confiance pour l’avenir là bas. Regardez
encore la photo, le nombre d’enfants, leur sourire et la lumière de cette flamme qui éclaire leur
visage.
Bonheur d’avoir reçu tous ces sourires, d’avoir ressenti tout cela, et de le partager ici avec vous…

CHAPITRE 4 : TRINOME D’ENFER



Question dont Jonathan a toujours le secret :
« Pentagone, hexagone, octogone, ennéagone, décagone, dodécagone, etc… Quel est le polygone
au plus grand nombre de côtés, la figure géométrique qui précède le cercle ? »
Le « Trinôme » bien sûr… sans hésiter.
Question de chance lorsqu’il faut le constituer après seulement un week-end à Chamonix.
J’aime provoquer la chance, la saisir…
Bien sûr, K’ro a bien essayé de ne pas venir pour un problème d’épaule, ou de ne pas rentrer pour un
oedème facial. Et pire, ils n’ont pas hésité à partir plus tôt et sans moi pour Katmandou…
Bien sûr, ils m’ont fait boire de l’alcool comme jamais en montagne. D’abord de la bière népalaise ou
chinoise. Ensuite du rhum maison enrichi façon K’ro. Jean aura porté sa réserve de whisky jusqu’au
bout. Et puisqu’il faut entretenir la légende au risque de mentir, nous devrons continuer à le traiter de
sale égoïste de ne pas avoir voulu la partager avec nous. J’ose à peine parler du tchang dont Jean
s’est fait le spécialiste. Peu de chose dans tout cela que mon Sauternes au camp de base avancé à
5200 m.
Bien sûr, les bons petits plats que K’ro nous a préparés en altitude étaient vraiment au top et ont
dépassé toutes nos attentes. Mais je ne peux pas oublier qu’elle nous les a pratiquement imposés
avant le départ. Soit qu’elle critiquait ceux proposés par Jean, soit qu’elle allait jusqu’à m’obliger à
prendre du chocolat noir plutôt que blanc, des crèmes en conserve plutôt que de la compote.

Bien sûr, il y a eu les heures que Jean a passé à faire de l’eau avec la neige pour le thé, le café, les
soupes, les gourdes et même la bouillotte de K’ro. Mais quel gaspillage et manque d’expérience et de
pratique quand quelques fois le matin, on retrouvait cette eau gelée et inutilisable dans les poches
plastiques. Je reconnais cependant que nous ne lui facilitions pas toujours la tâche, lui perdant par
exemple son principal outil de travail... le sac à neige. Du sabotage.
Bien sûr, je n’ai jamais imaginé dormir aussi bien que les deux nuits avant le sommet au camp 2 à
6200 m. Mais je n’oublie pas à quel prix. A force de me proposer des somnifères, j’ai fini par les
accepter, les demander moi-même et me droguer avec eux.
Bien sûr, généralement encordés à deux, ils profitaient davantage du paysage la journée quand je
partais devant avec Svend ou Paulo. Ils me reprocheront sans doute longtemps qu’après une longue
journée en montagne, notre tente ne soit pas systématiquement montée à leur arrivée au camp. Ou
pire, que je l’ai montée sans avoir parfaitement aplani le sol.
Bien sûr, nous avions la meilleure tente. Pourtant, la place de chacun et le partage des endroits de
rangement dans la tente ont failli plusieurs fois tourner à l’émeute.
Bien sûr, ils ont pris de plus belles photos que les miennes avec des appareils bien plus lourds que
mon petit compact. Ils m’en voudront certainement de m’être économisé pour ensuite utiliser les leurs
sans la moindre gêne.
Bien sûr, Jean est reparti avec mon célèbre Millenium… Mais à la dernière minute avant de
descendre de l’avion, je pensais tout de même avoir réussi à lui piquer un t-shirt blanc pour me
changer. Raté puisqu’il m’annonce 2 mois et demi après que ce n’était pas le sien mais celui de
Jacques qui lui, me l’a donné sans hésiter. Jean se rappelle de son striptease dans l’avion, moi de
son t-shirt. Merci Jacques.
Bref, un trinôme d’enfer.
Bien sûr, pour éviter qu’on puisse, en plus de tout le reste, me reprocher une part de mauvaise foi, je
mentionnerai les bons moments, les conseils reçus, les attentions réciproques, la bonne humeur
partagée.
“Mens sana in corpore sano” dit-on. Etre bien dans nos jambes et dans nos têtes.
La force de notre trinôme est pour beaucoup dans notre réussite. Elle nous permit d’aller si bien si
loin si haut.

CHAPITRE 5 : ARC-EN-CIEL


Six petits hommes dans cet immens ément grand, cet immensément blanc, cet immensément beau.
Devant, Svend et moi, et plus bas Jackie, Jean, K’ro et Michelle.
Violet, Indigo, Bleu, Vert, Jaune, Orangé, Rouge, … les six couleurs de l’arc-en-ciel en montagne.
Jacques et Marie sont à Samdo. Nous les retrouverons à la descente.
Plaisir d'avoir fait ce voyage mais plaisir aussi de l'avoir partagé.
Chacun dans sa couleur mais aussi dans celles des autres.
Svend,
Qui de Chamonix jusqu’à l’Athahra Saya Khola Himal m’a donné une vraie confiance en moi dans les
parties les plus techniques. Première expérience himalayenne et belle réussite humaine.
Michelle,
Ma compagne des descentes, que je pensais devoir attendre quand j’étais devant mais qui dévalait
les pentes bien plus vite que moi quand elle passait devant.
Jackie,
Qui nous avait quelque peu inquiété à Chamonix et qui se révéla être un formidable compagnon
d’expé, enthousiaste et solidaire.
Marie,
Dont la naissance de sa petite fille Lilia marqua cette aventure et qui souvent ferma la marche avec
moi.

Jacques,
Qui de nous tous se lançait le plus grand défi en partant avec nous, et dont les soucis en altitude
n’auront jamais influencé la bonne humeur. Ah que n’avons-nous pas davantage insisté pour qu’il
suive nos conseils.
K’ro et Jean,
Pour qui la décence veux que je n’ajoute rien à ce qui a été dit au chapitre précédent, au risque
d’aggraver mon cas.
Et Jonathan d’ajouter :
« Je crois avoir trouvé quelle est la septième couleur de l’arc-en-ciel. Cette mystérieuse couleur ne
serait autre que le blanc. Origine, finalité, et somme de toutes les couleurs ».
« Sans doute le plus beau message que puisse nous transmettre un dessinateur : la page blanche
est partout autour de nous. À chacun d’y laisser sa trace, d’y écrire son histoire, de s’y construire par
le dialogue avec l’Autre. Quitte, éventuellement, à la tourner, et à tout reprendre depuis le début, sur
la page suivante. » (1)
Oui, tout est en place sur cette photo de Paulo … le blanc, notre trace, et pour toujours, l’arc-en-ciel
de nos souvenirs.
(1) Thierry Smolderen : Cosey, L’aventure intérieure – La septième couleur

CHAPITRE 6 : SUMMITERS



D’abord, sommet de l’Hindu Himal à 6306 m avec tout le monde. Ensuite, traversée du Lilia Peak à
6425 m et premier sommet sans nom. Enfin, altitude 6767 m, avec Paulo au sommet de «la
montagne aux 1800 rivières», en népali Athahra Saya Khola Himal et deuxième sommet sans nom.
Svend est tout près.
Aboutissement d’une longue préparation, d’une approche de 3 semaines depuis Katmandou. Je me
sens vraiment bien au sommet. J’y retrouve ce fameux état de grâce et de légèreté, cette magie
d’une plénitude totale. J’aime cette photo de Paulo au sommet, mon reflet dans son masque.
J’imagine son regard au loin.
Tout n’était pourtant pas gagné d’avance. Les imprévus à gérer se sont succédés. Les efforts
consentis les derniers jours ont été plus importants que prévus. Se lancer dans l’inconnu vers le
Panbari a demandé une gestion quotidienne et sur mesure de la logistique.
A Katmandu, derniers préparatifs administratifs, les permis, les équipes, la nourriture d’altitude à
envoyer directement au camp de base. Dernière soirée dans la capitale avant notre départ, nous
sommes le 9 octobre, 44 ans. Paulo me confie et m’offre notre permis d’expédition. Très touché de
cette attention.
Paulo, un incroyable joueur de ping-pong. Quel plaisir que ce partenaire à la répartie toujours bien
aiguisée. Parfois peut-être, à approcher la limite quand la fatigue arrive, mais toujours dans un bon
esprit. Plusieurs le connaissaient déjà. Une découverte enrichissante pour moi que cette personnalité
et ce caractère bien trempé.
Importance au cours des premiers jours de marche d’une montée en puissance progressive de notre
équipe de porteurs et de la cuisine. Surtout ne pas forcer, ne pas les griller. D’abord passer le Larkye
pass à 5106 m. Palier au Sirdar n’est pas chose aisée. Nous aurons plus d’une fois l’occasion de voir
Paulo bouillir littéralement de l’intérieur. Les conseils sont nombreux pour une approche et une
acclimatation optimale. Progression douce, attention particulière à notre santé, à notre système
respiratoire, à la nourriture, à une hydratation maximale,…. Le coaching est permanent. Tout en
douceur. Toujours se préserver, toujours s’économiser.
Nombreuses chutes de neige au dessus du camp de base. Faire la trace dans 80 cm de neige
devient notre quotidien. Nous pouvons compter sur l’aide de nos porteurs d’altitude jusqu’au camp 2.
Finalement, les 2 derniers redescendront au camp 1 pour éviter la neige et le vent qui nous
accompagnent. Seule l’énergie communicative de Paulo nous fait sortir de la tente pour se lancer
dans une trace de 100 m de dénivelé jusqu’à la crête. Quelle énergie pour forcer notre chance et
avancer ! Energie tellement communicative à se relayer que je finis la montée dans ma première
crevasse, avec sa pelle ! Ah cet enthousiasme qui me fait oublier la prudence ! Et Paulo juste derrière
moi pour m’aider à en sortir.
Toujours à penser à tout, toujours à veiller sur tout le monde. Sans oublier aussi de s’économiser. A
nous surprendre parfois par une colère aussi forte qu’imprévue pour remettre les choses au point sur
tel ou tel point mal expliqué (le plus souvent, bien sûr) ou mal compris (très rarement, bien sûr aussi)
dans le groupe. La pression est bien là pour que tout se passe bien. La montagne peut être
dangereuse. Les risques doivent être mesurés. Chaque détail peut faire la différence dans un sens
ou dans l’autre. Nos 6800 m sont loin des 8800 m de l’Everest mais quelle différence dans son
approche et sa gestion des évènements par rapport au célèbre « Into Thin Air » de Krakauer.
La décision de ne pas aller au Panbari s’impose à nous. Déjà formidable d’avoir atteint l’Atharha Saya
Khola Himal. Le retour du sommet dans la nuit, une frontale pour trois, sans radio mais très heureux
d’avoir retrouvé nos tentes reste un grand moment. J’ai du mal à descendre. Avons-nous tout fait
pour ce Panbari ? Qu’est ce qui a manqué ?…..

Jonathan me réconforte et m’apaise lorsqu’il me rappelle les deux chemins pour rechercher le
bonheur.

  • Le premier : tout faire pour obtenir ce qu’on désire.
  • Le deuxième : aimer ce qui est là.

Impossible pour moi de choisir entre ces deux chemins. Impression qu’ils se nourrissent et se
complètent harmonieusement. Qui je suis et ce que je vis me pousse en moi-même et toujours plus
haut dans ces montagnes du bout du monde, découvertes qui m’ouvrent et me grandissent ensuite
au retour du « tous les jours ».
Je pourrais dire aussi : « Ce que tu trouves t'apprend ce que tu cherches » (2)
Bonheur mêlé d’ici et là bas.
Cercle vertueux de ce que j’apporte et je donne, de ce que je reçois et je rapporte.
(2) Jean Luc Coatalem dans Le Dernier Roi d'Angkor

Ah cher Chongchup-pa, ce Château de l’Oiseau Blanc !!
Après l’avoir cherché en vain avec Kate et Jonathan par de là ces montagnes et comprendre enfin
« qu’il est invisible et inaccessible parce que celui qui le cherche s’y trouve déjà. Comment pourrions
nous voir la maison dans laquelle nous demeurons ? Posté à la fenêtre, l’observateur découvrira un
arbre, une rivière, un paysage. A l’intérieur, seuls les murs, le sol et le plafond seront visibles mais
pas de Château. Le Château de l’Oiseau Blanc est en nous, il a toujours été là. »
Pur plaisir que cet hommage de quelques pages d’un amateur de bandes dessinées (Belgique
oblige) pour Cosey (Suisse oblige), avec qui Paulo partage très certainement beaucoup plus que la
simple nationalité…
Et à travers cet hommage, un grand merci à Paulo lui-même pour cette aventure…"

Les photos choisies par Svend.


- Le village de Tilje, à mi chemin entre modernité et rusticité.
(parce que j'ai bien aimé me balader dans les ruelles de Tilje, l'accueil de cette famille, et car j'ai été frappé par l'opposition entre la modernité illustrée par le teléphone portable que possèdent tous les enfants du village, et les pratiques rustiques de récolte)


- L'eau, avenir énergétique du Népal
(le besoin énergétique, pour lequel les habitants de Samdo n'ont pas hésité à sacrifier l'entrée nord de leur village)


- Le jour s'estompe et le camp est encore loin...
(ou comment, même en ayant essayé de se ménager, on peut oublier de s'alimenter correctement et risquer de dormir dehors...)


- Expérience culinaire à l'ABC...
(pour illustrer, le soin que l'on avait essayé d'apporter à la préparation de la nourriture, et que malgré cela, par la force des aléas, les résultats au jour le jour ont été assez variés)


- Une belle journée de montagne, mais que de neige !
(le paradoxe de cette journée qui restera pour moi à la fois une des plus belles journées en altitude et une des plus "dramatiques" lorsque l'on apprend brutalement au retour à la tente que Jacques n'est vraiement pas au mieux de sa forme)

Et celles de K'ro...







Le regard de Michelle

Faire un choix est toujours difficile, car le voyage comprend également plein d'autres moments, comme le surclassement dans l'avion entre Doha et KTM, le sang des sacrifices d'animaux, les lumières et les paysages, les efforts à la montée et les douleurs à la descente (ah ! vieillir …), les couleurs (le fauve des rochers, le vert des champs, le bleu du ciel, les ors des temples, le blanc de la neige), les souvenirs (des précédents passages aux mêmes endroits, avec les mêmes compagnons aussi) …

Mais déjà on pense au futur, aux projets à venir, où il va encore falloir faire des choix : dates (un peu dictées par le travail tant que la retraite se fait attendre), lieux (un peu limités par mes possibilités, ce qui exclut le Cho Oyu pour moi, mais il reste plein de coins à découvrir, comme le Mustang), trek ou sommet (je prends tout si c'est possible, donc je choisis un beau trek dans des endroits peu fréquentés, un sommet tant que je peux y parvenir, et la cerise sur le gâteau, une traversée inédite).


Une des images qui me resteront de mes voyages au Népal, les nomades (pour combien de temps encore ?) en famille avec leurs troupeaux de yacks.


Montée au camp au camp de base avancé pour y déposer une charge, soleil voilé, et couleurs chaudes du paysage.


Presque du même endroit, avec un cadrage un peu différent, toujours le soleil, mais la neige est tombée, et le blanc a remplacé le fauve.
ça change tout pour la progression dans le pierrier, et au-dessus.


Un petit regret, ne pas avoir eu le courage de continuer vers le second sommet, nous étions un peu loin des trois premiers (Benoît, Svend et Paulo), et personne parmi nous quatre (Jean, K'ro, Jacky et moi) n'a poussé les autres à continuer : en arrivant au camp, je vous ai suivis et pris en photo de loin, trois petits points avant que vous ne disparaissiez de notre champ de vision … jusqu'à votre retour, tard.


Une pensée pour Jef, et aussi des amis disparus, et ma mère : une kata déposée là où je me suis arrêtée, soit sur le plat du premier sommet.


Et aussi tous ces regards, ceux des porteurs, ceux des enfants, ou ceux des anciens,
comme ce "baje", stratégiquement situé au "terminal des 4x4" sur la nouvelle route.

 

Extraits du carnets de voyage de Jean

Mercredi 26/10/2011:
les sommets sont proches mais 80cm de neige sont tombés cette nuit. On n'a plus de sherpas depuis hier, il fallait bien faire redescendre Jacques (il était temps!), alors Paulo, Sven, Jackie et Benoît, à la pelle, refont la trace, et même le Benoît s'octroie le rôle de détecteur de crevasses (bizarre ces Luxembourgeois). Les avalanches me font peur, mais ce n'est pas un stage de macramé, et puis avec le Paulo qui sait lire le terrain, on passera entre. K'ro va mieux depuis hier soir, elle a même repris du caractère, mais une journée sous le soleil à s'occuper de soi, c'est parfois nécessaire.

Jeudi 27/10/2011:
autour de -20° à 5h45, il fait beau, toujours pas de sherpas à l'horizon, on reste entre nous, on monte tous, les sommets me paraissent doux, leurs formes subjectives pour certains. Puis ce sera le bonheur d'être au 1er sommet, l'Hindu Himal (6306m), avec Mimi, on a une pensée pour le Jef en plantant un bout d'étoffe boudhiste(Kata) dans la glace. J'ai envie de continuer vers un petit sommet que l'on nommera plutard Lilia peak. K'ro me suit, puis veut redescendre. Je n'ai même pa réfléchi qu'avec le baroudeur de Jackie, on aurait pu y aller et laisser les filles redecendre. En altitude, parfois le cerveau devient bien lent, il n'y a pas que les pas...mais que c'est beau ces sommets qu'on n'a jamais vus au printemps 2008, rien que pour ça, le voyage est réussi.

Vendredi 28/10/2011:
Heureusement que K'ro ne se voit pas ce matin, une vraie gogole avec son oedème facial! Il faut qu'elle redescende, ce sera long pour elle avec nos gros sacs autour de 12kg, son épuisement. Bien que j'ai eu envie de lui botter le cul, tout doucement, on atteindra le camp de base avancé juste avant la nuit où le Gaulois nous y attend, avec des porteurs, ouf!
Alors tous les 3, comme au Saipal (ça devient une habitude), le Paulo nous guidera à la frontale jusqu'au bon camp de base, et puis, j'en ris encore du coup de la frontale de K'ro, mais Paulo sait rester zen, ça fait un souvenir épique.








Le regard de Jacques...


En plein effort...






Et un petit mot de Marie !









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