Novembre 2000, tranches de vie en expédition,
sur le Paldor West Glacier...
Nous rejoignons notre camp d’altitude à plus
de 5000 m. après un très beau parcours d’arête
au Paldor, un petit sommet dans le Ganesh Himal. L’expé
se termine en beauté, nous avons tous atteins le sommet.
Mais les nuages nous ont rattrapés, et nous arrivons
aux tentes en même temps que le vent et la tempête.
Rapidement, toutes les cordées se mettent à
l’abri et déjà les réchauds ronronnent
doucement dans l’abside. Le vent qui forcit peu à
peu annonce une bonne tempête pour la nuit. Tranquillement
installés dans nos duvets, nous savourons un bol de
thé en dissertant sur les qualité respectives
de nos abris.
Dans le cadre d ‘« expédition mode d’emploi
», nous sommes aussi ici pour tester et comparer différentes
tentes d’altitude.
Il s’agit d’un test grandeur nature commencé
il y a deux mois par une expédition Terres d’Aventure
au Dhaulagiri, l’un des plus beaux 8000 du Népal.
Jusqu'à maintenant toutes les tentes ont bien résisté...
malgré des conditions bien difficiles au Dhaula, ou
trois tentes sont même restées au camp III à
7 500 m. Impossible d’y remonter malgré quatre
tentatives;
trop de neige, du vent et des avalanches !
Mais supporteront-elles encore la tempête
qui forcit ?
Nous sommes donc parti au Népal avec 12 tentes différentes.
Toutes ces tentes ne représentent bien sûr pas
la totalité du marché, mais un panel le plus
complet possible, à la fois avec les marques phares
et d’autres plus récemment distribuées
en France.
L’objectif de cet article est surtout d’apporter
des éléments concrets permettant à chacun
de construire son choix pour un d’achat, une sorte d’aide
à la décision, plutôt que d’élire
LA tente de l’année.
Durant nos trois mois d’expédition, les discussions
vont bon train car il n’est pas facile de comparer des
tentes. Pas facile surtout de prendre du recul par rapport
au modèle référence, plébiscité
par les points de vente autant que par leurs clients, la
VE 25 de The North Face.
Pour résoudre cette difficulté, nous sommes
parti de nos besoins réels d’alpinistes en définissant
des types d’utilisation suffisamment larges pour couvrir
toutes les formes d’expédition... puis nous avons
répartit les différentes tentes testées
dans ces catégories pour pouvoir les comparer.
Ultime étape, avec les participants des deux expés,
soit plus de 15 personnes aux expériences très
diverses et complémentaires, chacun a défini
les 3 premiers critères de choix pour l’achat
d’une tente d’expédition.
Malgré toutes les différences entre une expédition
sur un 8000 ou sur un Trekking Peak, en technique alpine ou
plus lourde, avec portage ou sans, au Népal, dans les
Andes ou dans le Grand Nord, il est possible de regrouper
les différentes tentes utilisée en quatre catégories
bien précises.
La tente « à vivre »,
pour vivre confortablement et durant de longue période
en altitude et dans des conditions difficiles. L’habitabilité
est optimum au détriment du poids. La surface au sol
est importante et destine ce type de tente à des emplacements
larges et plats.
Les modèles testés:
- la Hurricane 300 de Vango
- la VE 25
- la Tempest de Ferrino
La tente « d’altitude »,
, la place est plus réduite, le poids aussi. L’habitabilité
est moyenne, mais permet quand même d’y vivre
quelques jours avec un confort relatif. La forme et la surface
au sol en facilitent l’installation pour les camps en
pente.
Les modèles testés :
- la Trango II de Mountain Hard Wear
- l’Unique HL de Ferrino
- la Vortex + de Phoenix
- la Citadelle de Marmot
- la Camp III de Lafuma
- la Denali de Mc Kinley
La tente « légère »,
le poids est le critère principal, il est le plus réduit
possible, la place aussi. L’habitabilité est
donc très limité et destine ces tentes à
des séjours courts, en très haute altitude ou
pour résoudre des problèmes de portage. Les
tentes hyper légère dite, « d’assaut
» ainsi que les portaledges et les tentes de paroi sont
des modèles un peu particulier de cette catégorie.
Les modèles testés :
- Expédition II de Salewa
- Meije de Ferrino
- North Wind de The North Face
La tente « mess », c’est
une catégorie un peu spécifique des expéditions
très longues. C’est une grande tente collective
de camp de base, un élément indispensable de
la qualité de vie au camp de base pour y manger ensemble
et s’y retrouver. Le poids importe peu, par contre l’habitabilité
et la résistance aux conditions difficiles sont importants.
Le modèle testé :
Une réflexion qui mériterait
qu’on s’y attarde un peu...
On a souvent tendance à ne concevoir une tente que
pour deux personnes, pourtant, des tentes de plus grandes
capacité seraient une réponse plus adaptée
aux problèmes de vie en altitude.
Nos voisins de palier japonais au camp I du Dhaula à
5 800 m., avaient de grandes tentes de 4 ou 6 places, inconnues
en Europe, dans lesquels la qualité de vie était
optimum, largement supérieur à la plus confortable
de nos tentes de 2 !
De plus pour les groupes encadrés et les expés
organisées par les agences, ces grandes tentes augmenteraient
aussi la sécurité des participants.
Malheureusement, peu de marques se sont penchées sur
le problème, et ni l’Himalayan Hotel
de The North Face, trop basse et trop complexe de
montage, ni la Tempest de Ferrino, trop haute
et trop sombre, ne correspondent vraiment aux besoins. Eventuellement,
la Trango IV de Mountain Hardwear ou des
modèles chez Helsport répondraient plus à
cette utilisation.
Les critères de choix...
Mais revenons à notre camp d’altitude
du Paldor... Cette nuit là, la solidité de nos
abris de toile à vraiment été notre seule
chance de survie. Il est donc normal de retrouver ce critère
en première place pour le choix d’une tente d’altitude,
bien avant le prix ou le poids... Cette résistance
aux intempéries et aux conditions difficiles, ( vent,
neige, pluie, rayonnement ), nécessitent les meilleurs
matériaux et une conception sans faille. Une tente
d’altitude est donc forcement un produit cher et relativement
lourd, destiné à un usage spécifique
et qu’il faut entretenir soigneusement.
Ensuite, le critère qui revient le plus souvent concerne
l’habitabilité d’une tente.
C’est une notion très vaste qui recoupe à
la fois le volume, la hauteur, la surface au sol, la luminosité,
les rangements, la ventilation, les accès intérieur
et extérieur, etc... Tout ce qui facilite la vie à
plusieurs dans une tente.
Le troisième critère de choix est déjà
plus ouvert.
Pour certain, c’est la facilité de montage
ou le poids, pour d’autres la polyvalence
pour une utilisation mixte en expédition et dans les
Alpes. Ces critère n’ont, bien sûr, pas
la même importance suivant la catégorie.
Après trois mois d’utilisation intensive, aucune
des tentes utilisées n’a présenté
de grave défaut de conception. Au contraire, ce sont
vraiment des tentes haut de gamme.
Bien sûr, quelques détails sont à améliorer
pour chaque modèle, car la tente idéale et parfaite
n‘existe pas encore.
Seule la Camp III n’était pas vraiment à
sa place en expédition, c’est plutôt un
modèle 3 saisons, pourtant original et léger
avec sa tente intérieur suspendue.
En règle générale, beaucoup de modèles
devraient être plus simples, et donc plus légers,
et certains petits détails techniques sont souvent
superflus.
Voici les points qui nous ont semblé important à
prendre en compte pour faire la différence entre les
modèles proposés de chaque catégorie.
Une couleur claire du double toit facilite énormément
la vie à l’intérieur de la tente. Le temps
passé à l’intérieur d’une
tente est parfois très long, quand il fait mauvais
ou quand le soleil disparaît en tout début d’après
midi.
Pour ceux qui craignent la chaleur parfois étouffante,
il est plus simple d’obscurcir une pièce claire,
par exemple en utilisant une couverture de survie, plutôt
que de rendre vivable une pièce sombre.
Phœnix et Mountain Hardwear,
ont été plus loin, en proposant de véritables
fenêtres translucides dans le double toit. L’idée
nous à semblé géniale de prime abord,
mais à l’usage en altitude, la condensation ou
le gel en réduisent largement l’intérêt.
D’un point de vue technique, c’est une réussite
car nous n’avons observé aucun jaunissement ni
problème d’étanchéité. Chapeau
!
Une idée plutôt destinée aux tentes «
à vivre » ou aux tentes « mess ».
La qualité des tissus utilisés est importante,
mais ne sera pas abordé ici car un article complet
n’y suffirait pas. Nous avons simplement remarqué
que des tissus foncés résistaient moins aux
rayonnement en haute altitude, et présentaient, déjà
après le Dhaula, des signes de vieillissement importants.
Pour les systèmes d’aération qui
permettent de limiter la condensation et le givrage de la
tente intérieur, les ouvertures au plafond sont les
plus efficaces.
Elles permettent à l’air chaud de s’évacuer
facilement durant la nuit. Car malgré les progrès
techniques des tissus, c’est plutôt une organisation
de vie rigoureuse avec une aération complète
de la « chambre » avant de s’endormir qui
diminue le phénomène, ... avec un bon sac de
couchage, bien sûr.
Au sujet de la toile à pourrir, ces petites
« jupes de tissus » fixées sur les bords
de la tente extérieure qu’il est souvent possible
de relever grâce à un petit ruban, il est surprenant
de remarquer les choix radicalement opposés des fabriquants
nord-américains par rapport à leurs concurrents
européens. Aucune tente américaine ne dispose
de toile à pourrir et toutes les fiches techniques
insistent sur le risque d’asphyxie par monoxide de carbone.
Les grimpeurs européens y sont-ils moins sensible,
ou est-ce un phénomène de la société
américaine ?
Pour ma part, je suis plutôt un partisan de ces rebords
en toile si utile pour fixer la tente par grands vents et
pour éviter que l’abside ne se remplisse de neige
pulvérulente.
Construire de petits murets de neige, est bien sûr utile,
mais n’a jamais empêché cette engeance
de s’infiltrer partout. C’est donc un plus dans
la résistance aux intempéries que l’on
retrouve par exemple systématiquement chez des fabriquants
spécialisés Grand Nord, comme Helsport.
L’interdiction de cuisiner dans la tente, précisé
dans toutes les notices, ne correspond absolument pas à
la réalité. Il est courant de faire fondre de
la neige, de cuisiner dans l’abside ou même à
l’intérieur de la tente, bien sûr avec
un réchaud à gaz. Avec quelques précautions
d’aération et une popote qui se suspend, c’est
un confort de vie très appréciable. Et les tentes
munis de petits crochets au plafond, pour installer un étendage
avec une cordelette ou suspendre le réchaud seront
donc plus agréable à vivre.
Les rangements, filets ou poches de toile, font partie
de ces petits détails qui facilitent aussi énormément
la vie, beaucoup de tentes en sont maintenant largement pourvues.
Par contre les rangements au plafond compliquent le dégivrage
de la tente
.
Le volume habitable, dépend beaucoup de la hauteur
sous plafond et de la forme du toit, mais aussi de la longueur
et de la largeur du tapis de sol.
Le volume en dôme est très agréable, mais
sa surface au sol nécessite des emplacements plus larges
et plats pour éviter trop de terrassement. Ferrino,
avec l’Unique HL, propose une forme
originale, large à l’entrée pour vivre
et plus étroite au fond de la tente pour les pieds.
Au montage, il faut juste être attentif au sens de la
pente.
L’abside est un élément indispensable
d’une tente d’altitude, comme sas d’entrée,
pour le rangement et pour faire la cuisine. La forme de la
porte extérieure n’est pas anodine, une fermeture
éclair qu’il faut aller chercher loin devant
n’est pas très pratique. Celles qui s’ouvrent
sur le côté sont optima.
Le poids d’une tente est souvent le facteurs le plus
important pour les utilisateurs comme pour les fabriquants.
A juste titre... mais pas toujours ! La nature du portage
est ici déterminant, et une tente de camp de base,
donc « à vivre » peu très bien avoir
un poids important. Pour les expéditions longues, sur
les 8000 par exemple, ces tentes de camp de base sont souvent
individuelles, mais ce sont quand même des modèles
4 saisons, car des chutes de neige importantes sont aussi
possible, 1m 80 en 2 jours au camp de base du Dorje, en
99 !
Mais concrètement, de quel poids parlons-nous
? Du poids total ou du poids minimum ?
Pour faciliter la comparaison, nous avons soigneusement pesé
chaque tente pour en déterminer le « poids minimum
» qui correspond aux éléments essentiels
de la tente, ( uniquement la tente intérieur, le double
toit et les arceaux).
Ce poids est à mettre en relation avec la capacité
d’une tente, et c’est là où cela
se complique un peu. Car, effectivement une tente de deux,
quand elle est grande, peux contenir plus de personnes, mais
elle change alors de catégorie, et son habitabilité
n’est plus la même.
C’est un artifice commercial qui a très bien
marché pour la VE 25. Mais pour moi, c’est
une vraie deux places « à vivre » et pas
plus !
Mais comment faire pour choisir une tente qui, vu son
prix, va être utilisée le plus longtemps possible,
peut être durant toute la carrière d’un
alpiniste ?
La question du portage permet d’y voir plus clair.
Dès qu’il y a portage par les participants, même
limité comme dans les Andes, il faut choisir une tente
dans les catégories « altitude » ou «
légère », en évitant les tentes
« à vivre » beaucoup trop lourdes.
Pour les agences ou les guides, le choix est plus simple :
dans les expéditions proposées le portage est
rarement effectué par les clients et les emplacements
de camps sont relativement vastes et plats en raison du niveau
modéré des ascensions, sauf rare exception.
Le choix d’une tente « a vivre » est presque
obligatoire, certaines agences dans leurs fiches techniques,
précisent même le modèle de tente mis
à disposition, comme élément de qualité.
Pour l’alpiniste amateur qui veut acheter une tente
, la première étape de la définition
de ces besoins est la plus difficile...
- De quelle tente ai-je besoin, pour ma prochaine expé
mais aussi pour l’avenir ?
- Tente « d ‘altitude », plus «
légère », carrément light ou
« à vivre » ?
- Vais-je porter ma tente ?
- Vais-je l’utiliser dans les Alpes, l’hiver
ou dans le Grand Nord ?
Une fois la catégorie choisie, il est déjà
plus simple de comparer les différents modèles
entre eux.
Le poids permettra de faire la différence
entre des tentes de qualité et d’habitabilité
équivalentes.
Même si le prix n’apparaît pas d’emblée
comme le critère déterminant, est-il judicieux
d’accepter un surcoût important pour un modèle
plus solide, mais qui souffrira énormément en
altitude et forcement vieillira rapidement ?
Vendre assez rapidement sa tente d’expé est peut
être une solution pour disposer toujours d’un
modèle en parfait état.
Première conclusion, la VE 25 reste une vraie
référence dans la catégorie des «
tentes à vivre ».
J’ai regretté de ne pas pouvoir essayer la Svalbard
de Helsport, remarquable car très spécialisée
Grand Nord et neige.
Pour les tentes d’altitude, c’est la Trango
II de Mountain Hard Wear qui nous à impressionnée,
une marque quasi inconnue en France et beaucoup de qualités.
Juste après, Ferrino propose des modèles
très intéressant, à condition que la
marque modifie rapidement la couleur rouge et trop sombre
de la tente extérieure, car le prix est très
attractif.
Pour les tentes légères, l’Expédition
II de Salewa est excellente, La Meije de
Ferrino aussi, il suffirait juste de l’éclairer
un peu !
Mais une fois le choix du modèle effectué, encore
faut-il pouvoir se le procurer avant le départ. Le
marché étant très limité, la distribution
de ces différentes marques est difficile, parfois quasi
confidentielle.
La vente par correspondance est une solution, mais il est
aussi possible de contacter directement les importateurs qui
vous indiqueront le magasin de sport le plus proche de chez
vous. Mais surtout anticiper vos commandes, les stocks ne
sont pas élastiques.
Je tiens à remercier personnellement toutes les
marques qui ont mis à disposition leurs produits, Terres
d’aventure pour l’acheminement du fret au Népal
et le prêt d’une VE 25 (!), les participants aux
deux expéditions qui ont réussi à me
supporter avec mes questions incessantes et à François
Damilano pour ces précieux conseils.
Quelques petits conseils pour mieux
vivre la vie en altitude dans la tente.
Pour la condensation : elle est malheureusement inévitable,
même s’il est possible de la limiter. Au petit
matin pour éviter que les paillettes de givre ne vous
tombent dans le cou au petit déjeuné ou mieux
d’être trempé au premier rayon de soleil...
utilisez un bol ou une assiette pour gratter et éliminer
tout le givre déposé sur la toile de votre tente
intérieure.
Pour les sorties nocturnes, elles aussi forcement obligatoires...
une bouteille à gros bouchon fait très bien
l’affaire. Avec de l’entraînement et le
choix d’un récipient ad hoc, nos compagnes peuvent
aussi l’utiliser.
Les temps de vie à l’intérieur d’une
tente sont parfois assez longs, surtout quand le soleil
disparaît dès 14 h 30 comme au camp II du Dhaulagiri...
le pantalon ou la salopette en duvet, plus des chaussons,
évitent d’être recroquevillé tout
l’après-midi dans le sac de couchage.
Un peu froid la nuit ? une gourde avec un bouchon qui
se visse, SIG par exemple, se transforme en une superbe bouillotte
si vous la remplissez d’eau bouillante.
Les piquets de votre tente sont inutilisable dans la neige...
à la place, prenez plutôt de petits sacs plastiques
que vous remplirez de neige pour en faire des corps morts
monstre solides.
Des bambous sont aussi facilement utilisables, au Népal.
Pour les ficelles de tension, il faut inverser le sens des
tendeurs pour pouvoir faire coulisser le haut, le bas restant
fixe ( en cas de corps morts ).
Pour faciliter l’entrée dans la tente,
creusez une fosse dans la neige un peu plus petite que la
surface de l’abside, elle servira aussi pour s’asseoir
sur le pas de la porte, pour stocker les chaussures ou pour
faire la cuisine.
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