Quand les piolets
se font légers...
Ce matin-là, au refuge de l’Aigle, un levé
de soleil de carte postale annonçait la plus belle
journée de l’été. Au moment de
s’encorder, mon compagnon sort de son sac des crampons
flambants neuf d’un bleu étincelant
- « Tiens, t’as vu mes nouveaux crampons,
ils sont super ! Et vise un peu le poids, classe ! »...
Je reste d’abord sans voix, et la glace qui luit sur
les arêtes de la Meije Orientale n’arrange rien
à mon trouble.
- « Ben...., t’es sûr que ce sont des
vrais crampons, ça ? »
- « Bien sûr, au magasin, ils m’ont dit
que c’était une très bonne marque et ils
me les ont même réglés, vraiment sympa.
Mais pourquoi tu fais cette tête-là ? »...
Déjà cet hiver, en ski de randonnée dans
le Grand Paradis, j’avais été un peu échaudé...
Au petit jour, nous étions partis de Valnontay pour
traverser le Col du Gran Crou. Grand beau temps et conditions
optimales, mais dans la partie un peu raide du col, 15 cm
de neige récente recouvre une glace bien dure. Nous
avions bonne mine à vouloir tirer des longueurs en
glace avec nos piolets légers à l’ancrage
plus que douteux et nos crampons dont les pointes semblaient
se tordre à chaques pas.
Pourtant sur le sac, c’était de beaux piolets
et de vrais crampons !
Dans tous les domaines, la communication sur le matériel
d’alpinisme est en train de changer... de plus en plus,
on parle de matériel Light, et le poids annoncé
des piolets ou des crampons fond à vue d’œil.
Du côté des fabricants, on voit apparaître
la notion de « Pack », et bien évidemment
de Pack Light comme chez Camp. Pour Salewa, le light s’étend
même à l’ensemble de l’offre, à
la fois pour le matériel technique, ( crampons/piolet/harnais/casque
), mais aussi pour tous les vêtements et les accessoires,
au final le gain de poids est très important.
Pour les éclairages, les nouvelles technologies ont
révolutionné le marché, et la petite
Tikka de Petzl a transformé nos anciennes frontales
en mastodontes démodés.
Face à cette avalanche de nouveaux produits, un premier
problème se pose dans le magasin pour choisir entre
les différents modèles de piolet ou de crampons,
car il y a, bien sûr, plusieurs types de Light,
avec du Super Light et même de l’Hyper
Light !
Sur le terrain, le problème se complique encore, car
certains modèles sont adaptés à certaines
activités et surtout pas à d’autres.
Malgré les mises en garde des fabriquants, il est
nécessaire de clarifier les possibilités de
ce matériel léger, pour en dire clairement les
limites et tenter de proposer un guide d’achat avec
des critères techniques pertinents et objectifs. C’est
l’objectif de cet article, qui se veut avant tout un
retour d’expérience terrain, après un
été d’utilisation intensive dans les Alpes
et au Pérou.
Du light pour tous...
Forcement, ce nouveau matériel light est très
séduisant, en premier lieu pour tous les efforts qu’il
nous fait économiser lors du portage. C’est aussi
un matériel qui concerne quasiment l’ensemble
des disciplines et des pratiquants de la montagne, en été
comme en hiver.
Pour la randonnée en raquette en terrain alpin, le
ski et le surf de randonnée, la randonnée glaciaire,
l’alpinisme ou les expéditions.
Pour l’alpinisme, il sera nécessaire de mieux
définir le type de pratique car les besoins ne sont
pas les mêmes pour de l’alpinisme facile F/PD
ou pour de l’alpinisme classique AD/D, ni même
pour certaines formes plus pointues comme de l’escalade
en montagne avec une approche en neige ou en terrain glaciaire.
Pour les expéditions, le matériel light est
souvent bien adapté, mais toujours en fonction de la
difficulté de la voie envisagée.
Au final, c’est la technicité de l’activité
qui détermine le type de matériel, avec une
frontière en alpinisme pouvant se situer vers le PD/PD+.
Pour faire simple, un matériel léger, est généralement
peu technique (du moins pour l’instant) et
il ne répond pas ( ou mal ) aux problèmes
de progression dans des terrains techniques où les
conditions changent vite et où il faut être capable
de s’adapter... parfois au pire.
Light et super Light ?
Il y a light et light !
Dans la course à la légèreté,
les fabriquants ont été très loin en
proposant des modèles si légers qu’ils
ne pèsent quasiment rien, ou si peu que l’on
peut se demander si ce ne sont pas des jouets.
Ce sont des outils très spécialisés et
réservés à une utilisation très
limitée qui ne nécessite pas de progression
en traction, (c’est donc de la marche !) comme pour
la raquette alpine ou le ski et le surf de randonnée,
mais pas non plus sur n’importe quel itinéraire.
Dans cette catégorie, on trouve, le Népal light
de Grivel ou le XL A 210 de Camp. Avec un poids vraiment impressionnant,
respectivement 276 g pour le premier et 248 g pour le second.
Sur l’utilité de ce type de matériel,
on peut se demander si un simple bâton télescopique,
ne ferai pas le même usage ( mais en étant
encordé et pour assurer un second, l'utilisation du
piolet est indispensable) ou si la différence
de poids entre un modèle light ou hyper light justifie
cet achat.
Par exemple, chez Camp, cela correspond à 114 g de
différence entre les deux modèles.
Le choix de Charlet Moser avec le Snowracer ou de Simond avec
le Bronco R, dans cette catégorie est un peu différent,
avec des modèles un peu plus lourds mais aussi plus
polyvalent avec une tête en acier, permettant un réel
ancrage.
Ces piolets hyper light sont d’ailleurs plutôt
une vitrine d’un certain savoir faire, on les retrouve
surtout en expéditions sur des sommets faciles ou en
ski alpinisme.
Le « vrai » Light !
Déjà beaucoup plus lourd !, c’est ce type
de piolet qu’il nous à semblé intéressant
de comparer, car il correspond à un usage très
large et adapté à beaucoup de randonneurs ou
d’alpinistes.
Il s'agit du Bronco Hyper Light chez Simond, du Speedaxe de
Salewa , de l’Altitude de Camp, du Snowalker de Charlet
Moser et de deux modèles chez Grivel, l’Airtech
Racing et le Falcon. Bien sûr d’autres modèles
existent, et le dernier salon à été riche
en nouveautés mais il sera facile de vous faire un
avis pertinent à la suite de cet article.
Un peu de technique...
La tenue dans la main en piolet canne... c’est forcement
un critère important, car c’est de cette manière
que vous allez porter le plus souvent votre piolet !
Question d’école, il y a deux manières
de tenir un piolet, avec deux types de prévention,
la pointe en avant ou la pointe en arrière..., sur
certains modèles les sensations sont très différentes.
Elles dépendent de la forme de la panne, plate ou arrondie,
plutôt proche ou éloignée du manche, avec
des angles vifs, mais aussi de la largeur et de la forme de
la lame...
Les deux piolets Grivel se distinguent vraiment des
autres modèles, et le Falcon est encore plus
hors norme à cause de son revêtement plastique
très agréable à tenir et de plus, isolant
thermique. Cette recherche effectuée sur l’ergonomie
pour rendre un piolet agréable et facile à tenir
en main est très intéressante.
La tenue des autres piolets est plus classique mais avec quelques
différences.
1... Grivel Falcon, 2... Grivel Airtech R, 3... Simond,
4... Salewa, 5... Charlet, 6... Camp.
La finition et la fixation de la tête...
la qualité des matériaux utilisés pour
la fabrication de cette partie du piolet en détermine
la solidité, et voici quelques chiffres à comparer
: l’acier généralement utilisé
à une densité de 7.8 g/cm3 et une résistance
moyenne de 150 Kg/mm2, pour l’alu cette densité
passe à 2.8g/cm3 pour environ 55 kg/mm2, pour le titane
la densité est de 4.2 pour une résistance de
100 à 110 kg/mm2.
Avec une tête en acier forgé et poli de très
belle facture, Grivel fait d’emblée la différence.
Charlet et Camp proposent une tête en acier avec une
panne soudée, l’ensemble étant peint.
La fixation chez Charlet et Salewa se fait par deux rivets
contre un seul chez Camp.
Pour Simond, la panne est pliée, par contre le chromage
s’écaille à l’usage et la fixation
n’a qu’un seul point.
Le Falcon est un peu à part du fait de son revêtement
plastique qui recouvre en partie la tête... celui-ci
a beaucoup souffert au Yerupaja, car il n’a pas vraiment
apprécié qu’on l’enfonce à
coup de marteau pour en faire un ancrage (mais c’était
peut-être une utilisation excessive ! ! !).
1... Grivel Airtech R, 2... Charlet, 4... Camp, 5...
Simond, 6... Salewa
L’ancrage de la lame et la taille de marche...
ce sont deux gestes techniques qui sont a priori en limite
supérieur d’utilisation de ces piolets.
Pour l’ancrage en neige, c’est la longueur et
le crantage de la lame qui feront la différence. Par
exemple, les lames en alu (ou plutôt en Zicral, 7075
) sont généralement plus courtes que celle en
acier, pour des problèmes de résistance de la
matière. L’autre solution pour augmenter cette
résistance consiste à épaissir la lame,
mais c’est alors la pénétration qui est
pénalisée.
Pour des ancrages dans la glace, les piolets avec des têtes
en acier se sortent honorablement de la situation, car leur
lame est plutôt mince avec un poids plus important et
elle s’émousse moins vite. Il s’agit de
Simond, Charlet, Camp et le Grivel Airtech qui offre une qualité
d’ancrage et une facilité d’utilisation
vraiment au-dessus du lot. Rien d’étonnant, puisque
c’est aussi la tête des piolets plus techniques
de la gamme.
Seule exception, la tête du Speedaxe de Salewa est en
Alu mais avec une forme particulière, car pour améliorer
l’ancrage c’est une lame banane avec une grande
largeur (logique).
En conclusion, avec tous ces piolets, il est possible de faire
quelques ancrages en glace lors d’une course classique
PD+.
Pour tailler des marches en glace, il faut bien reconnaître
que ce ne sont pas les engins les plus adaptés, surtout
à cause de leur légèreté. Mais,
de nos jours, il est assez rare de tailler, et ces piolets
sont suffisamment efficaces.
1... Grivel Airtech R,... 2... Simond et Charlet,
4... Grivel Falcon, 5... Salewa, 6... Camp.
La pique... voici également
un critère technique, car tout l’appui de l’alpiniste
repose sur cette petite partie en métal, qui peut être
plus ou moins efficace en fonction du type de fabrication,
et surtout quand il y a de la glace. Le moins performant étant
le simple tube du manche coupé en biseau, ou même
renforcé par un tube plus résistant coupé
de la même manière, comme pour Grivel ou Salewa.
Pour les autres modèles, les pointes sont toutes différentes
mais à l’usage il n’y a pas vraiment de
différence.
1... Camp, Simond, Charlet, Grivel Falcon, 5... Grivel
Airtech R, 6... Salewa.
Le tube... à première
vue, tous les manches sont identiques et aucun n’a de
revêtements spéciaux pour faciliter la préhension,
et c’est logique puisque se sont des piolets léger
et peu technique. La matière utilisée est la
même pour tous et seule la taille et l’épaisseur
diffère légèrement. Paradoxalement, à
résistance égale, un tube plus gros sera aussi
plus léger car l’épaisseur pourra être
réduite... mais plus simplement les fabriquants choisissent
le même type de tube pour l’ensemble de leur gamme
pour un soucis de compatibilité des têtes ou
des pointes.
Il reste maintenant le critère principal,
le poids.
1... Camp Altitude : 362 g en 58 cm,
2... Salewa Speedaxe : 396 g en 64 cm,
3 & 4... Charlet Moser Snowalker : 415 g en 58 cm et Grivel
Airtech R : 415 g en 56 cm,
5... Simond Bronco Light : 440 g en 60 cm,
6... Grivel Falcon : 558 g en 58 cm.
Puis, bien sûr le prix... qui pèse
aussi beaucoup dans la balance.
Grivel Falcon : 51.80 Euros
Grivel Airtech R : 87 Euros
Salewa Speedaxe : 69.95 Euros
Simond Bronco Light : 59.60 Euros
Charlet Snowalker : 55 Euros.
Camp Altitude : 60 Euros
A l’heure du choix...
La grande surprise de ce test comparatif, c’est
surtout que ces piolets sont de « vrais» piolets
vraiment efficaces dans la plupart des terrains facile à
peu difficile.
Ce qui signifie que pour la grande majorité des randonneurs
ou des alpinistes, ces piolets light peuvent largement rivaliser
avec des piolets plus techniques et plus lourds!
- Si votre critère de choix prioritaire est le poids
tout en restant dans du terrain facile : le Speedaxe de
Salewa ou l’Altitude de Camp.
- Si vous recherchez un outil performant, mais un peu plus
lourd, l’Airtech Racing de Grivel est idéal.
- Si vous vous situez entre ces deux critères, Charlet
Moser ou Simond propose des piolets plus classique.
- Si c’est seulement le prix qui détermine
votre achat, c’est encore plus simple : soit le Falcon
de Grivel ou le Snowalker de Charlet Moser.
Voici le tableau final reprenant l’ensemble
des qualités des différents piolets.
| |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
| La tenue dans la main |
Falcon |
Airtech R |
Bronco HL |
Speedaxe |
Snowalker |
Altitude |
| la tête |
Airtech R |
Snowalker |
Altitude |
Bronco HL |
Speedaxe |
|
| l’ancrage |
Airtech R |
Bronco HL |
Snowalker |
Falcon |
Speedaxe |
Altitude |
| le poids |
Altitude |
Speedaxe |
Snowalker & Airtech R |
|
Bronco HL |
Falcon |
| le prix |
Falcon |
Snowalker |
Bronco & Altitude |
|
Speedaxe |
Airtech R |
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